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A partir de 2020, des opérateurs privés pourront proposer des trajets sur les lignes à grande vitesse.

SNCF : la concurrence est-elle une chance pour la France ?

3 min
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C'est l'angle mort du discours gouvernemental sur la réforme de la SNCF. En quoi l'arrivée de la concurrence est-elle une bonne nouvelle ?

A partir de 2020, des opérateurs privés pourront proposer des trajets sur les lignes à grande vitesse.
A partir de 2020, des opérateurs privés pourront proposer des trajets sur les lignes à grande vitesse. Crédits : Frédéric Séguran - AFP

L'ouverture à la concurrence est "inéluctable", nous dit l'exécutif. Inéluctable, oui, mais est-elle souhaitable ? Pour l'heure, le gouvernement a axé sa communication sur les aspects généraux de la réforme ("refuser le statut quo", "moderniser la SNCF", "apporter un meilleur service")... mais il a soigneusement délaissé les interrogations sur la concurrence. En la matière, le gouvernement se limite à deux arguments : 

1/ Ce n'est pas de notre faute, la responsabilité revient aux gouvernements passés. "[Cela] a été décidé avant cette majorité" a lancé hier Edouard Philippe devant les députés.

2/ L’ouverture à la concurrence, ça vient de l’Europe et l’on n’y peut rien. "Les dérogations ne sont pas possibles", explique Elisabeth Borne, la ministre des Transports. 

Ces deux arguments placent le gouvernement sur la défensive : "ce n’est pas nous, c’est les autres". Bien loin du volontarisme macroniste, qui se plait à expliquer la "transformation" comme un moteur de "conquête", selon les mots de sa campagne présidentielle. 

Et c’est sans doute ce qui explique que l’opinion publique soit dans l'expectative sur ce projet de réforme de la SNCF. Pas tant sur le statut des cheminots - acquis social pour les uns, privilèges pour les autres, le débat est cristallisé, à défaut d'être nuancé. En revanche, l'opinion reste volatile sur les bienfaits de la concurrence. Hormis les spécialistes, qui peut aujourd'hui prétendre avoir un avis éclairé et tranché sur la question ? Le gouvernement est pour l'heure incapable de répondre à quelques questions simples, qui concernent directement la vie de chacun : les trains seront-ils plus ou moins chers demain ? Plus ou moins sûrs ? Plus ou moins à l'heure ? Plus ou moins nombreux sur les lignes moins rentables ? Mystère. 

En délaissant ces questions pour se réfugier derrière la marche de l’évidence, le gouvernement entretient un flou propice au doute.

Même s’il assure que la SNCF ne sera pas privatisée, le changement de statut de l’entreprise suscite la crainte. Les promesses rappellent forcément celles du changement de statut d'EDF-GDF ; c'était en 2004, et le ministre s'appelait alors Nicolas Sarkozy :

"Il n'y aura pas de privatisation d'EDF et Gaz de France ; c'est clair, c'est simple, c'est net" (Nicolas Sarkozy, ministre de l'Economie, en mai 2004)

Quatre ans plus tard, GDF était fusionné à Suez dans un grand groupe privé. Et depuis, le consommateur n'a pas l'impression que la concurrence ouverte sur le marché de l'énergie ait fait baisser les prix. Certes, dans le marché des télécoms, la concurrence a permis de stimuler l'offre ; elle a diminué le tarif des forfaits téléphone puis internet, aujourd’hui parmi les moins chers d’Europe. Mais le marché du transport de voyageurs est-il comparable ? Assurément non. Et la vieille méfiance française à l'égard de la "main invisible" du marché trouve ici de quoi s'alimenter. 

Faute d’argumenter sur ce point, le gouvernement s’exposer à ce que l’opinion doute de l'ensemble de la réforme. 

Ce doute est en plus percuté par une autre actualité. La mairie de Paris vient de déposer plainte contre un opérateur privé, à qui elle avait délégué le contrôle du stationnement. Il s'avère que cette société, imbattable dans l'appel d'offres, organisait en fait des faux contrôles, pour faire du chiffre et remplir ses objectifs. Ici, le miracle de la délégation au privé tenait du miroir aux alouettes. Dans la réforme de la SNCF, le gouvernement va donc devoir convaincre des effets positifs attendus de la concurrence. En d'autres termes, « il va quand même falloir expliquer en quoi cette réforme de la SNCF va permettre aux trains d’arriver à l’heure. Car pour l’instant la démonstration n’est pas faite ». La phrase, rapportée par le Canard enchaîné, est signée Richard Ferrand, patron des députés En Marche. CQFD. 

Frédéric Says

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