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Emmanuel Macron à l'Elysée le 19 mars 2020

Emmanuel Macron face au risque d'être accusé d'inefficacité

5 min
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L'efficacité et la culture du résultat sont des promesses originelles du macronisme. Le surgissement de l'épidémie de coronavirus et ses conséquences sur le plan économique mettent à mal ce mantra qui conduit l'action présidentielle.

Emmanuel Macron à l'Elysée le 19 mars 2020
Emmanuel Macron à l'Elysée le 19 mars 2020 Crédits : Ludovic Marin - AFP

Quand on consulte la dernière vague du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, publiée le mois dernier, on trouve deux éléments qui constituent des indicateurs inquiétants pour Emmanuel Macron.

Le premier élément mesure le sentiment que peuvent avoir les français de la gestion de l’épidémie de coronavirus par le pouvoir exécutif : A-t-il correctement joué son rôle ? Le résultat n’est pas très rassurant pour le pouvoir en place puisque 39% seulement des personnes interrogées estiment que le gouvernement a "bien géré la crise".

Le second indicateur établit une hiérarchie entre les qualificatifs qu’on peut attribuer au gouvernement pour la gestion de cette crise sanitaire. Les deux qualificatifs qui arrivent en tête, cités par 38 et 31% des sondés, sont l’impréparation et l’incompétence. La responsabilité arrive en troisième position (25% des répondants estiment que l’exécutif a fait preuve de responsabilité.) Et puis 11% des personnes interrogées, seulement, considèrent qu’il a fait preuve d’efficacité face à l’épidémie.

Ça, c’est inquiétant parce que l’efficacité est l’une des grandes promesses du macronisme. Emmanuel Macron en avait même fait un mantra.

Pendant sa campagne, il avait promis de remettre la France en marche. Une fois arrivé au pouvoir, lors de son premier grand discours devant le congrès, moins de deux mois après son élection, il avait renouvelé cette promesse en employant le terme « efficacité » à quinze reprises. Et quelques semaines plus tard, dans une interview au journal Le Point, le chef de l’Etat avait expliqué que la France, avec son élection, avait « tourné la page de trois décennies d’inefficacité ».

Emmanuel Macron s’est érigé en président-manager

Il a décidé de recourir à un personnel politique issu pour partie de la société civile. Chacun des membres de son gouvernement devait être expert en son domaine et mettre en œuvre, de manière pragmatique, des politiques efficaces fondées sur la culture du résultat. C’est là que sont arrivés Agnès Buzyn, Frédérique Vidal, Jean-Michel Blanquer, Laura Flessel ou encore Nicolas Hulot.

La plupart des réformes menées depuis trois ans l’ont été au nom de cette recherche d’efficacité : La réforme du code du travail, la loi pour la croissance et la transformation des entreprises (PACTE), le prélèvement de l’impôt à la source. Et quand Emmanuel Macron a pris cette décision très contestée de supprimer l’ISF, l’impôt de solidarité sur la fortune, il a expliqué qu’il s’agissait de favoriser l’investissement, que cette réforme serait évaluée et que si elle n’était pas efficace, elle serait corrigée.

C’est encore au nom de ce souci d’efficacité que le président de la République a mis en place, à l’automne 2019, un système d’évaluation de l’action de ces ministres. Initialement présentée comme une application pour téléphone portable, il s’est agi, en fait, d’une sorte de tableau où l’on mettait en parallèle, pour chaque ministère, l’action engagée au regard des objectifs. Par exemple, de façon très concrète, sur un objectif d’ouverture de tant de places en crèche, où en est-on à l’instant T ? Le système devait permettre de le savoir. Pragmatisme et efficacité. La promesse était renouvelée. Encore une fois.

Un premier accroc à cette promesse d’efficacité est intervenu quand Nicolas Hulot a démissionné du gouvernement

Nicolas Hulot représentait cet espoir de concilier à la fois une politique en faveur de la croissance économique et une action pour la préservation du climat et de l’environnement. Son départ a symbolisé l’échec de la réalisation de ces deux aspirations simultanées.

La survenue de l’épidémie de coronavirus constitue un nouvel accroc à cette promesse d’efficacité. D’abord, parce qu’elle a révélé l’impréparation, les lacunes et l’incohérence des prises de décision. La pénurie de masques, le manque de tests et le maintien du premier tour des municipales au moment même où l’on a décidé du confinement en sont l’illustration.

Mais le plus grave est que toute l’action d’Emmanuel Macron et de son gouvernement, depuis trois ans, est balayée par cette crise sanitaire. Il y a trois mois à peine, les réformes engagées semblaient commencer à porter leurs fruits. Les entreprises avaient retrouvé des marges de manœuvre, la situation des comptes publics était en voie d’amélioration, le chômage diminuait…etc…

Et tout à coup, patatras, tout s’écroule, le gouvernement confine les français chez eux, met à l’arrêt l’économie, ouvre les vannes de l’argent public. Le résultat, c’est 115 milliards d’euros dépensés en deux mois, un déficit prévisionnel qui bondit à 9% pour l’année 2020 et une aggravation de la dette publique de 16 points de PIB supplémentaires.

Pour enrayer cet « écroulement » ou cet « effondrement », Emmanuel Macron a pris une décision qu’on peut qualifier de courageuse : le déconfinement à compter du 11 mai. C’est une décision très politique. Il fait le pari qu’il peut à la fois contenir l’épidémie sur le plan sanitaire et relancer la machine économique. Un pari risqué dont on verra, dans les mois qui viennent, s’il est tenu ou pas.

Quoiqu’il en soit, d’ici deux ans, quand nous aurons surmonté tout ça (si nous l’avons surmonté à ce moment-là) et qu’il s’agira pour le chef de l’Etat de solliciter un nouveau mandat, à quoi sera-t-il jugé si ce n’est à l’aune de cette promesse originelle d’efficacité ? 

Il aura beau arguer, comme Nicolas Sarkozy en 2012 qui, répondant aux critiques, rétorquait qu’il avait dû faire face à la crise financière, que lui, Emmanuel Macron, a dû faire face à la crise sanitaire, à l’épidémie, ses détracteurs auront tout loisir de lui opposer que les résultats ne sont pas là.

Stéphane Robert

Chroniques

8H20
42 min

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