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Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait fait de son expérience dans le monde des affaires un atout pour "comprendre la grammaire économique".

Economie : ça va mieux, mais l'exécutif va-t-il en profiter ?

3 min
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Les bons chiffres se multiplient, mais le gouvernement peine à les faire entendre.

Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait fait de son expérience dans le monde des affaires un atout pour "comprendre la grammaire économique".
Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait fait de son expérience dans le monde des affaires un atout pour "comprendre la grammaire économique". Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

Si vous voulez absolument garder le moral dans les chaussettes, n'écoutez pas ce billet politique ; éteignez votre radio ou votre appli podcast et foncez voir les émissions de faits-divers sur une chaîne de la TNT. 

Dans le cas contraire, voici quelques données économiques, qui sont de nature à se réjouir. 

- La situation sur le front de l'emploi progresse peu à peu. En un an, le taux de chômage en France a baissé à 8,7%, son plus bas niveau depuis 10 ans. 

- L'industrie recrée de l'emploi. Le solde entre création et destruction l'an dernier est de 9500 postes. 

- L'attractivité de la France s'améliore. L'an dernier, notre pays a même doublé l'Allemagne en termes d'investissements étrangers. Paris est désormais 2ème du classement européen, à une longueur de Londres. 

- Les déclarations d'embauches ont progressé de 1,4% sur les 3 premiers mois de 2019, d'après l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss). Et même 2,4% pour les embauches en CDI. 

Autant de "signaux faibles", comme l'on dit, qui traduisent un frémissement. Même s'il faut rester prudent. Par ailleurs, d'autres chiffres sont moins flatteurs, comme celui des travailleurs pauvres : un million de personnes qui ont un emploi vivent sous le seuil de pauvreté, selon l'Observatoire des inégalités. 

Ce frémissement économique crée un double défi politique pour l'exécutif. 

Premier défi : il doit persuader les Français que l'amélioration est bien là. Soyons honnêtes, pour l'instant l'enthousiasme n'a pas dépassé le 8ème arrondissement de Paris, le quartier où se trouve l'Elysée. La contagion de l'optimisme ne se déclenche pas par une loi ou par un décret. François Hollande peut en témoigner, lui qui avait été abondamment moqué pour cette expression récurrente : 

"Ça va mieux" 

Trois mots difficiles à entendre. Quand vous avez encore des proches au chômage, les statistiques macro-économiques paraissent biaisées ou trompeuses. 

Par ailleurs, quelques exemples très médiatisés, très emblématiques, comme l'usine d'Ascoval, ou celle de General Electric à Belfort, viennent comme démentir l'optimisme du gouvernement.

"La forêt qui pousse fait moins de bruit que l'arbre qui tombe", dit le proverbe, mais c'est un raisonnement impossible à tenir publiquement. Jacques Attali en avait d'ailleurs fait les frais, en évoquant les ouvriers du site de Whirlpool à Amiens : 

"Je ne voudrais pas que cette campagne se réduise à des anecdotes... (relance de la journaliste, Audrey Crespo-Mara : les salariés de Whirlpool, c'est des anecdotes ?) - C'est, en effet, une anecdote dans un contexte plus large..."

Après cette sortie, en pleine campagne présidentielle, l'équipe de campagne d'Emmanuel Macron s'était désolidarisée de l'intellectuel. Le contentement est par définition suspect quand il reste tant à faire. Il est encore plus suspect dans un pays sur le podium mondial des plus pessimistes. "Cachez donc ces bons chiffres que je ne saurais voir !" vocifèrent les tartuffes du déclinisme. 

"Grammaire des affaires"

Mais convaincre que la situation globale s'améliore, ce n'est pas le tout. Encore faut-il ensuite convaincre que c'est grâce à vous. Et c'est un point capital, pour tout président. Encore plus peut-être pour Emmanuel Macron. 

Souvenez-vous, c'est lui qui a brandi son CV d'expert du monde des affaires, le « Mozart de la finance » titraient les gazettes enamourées ; il a bâti son ascension sur cette image de compétence économique, il était le ministre qui allait parler anglais aux milieux d'affaires, qui revendiquait son expérience de banquier : 

"J'ai fait quatre années de ma vie professionnelle dont je suis très fier, dans ce secteur d'activité économique. Ça m'a beaucoup appris, ça m'évite contrairement à d'autres, de dire beaucoup de bêtises sur la vie économique, l'ordre du monde, la grammaire des affaires de mon pays". 

Voilà pourquoi la reprise économique est un point-clé du récit macroniste. Se l'attribuer est un élément essentiel pour les échéances qui viennent. 

Mais cette tâche est horriblement difficile à accomplir politiquement. En France, quand le chômage augmente, c'est de la faute du président. Quand il diminue, c'est grâce à la conjoncture mondiale. Le chef de l'Exécutif, coupable mais pas responsable, en quelque sorte. 

S'il veut être réélu, il reste trois ans à Emmanuel Macron pour briser cette malédiction. Sans cela, il devra lui aussi se mettre à chercher un nouvel emploi. 

Frédéric Says

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