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La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est attirée les foudres de députés marcheurs, après l'imbroglio autour du congé accordé aux parents dont l'enfant décède.

"Les emmerdes, ça vole en escadrille"

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Congé parental de deuil, circulaire Castaner, projet de loi sur les retraites... Le dicton de Jacques Chirac semble se vérifier chaque jour, ces temps-ci, pour l'Exécutif.

La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est attirée les foudres de députés marcheurs, après l'imbroglio autour du congé accordé aux parents dont l'enfant décède.
La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, s'est attirée les foudres de députés marcheurs, après l'imbroglio autour du congé accordé aux parents dont l'enfant décède. Crédits : Joël Saget - AFP

Les dix plaies d’Égypte ont l'air d'une gentille sinécure, à côté des dix derniers jours vécus par l'Exécutif. Résumons rapidement. 

25 janvier : le Conseil d’État fustige le flou du projet de loi sur les retraites. 

26 janvier : Cédric Villani, à la sortie d'un rendez-vous avec Emmanuel Macron, défie le président en maintenant sa candidature à Paris. 

30 janvier : le gouvernement et la majorité rejettent une proposition de loi visant à rallonger les congés pour les parents dont l'enfant est décédé. Tollé immédiat, il faut même que le chef de l’État intervienne pour en appeler à "l'humanité". Le Medef, lui-même choqué, appelle à revoter le texte.

31 janvier : le Conseil d’État désavoue la circulaire de Christophe Castaner, qui voulait masquer l'appartenance politique des maires dans les communes de moins de 9000 habitants, "un tripatouillage avant les municipales", selon l'opposition. 

4 février : réunion explosive des députés LREM avec le Premier ministre. Édouard Philippe s'agace des petites phrases anonymes suite au fiasco de l'affaire du congé parental. En face, des parlementaires disent leur ras-le-bol d'être méprisés par l'Exécutif.

Bilan : voilà donc un gouvernement dépassé sur sa gauche par le MEDEF, recadré sur son droit par le Conseil d’État et critiqué par ses partisans les plus loyaux. 

Le dicton de Jacques Chirac est une fois de plus vérifié : « les emmerdes ça vole en escadrille ». Cet enchaînement est l'exact miroir des premiers mois du quinquennat, quand tout semblait réussir à Emmanuel Macron. 

Comment l'expliquer ? 

Bien sûr, l'exercice du pouvoir, la fatigue, les frustrations facilitent les fautes, les inattentions, les divisions. 

Sans doute ces atermoiements marquent-ils aussi le revers de la fameuse "ouverture à la société civile". Quand la ministre du travail rejette la proposition sur le congé parental en cas de deuil, elle argumente sur le "coût" supplémentaire pour les entreprises ; elle réagit en DRH plutôt qu'en ministre - c'est d'ailleurs son ancien métier. 

Mais cela n'explique pas tout. D'abord parce que certains des députés macronistes présents ce soir-là cumulaient une solide expérience politique. De même, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a plus cotisé dans l'"ancien monde" que dans le "nouveau". 

Sans doute y a-t-il, à mi mandat, un mélange d'épuisement, d'arrogance et de nervosité, qui transforme chaque texte en prétexte à bourde ; chaque initiative en maladresse ; chaque calcul en erreur. 

Cela dit, si l'on fait le bilan, il ne faut pas occulter le succès stratégique remporté par le gouvernement sur les retraites - lui qui n'a rien concédé ou si peu jusqu'à la résorption des grèves. Même si le débat parlementaire s'annonce accroché, beaucoup de macronistes, à l'automne dernier, auraient signé pour un tel scénario. 

Mais la majorité, embourbée comme elle l'est, doit trouver sa planche de salut. Réfléchir à "l'après". 

Une fois que le texte sur les retraites sera voté, quelle loi examiner ? De plus en plus de voix plaident pour mettre à l'ordre du jour la loi sur le grand âge, sur la dépendance. Un texte social, qui redonnerait du lustre au mot si décrié de « réforme », un terme désormais uniquement utilisé pour nommer les textes qui rabotent des droits. 

La chance du gouvernement

Il reste une chance, une triste chance pour le gouvernement : c'est la faiblesse structurelle des partis d'opposition. 

D'ailleurs, si l'exécutif est aussi mauvais qu'ils le disent, Jean-Luc Mélenchon devrait être crédité de 30%, Marine Le Pen doubler son score de 2017 et François Baroin être acclamé dans les rues ! Or rien de tout cela ne se passe. 

Les oppositions doivent d'urgence "muscler leur jeu", comme aurait dit Aimé Jacquet, sinon elles s'exposent à de grandes déconvenues. 

Le sondage publié récemment par Le Point l'a montré : parmi tous les grands responsables politiques, aucun n'est perçu comme pouvant faire mieux qu'Emmanuel Macron, malgré toute la colère que ce dernier a accumulé à son détriment. 

Dans ce climat, le débat de 2022 pourrait donc tourner autour de cette question : un quinquennat décevant, mais qui ferait mieux ?

Frédéric Says

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