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Dans une circulaire, le Premier ministre Jean Castex insiste sur la "transparence" que va permettre ce baromètre, mis en place par la ministre de la Transformation publique, Amélie de Montchalin (à droite).

Comment évaluer les politiques publiques ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Le gouvernement s'apprête à créer un "baromètre" pour mesurer l'avancée des réformes prioritaires.

Dans une circulaire, le Premier ministre Jean Castex insiste sur la "transparence" que va permettre ce baromètre, mis en place par la ministre de la Transformation publique, Amélie de Montchalin (à droite).
Dans une circulaire, le Premier ministre Jean Castex insiste sur la "transparence" que va permettre ce baromètre, mis en place par la ministre de la Transformation publique, Amélie de Montchalin (à droite). Crédits : Ludovic Marin - AFP

Le champ lexical de la météo est souvent utilisé pour décrire la vie politique. On parle volontiers d'une "tempête politique", d'une "réunion houleuse" - plus rarement d'un "ciel bleu" qui plane au dessus du gouvernement.  

Voici donc un baromètre. C'est la ministre chargée de la transformation publique, Amélie de Montchalin, qui va le présenter ces prochains jours. Elle aussi utilise déjà la métaphore météorologique :  

« Le baromètre vous dit à la fois quand il fait beau, et quand il ne fait pas beau. Quand il pleut et quand il y a du soleil. Donc il y a des choses, aujourd'hui, où ça marche. Et il y a des choses où c'est bloqué. »

Dans le détail, ce baromètre listera les avancées des politiques prioritaires comme le handicap, l'emploi, la santé, à l'échelle de chaque département.  

Le Premier ministre veut ainsi de la "transparence" vis-à-vis des Français. C'est ce qu'écrit Jean Castex dans la circulaire adressée aux ministres. Il réclame aussi que les citoyens puissent voir des résultats tangibles des réformes dans leur vie quotidienne.  

C'est l'une des obsessions de l'exécutif. Lequel est régulièrement accusé de mener une politique trop abstraite, trop technocrate, trop éthérée.  

En bref, d'avoir un tableur excel à la place du cœur.  

Alors pour contrer ce reproche, le gouvernement ne jure plus que par trois lettres : les OVQ. Tout journaliste qui interroge les cabinets ministériels a forcément entendu ce sigle : OVQ, comme « Objets de la vie quotidienne ».  

Ces OVQ sont des réformes dont les résultats peuvent être constatés dans la vie de tous les jours, comme la suppression des plastiques à usage unique, le remboursement des soins dentaires et optiques à 100% ou la lutte contre les impayés de pension alimentaire.  

Tous les OVQ sont suivis très étroitement avec des réunions régulières pour mettre sous pression les ministres et leur administration. Une stratégie parachevée, donc, avec la création de ce fameux baromètre public.  

Quantifier

Ce n'est pas la première fois qu'un exécutif tente de stimuler ainsi les membres du gouvernement. En 2008, Nicolas Sarkozy avait lui choisi une autre méthode. Celle de faire noter ses ministres par un cabinet privé. Ecoutez cet extrait du journal de France 3 :  

"Pour inventer cette grille d'évaluation, l'Elysée a fait appel à un conseil privé en stratégie, Mars & Co (...). Les critères vont varier selon les portefeuilles. Brice Hortefeux, à l'Immigration, sera par exemple évalué sur le nombre de reconduite à la frontière. Aux Affaires étrangères, Bernard Kouchner le sera sur le nombre de ses collègues qui iront dans les conseils européens. Bref, tous vont rendre des comptes, comme tout manager".

Mais un responsable politique est-il un manager comme les autres ? Les bienfaits d'une action politique peuvent-ils se quantifier ? Sont-ils aussi mesurables, palpables que la production d'une entreprise ?  

C'est la question que posait le système mis en place par Nicolas Sarkozy – d'ailleurs un an après, plus personne n'en entendait parler - ; c'est également celle que soulève le baromètre présenté ces jours-ci par le gouvernement.  

Car si un baromètre classique mesure la pression atmosphérique, ce baromètre politique retient des indicateurs fournis par l'administration et les ministères. Ceux-là même qui sont censés être jugés sur ces résultats.  

D'où le risque que l'arbitre soit aussi le joueur, que le juge soit aussi la partie.  

L'existence de ce baromètre ne montre-t-elle pas un dysfonctionnement institutionnel ? Dans la mesure où il existe déjà un organe chargé du contrôle de l'action du gouvernement, il s'appelle le parlement. Et éventuellement la cour des comptes.  

Quelle garantie d'indépendance, d'objectivité, de neutralité, dans les chiffres qui seront présentés ?  

La mise en place de ce baromètre répond selon vous à un triple objectif...

1 - Mettre sous tension l'administration, faire jouer l'émulation entre les ministères, et même entre les départements, avec ce tableau de résultat public.

2 - Donner un coup de collier dans la dernière année du quinquennat.  

3 – Valoriser le bilan du gouvernement. En privé les ministres se plaignent qu'on ne parle que des trains qui arrivent en retard ; ils ont ici l'occasion de faire briller ceux qui arrivent à l'heure.  

C'est d'autant plus nécessaire pour l'exécutif qu'Emmanuel Macron avait misé une bonne partie de sa crédibilité sur la relance de l'économie, le dynamisme du marché du travail, la baisse du chômage.  

En la matière, c'est raté : malgré des débuts prometteurs, la crise sanitaire est venue balayer cet espoir. Le chômage ne terminera pas à 7% comme s'y était engagé le candidat Macron.  

Question subsidiaire : une présidentielle se gagne-t-elle sur un bilan ? Non bien sûr, mais elle peut se perdre sur celui-ci.  

Frédéric Says

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