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Emmanuel Macron, sa femme et la ministre des Sports Laura Flessel en visite auprès des Bleus, à Clairefontaine, le 5 juin 2018

Comment l'équipe de France de football est-elle devenue un objet politique ?

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Les pouvoirs publics se sont longtemps désintéressés des "Bleus".

Emmanuel Macron, sa femme et la ministre des Sports Laura Flessel en visite auprès des Bleus, à Clairefontaine, le 5 juin 2018
Emmanuel Macron, sa femme et la ministre des Sports Laura Flessel en visite auprès des Bleus, à Clairefontaine, le 5 juin 2018 Crédits : François Mori / EPA / Newscom - Maxppp

A dix jours de la coupe du monde, Emmanuel Macron était hier au côté des joueurs en pleine préparation. Moitié-chef de l’État, moitié préparateur mental : le président est venu porter un message de confiance, d’encouragement… mais il a aussi disserté sur des aspects plus politiques : « La France gagne quand elle est unie » a lancé le président aux Bleus. Comme si ce groupe de 23 joueurs constituait à la fois un laboratoire et un miroir pour la France de 2018.  Idée absurde, évidemment. Mais en ces temps de déchirements, de particularismes, il reste somme toute très peu d’institutions capables de susciter une relative unanimité. Un semblant de commun, pendant 90 minutes. Voilà donc une occasion de « faire nation », selon les termes employés par l’Elysée, occasion dont ne s’est pas privé Emmanuel Macron. 

Il n’est pas le premier à essayer d’indexer sa popularité sur celle du sport le plus regardé en France. En 2008, Nicolas Sarkozy avait aussi passé un long déjeuner avec les joueurs ; a tel point que Raymond Domenech avait dû finir par lui demander de partir. Il y avait un entrainement à ne pas rater. La préparation a ses raisons que les mondanités ne connaissent point. 

Pour les responsables politiques, parler football, c’est aussi essayer de toucher un autre public. François Hollande a fait sa spécialité de glisser des métaphores plus ou moins subliminale sur la situation politique, au milieu de ses analyses à la fin des matches de l’équipe de France. [extrait sonore "L'entraîneur, ça compte"].

Cela dit, cette tradition du Président qui marque à la culotte l’équipe de France de foot est en fait assez récente. En recherchant dans les archives, impossible de trouver de telles démonstrations d’amour au début de la Vème Républiqe : qui imagine le général de Gaulle dans la brume du vestiaire ? 

En 1984, François Mitterrand n’était même pas présent au match d’ouverture du championnat d'Europe, qui se jouait pourtant à domicile en France. Chose inimaginable aujourd’hui. Le tournant date bien sûr de 1998. L'exécutif rend visite aux joueurs, exulte en tribunes, à l’unisson de la communion nationale. A l’époque, c’est aussi la fusion aussi entre les férus de football et les novices. Des novices fort bien représentés par le président Chirac qui annone le nom des joueurs - avec difficulté mais enthousiasme - dans la liesse du Stade de France. La victoire est belle, et elle devient politique. C’est un symbole, on veut y voir une allégorie. La France black-blanc-beur, celle du vivre-ensemble, celle du creuset entre les racines diverses, françaises, sénégalaises, kabyles, arméniennes, argentines, et bien d’autres. 

Dès lors, l’équipe de France devient presque une annexe de l’Elysée. Tout est politique. Jusqu’à l’irruption du sommet de l’Etat dans les aléas de l’équipe. C’est Manuel Valls qui insiste sur le devoir d’exemplarité qui a fait défaut à Karim Benzema. En 2010, c’est Nicolas Sarkozy qui invite l’attaquant Thierry Henry à l’Elysée, pour expliquer le fiasco du mondial et le fameux épisode du bus. 

En réalité, l’équipe de France sert de réceptacle aux discours politiques, chacun y projette ce qu’il pense de la société. Votre père, Marine Le Pen, a eu ces mots sur l’équipe de France, avant la coupe du monde 1998 : 

"Je trouve que c'est tout de même un peu artificiel de faire venir des joueurs de l'étranger ; et de les baptiser 'équipe de France'".

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il promet s’il est élu d’interdire la sélection en équipe nationale à tous les joueurs "qui ne paient pas leurs impôts en France". (Ce qui fait du monde, pour ne rien vous cacher). Le patron de la France insoumise fera même cette confidence :  

"C'est l'opium du peuple, cette histoire. Je ne suis pas très footeux. (...) ça m'a toujours choqué de voir des RMIstes applaudir des millionnaires". 

Millionnaires ? Emmanuel Macron aurait plutôt dit des premiers de cordée.

Frédéric Says

Le président de la République Jacques Chirac, l'entraîneur des Bleus Aimé Jacquet et le Premier ministre Lionel Jospin à l'Elysée, le 14 juillet 1998, autour de la Coupe du monde
Le président de la République Jacques Chirac, l'entraîneur des Bleus Aimé Jacquet et le Premier ministre Lionel Jospin à l'Elysée, le 14 juillet 1998, autour de la Coupe du monde Crédits : Gabriel Bouys - AFP

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