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Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le 3 avril, Boris Johnson indiquait ressentir de la fièvre. Quelques jours plus tard, le Premier ministre britannique est hospitalisé en soins intensifs.

Le virus n'oublie pas les responsables politiques

4 min
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De Boris Johnson à Patrick Devedjian, de nombreux responsables publics ont été contaminés par le covid-19.

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le 3 avril, Boris Johnson indiquait ressentir de la fièvre. Quelques jours plus tard, le Premier ministre britannique est hospitalisé en soins intensifs.
Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, le 3 avril, Boris Johnson indiquait ressentir de la fièvre. Quelques jours plus tard, le Premier ministre britannique est hospitalisé en soins intensifs. Crédits : AFP / 10 Downing street - AFP

« Respect pour un père que j'aurais voulu embrasser une dernière fois » a écrit hier soir François Hollande sur les réseaux sociaux. L'ex-chef de l’État n'a pu rendre une dernière visite à son papa, hospitalisé en EHPAD et décédé.  

Comme des milliers de Français qui n'ont pu saluer les leurs, en raison des interdictions de visite, l'ancien président normal a été confronté à la norme d'une époque anormale.

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D'autres responsables publics ont eux été affectés directement par le covid-19. Le Premier ministre britannique, Boris Johnson, est toujours hospitalisé en soins intensifs, à l'heure qu'il est.  

En France, le virus a tué un ancien ministre, Patrick Devedjian, et contaminé plusieurs dizaines de parlementaires.

C'est d'ailleurs à l'Assemblée nationale que fut détecté l'un des premiers clusters de l'épidémie. Ce foyer de contamination, comme l'on dit en bon français, fut recensé dès le 5 mars, alors même que moins de 500 cas étaient identifiés sur tout le territoire national.  

Les maires ont aussi payé un lourd tribut. En partie sans doute lié à l'organisation du vote, mais surtout à la campagne des élections municipales. En ce premier trimestre de 2020, l'épidémie a longtemps semblé un phénomène lointain, pendant que s'enchaînaient les poignées de mains et les meetings électoraux.  

Lois de la nature

Certes, on savait avant cette crise que les hommes et femmes politiques, simples mortels, n’étaient pas naturellement immunisés contre les fléaux naturels.  

Le grand Périclès n'est-il pas mort de la peste à Athènes ? Et Woodrow Wilson dut être alité, frappé par la grippe espagnole…  

Mais dans ces temps où le politique est discrédité, l’épidémie rappelle à nouveau au citoyen que, si le responsable public n’est pas au-dessus des lois, il n’est pas non plus au-dessus des lois de la nature.

En quoi cette crise peut changer le regard des Français sur leur personnel politique ? 

L'on a souvent dit, ces dernières années, que les responsables politiques n'étaient "pas du même monde", déconnectés, éloignés du terrain.  

Pourtant, en cette période, ils partagent les mêmes inquiétudes et les mêmes souffrances que chacun ; le virus faisant assez peu de cas des titres officiels, du bulletin de salaire ou de la longueur du CV.  

En cela, notre personnel politique a joué malgré lui un rôle important de sensibilisation.  

On se souvient que face à l’épidémie de sida, l’annonce de la séropositivité de certaines célébrités avait permis de donner un visage et une réalité à une maladie qui semblait jusqu’alors lointaine.  

Aujourd’hui, c’est le visage blême de Boris Johnson, c'est le décès de Patrick Devedjian qui ont, entre autres, fait prendre conscience au public que le virus est là, qu’il n’épargne personne et qu’il ne faut pas badiner avec les gestes-barrières.

Évolution intéressante, d'ailleurs. Autrefois, la santé des hommes et femmes politiques était un tabou, voire un secret d’état.  

Désormais, c'est un élément public de prévention. Les ministres n'hésitent plus à communiquer sur leur état de santé et sur l'évolution de leurs symptômes.

Avec quelles conséquences politiques ?  

Les grandes crises, on le sait, révèlent les grands hommes et les grandes femmes.  

Certes, le procès en déconnexion n'est plus d'actualité pour le maire, le député, le ministre... Pour autant, celui-ci ne peut pas fermer les yeux sur la réalité que révèle la crise : en particulier le manque de matériel du personnel hospitalier.

Ce qui pose la question suivante : est-ce qu’il faut attendre d’être malade, d'être soi-même victime, pour s’emparer d’un sujet ?

Le rôle d'un responsable public n'est-il pas, justement, de s’informer, d’alerter et de préparer la société sans attendre les drames ?  

C'est vrai, l'Histoire est souvent injuste : elle garde en mémoire ceux qui éteignent les incendies, mais elle oublie ceux qui empêchent qu'ils s'allument. Autrement dit, éviter une crise en l'anticipant, c'est moins spectaculaire que de la résoudre.  

Raison de plus pour espérer que les dirigeants se réapproprient cette vieille maxime : « gouverner, c'est prévoir ».  

Raison de plus pour souhaiter qu'en plus de juguler les troubles actuels par des promesses le cœur sur la main... Ils œuvrent pour préparer, pour prévenir, pour parer les caprices de l'imprévisible. 

Ce qu'on appelait jadis la « Fortuna », et qu'Emmanuel Macron, en lecteur de Machiavel, ne peut ignorer. 

Frédéric Says

Chroniques

8H20
37 min

L'Invité(e) des Matins

Profiter de cette crise pour repenser l'économie de demain
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