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Une électrice à Edgewater, dans le Colorado, prie avant de voter, le 3 novembre 2020.

Si l'on votait en France comme aux États-Unis

4 min
À retrouver dans l'émission

Petit exercice de politique-fiction et premières leçons à tirer du scrutin américain.

Une électrice à Edgewater, dans le Colorado, prie avant de voter, le 3 novembre 2020.
Une électrice à Edgewater, dans le Colorado, prie avant de voter, le 3 novembre 2020. Crédits : Marc Piscotty - AFP

En attendant les résultats définitifs, tentons un petit exercice de politique-fiction, ce matin.  

Essayons de transposer. Imaginons que le système électoral français soit le même qu'aux États-Unis. 

Nous voterions un mardi en novembre, et il y aurait un collège de grands électeurs dans chaque département.  

De même qu'aux États-Unis il existe les swing states, il y aurait en France ce qu'on appellerait les « départements indécis ». Ceux qu'il faut absolument remporter pour gagner l'élection présidentielle.  

Alors on s'est amusés à chercher quels seraient ces swings states français.

En observant le deuxième tour de la dernière présidentielle, il s'agirait du Pas-de-Calais, de la Corse-du-Sud, de l'Aisne, de la Haute-Marne, des Ardennes et du Var.  

Tous ceux-ci ont placé Emmanuel Macron et Marine Le Pen au coude-à-coude. Le Pas-de-Calais serait l'équivalent de l'Ohio, qui l'eut cru ? Et, qui sait, il faudrait peut-être recompter les voix en Haute-Marne avant de déclarer le vainqueur de l'élection.

Bien sûr, avant le vote, il y aurait une campagne assez différente.  

Cette campagne se jouerait sans plafond financier pour les dépenses. Il n'y aurait donc jamais eu d'affaire Bygmalion : pas de fausse facture pour minorer le budget, ce serait inutile.  

Les entreprises financeraient au grand jour les campagnes de pub des candidats.

Des candidats qui pourraient s'écharper entre eux, par spot télévisé interposé - ce qui est interdit, pour l'heure, en France.  

Ces spots de campagne se termineraient par cette annonce, très classique, dans la voix du candidat : “J'approuve ce message”, vous l'avez déjà entendu dans les clips américains.  

D'ailleurs, en France, un candidat s'était déjà inspiré de cette pratique, c'est Arnaud Montebourg :  

C'était en 2011, dans les clips de campagne pour la primaire socialiste.  

Tiens, en parlant de primaire : il n'y aurait qu'un seul tour à la présidentielle en France.

Cela obligerait à constituer deux blocs, représentés par deux candidats. Il y aurait donc, pour départager chaque camp, une vaste primaire.  

Primaire de droite avec Marine Le Pen, Xavier Bertrand, Nicolas Dupont-Aignan.  

Primaire de gauche avec Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot.  

Poussons l'imitation jusqu'à imaginer qu'on voterait le Jour J avec plusieurs fuseaux horaires, y compris en métropole.  

A l'Est, dans le Haut-Rhin et dans les Alpes-Maritimes, les bureaux de vote seraient fermés depuis longtemps... Tandis qu'en Charente et dans le Finistère, à l'Ouest, il y aurait encore de longues files d'attente. A cette occasion, en plus du président, les électeurs choisiraient aussi leur sénateur et leur député sur des machines à voter. Ceux qui souhaiteraient déposer leur bulletin par correspondance pourraient le faire grâce au groupe La Poste.

Bien sûr, tout cela nous semble un autre monde : de la politique-fiction sans autre base que celle de l'imagination.  

Et pourtant, n'y a-t-il depuis des années une influence de la politique américaine sur la vie électorale française ? En 2011 et 2016, le système des primaires ouvertes a été directement importé des Etats-Unis. Tout comme les think-tanks.  

N'y a-t-il pas, d'ailleurs, des enseignements à tirer pour la France, du spectacle auquel nous assistons ce matin outre-Atlantique ?  

Lesquels, par exemple ?

En particulier l'échec des sondages. Une fois de plus. Certes, le métier de sondeur a toujours été difficile, périlleux, incertain.  

Mais depuis ces deux derniers scrutins, 2016 et 2020, les sondages semblent devoir être bafoués par les urnes. Et cela traduit l'imprévisibilité croissante du vote. 

Un vote imprévisible pour (au moins) deux raisons, qui valent aussi bien en France.  

1. Il est très difficile de mesurer le vote populiste. Ces électeurs se méfient des élites, de "l'establishment" et donc des sondeurs. Ils sont, pour certains, plus difficiles à détecter, ils ne se vantent pas toujours de leur choix - même si d'autres le revendiquent ouvertement. Comme l'écrivait le réalisateur Michael Moore il y a quatre ans, le bureau de vote est le dernier endroit où il n'y a pas de caméra de surveillance : c'est parfois un lieu d'exutoire.  

2- Il y a une toujours plus grande "désaffiliation partisane". Termes barbares pour dire qu'on vote de manière moins ordonnée qu'avant. Les électeurs sont plus volatiles, moins encartés. Le cadre idéologique est devenu plus souple, plus réversible, plus incertain. D'où des choix de dernière minute, parfois dans l'isoloir.  

Ce qui fausse bien sûr les sondages - lesquels accordaient souvent à Joe Biden une confortable avance dans la plupart des swing states. C'est finalement bien plus compliqué que prévu.  

Autant de constats qui peuvent aussi s'appliquer à la France.

D'où l'absurdité encore plus grande de fonder des analyses sur des sondages réalisés un an et demi avant l'élection.  

Nous voici dans l'ère de la « démocratie du brouillard », si l'on veut. Et pour en sortir, les études d'opinion constituent des boussoles assez peu fiables.  

Frédéric Says

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