LE DIRECT
Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à l'Assemblée nationale le 5 février 2019.

La loi "anti-casseurs" va-t-elle casser la majorité En Marche ?

3 min
À retrouver dans l'émission

L'abstention de plusieurs dizaines de députés macronistes illustre un malaise grandissant.

Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à l'Assemblée nationale le 5 février 2019.
Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, à l'Assemblée nationale le 5 février 2019. Crédits : Bertrand Guay - AFP

Ce n'est pas une révolte, encore moins une révolution. Par les temps qui courent, les références à 1789 sont souvent inutiles et presque toujours ineptes. Ce qui s'est passé hier soir au sein de l'Assemblée nationale ne changera pas la face du monde, mais mérite tout de même qu'on s'y arrête. 

Voilà donc les députés En Marche, que l'on disait godillots, falots, qui se désolidarisent massivement de l'Exécutif. Au moment du vote sur ce texte dit "anti-casseurs", 50 d'entre eux se sont abstenus. Il faut ajouter ceux qui ont pratiqué la chaise vide, au nombre de 14. 

Résultat arithmétique : hier soir, ce projet du gouvernement n'aurait pas obtenu la majorité absolue, même avec les alliés du Modem, si la droite n'était pas venue en renfort pour approuver massivement la loi. Une loi anti-casseurs que Les Républicains avaient, c'est vrai, largement inspiré au Sénat.

En tout, 64 députés macronistes ont donc fait grève de la discipline collective. 

C'est quasiment un quart du groupe des marcheurs. A ce niveau-là c'est inédit, dans ce quinquennat. Jusqu'ici, au sein de la majorité, le point culminant de la mauvaise volonté s'était traduit par 14 abstentions et un vote contre au moment de la loi Asile et immigration. C'est donc cinq fois plus cette fois-ci. 

Cela dit, attention aux comparaisons rapides, notamment avec les frondeurs sous François Hollande. Ces députés de l'aile gauche du PS contestaient l'ensemble du cap suivi par François Hollande, Jean-Marc Ayrault, et surtout Manuel Valls. Ils s'étaient d'ailleurs structurés et avaient même tenté de prendre le pouvoir au sein du Parti socialiste, lors du Congrès de Poitiers. Rien de tout cela, en Macronie. En tout cas pour l'instant. 

On trouve d'ailleurs parmi les abstentionnistes des députés jusqu'ici loyaux, comme Aurélien Taché, et même le vice-président de l'Assemblée, l'ancien chiraquien devenu macroniste Hugues Renson. Notons tout de même qu'en Macronie, la rébellion a ses limites. Des parlementaires se sont abstenus, mais aucun n'a osé voter contre le texte. C'est une coup de gueule très poli, très "comme il faut". En somme, un cri de colère en chuchotant. Comme une scène de ménage où la vaisselle serait en carton. Mais l'histoire n'est pas finie. Le texte reviendra en deuxième lecture, probablement le 20 mars, écrit ma consoeur Manon Rescan dans Le Monde. 

Il sera alors temps de refaire les comptes, pour qualifier vraiment le désagrément qui parcourt ou non la majorité.

Le quinquennat est encore long, et comme disait Jacques Chirac, « c'est à la fin de la foire qu'on compte les bouses ». Pour l'heure, ce vote est à ranger du côté des signaux faibles, comme l'on dit, des petites fissures, qui avec l'usure du temps ne demandent qu'à s'agrandir. Mais pas de quoi faire vaciller l'Exécutif. Il sait qu'il a le soutien de l'opinion pour durcir le ton face au désordre. Et que si la loi votée hier soir présente des dispositions fort inquiétantes pour les libertés publiques, on l'a dit ici, elle n'est pas de nature à faire replonger le président dans les sondages. 

C'est même d'ailleurs plutôt l'inverse. Il affiche une courbe insolente, avec 11 points récupérés en un mois, selon l'IFOP, et une cote à 34%, certes basse, mais qui voisine avec son score d'avant la crise des gilets jaunes. 

Reste que cette loi anti-casseurs heurte l'un des piliers du macronisme, un pilier promu pendant toute sa campagne présidentielle : l'opposition aux démocraties dites " illibérales " - ces régimes où le système est démocratique mais où le droit et les libertés publiques reculent. 

C'est aussi ce décalage avec le Macron libéral, au sens économique mais aussi sociétal et culturel, qui a suscité le malaise de certains députés élus par lui, élus pour lui... Malaise qu'ils ont voulu signifier sans heurts, mais sans états d'âme.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
48 min

L'Invité(e) des Matins

Grand débat : deux mois pour revitaliser la démocratie
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......