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Emmanuel Macron, le 29 novembre 2018.

Le quinquennat suspendu

3 min
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La crise des "gilets jaunes" bouleverse le mandat d'Emmanuel Macron. Le président triomphant de 2017 laisse la place à un survivant politique pour (au moins) les prochaines semaines.

Emmanuel Macron, le 29 novembre 2018.
Emmanuel Macron, le 29 novembre 2018. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Vers quoi nous emporte cette crise des gilets jaunes ? Il est impossible d'en mesurer  les conséquences à moyen terme, mais on peut déjà en dresser un bilan provisoire. A l'heure qu'il est, c'est un pouvoir exécutif sur la défensive qui tente de surnager. On ne s'est peut-être pas assez attardé sur le symbole terrible d'hier après-midi. Une visite surprise d'Emmanuel Macron à la préfecture de la Haute-Loire, incendiée samedi dernier. L'on voit bien l'objectif, louable - essentiel même -, celui de réparer par sa présence, par son soutien, les lieux symboliques des institutions et de la Nation qui ont été attaqués. Il en allait de même avec la visite à l'Arc de triomphe. Il fallait montrer que l'Etat avait le dernier mot. 

Mais dans les deux cas, le président a dû se rendre sur place en catimini, entouré d'un fort dispositif policier, et essuyer de loin des interjections diverses. On est loin de la République fière et triomphante face aux casseurs. Le président ne s'est pas imposé, il s'est tout juste interposé, entre deux images de la défiance vis-à-vis de l'exécutif.

Quelque chose s'est à l'évidence brisé dans la perception du personnage d'Emmanuel Macron.... 

Au terme de sa campagne, il était le surdoué de la politique, capable d'avoir terrassé des concurrents installés depuis des décennies ; capable d'avoir vaincu des formations politiques centenaires, capable d'avoir humilié l'extrême-droite en débat avant le deuxième tour. 

C'est d'ailleurs cette fascination qui a expliqué le début de mandat relativement facile du président le plus jeune de l'Histoire. Un chef de l'Etat qui réussit à faire passer la refonte du code du travail et le changement de statut de la SNCF : des réformes qui donnaient des insomnies à ses prédécesseurs. 

Depuis l'affaire Benalla, le charme est comme rompu. Le pouvoir a été montré dans sa trivialité, dans son embarras, dans son insuffisance. Et depuis, chaque semaine apporte son lot d'embrouilles. 

Il serait cependant injuste de personnaliser à l'excès le début de chaos politique que nous sommes en train de vivre. Certes, c'est bien Emmanuel Macron qui a provoqué de lui-même une partie de la hargne qui s'exprime aujourd'hui ; avec ses sorties verbales plus ou moins provocantes (extrait sonore "pognon de dingue", "traverser la rue pour trouver un boulot").

Au passage, on peut d'ailleurs noter que dans ces deux extraits, c'est le président qui se met tout seul dans la panade. L'épisode du "pognon de dingue" est filmé et diffusé par sa propre équipe, lors d'une réunion à huis-clos. Quand au fait de "traverser la rue", la phrase est prononcée benoîtement lors d'une réception dans les jardins de l’Élysée. 

Tout cela est vrai, mais pour avoir une approche plus juste, sans doute faut-il dézoomer un peu. Toutes les démocraties sont ballotées par le flot des angoisses populaires. De plus en plus violemment. En Belgique, le gouvernement de coalition est sur le point de rompre, autour non pas des carburants, mais du pacte de l'ONU sur les migrations. En Espagne, l'extrême-droite fait son entrée au Parlement en Andalousie, nourrie là aussi par la crainte de l'immigration et des poussées indépendantistes. En France, historiquement, culturellement, la colère s'exprime à travers la passion égalitaire. Emmanuel Macron en avait eu l'intuition durant toute sa campagne. 18 mois après, les murs épais de l’Élysée lui en ont sans doute atténué l'écho.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
44 min

L'Invité(e) des Matins

"Gilets jaunes" : la démocratie peut-elle se jouer sur les réseaux sociaux ?
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