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Jean-Luc Mélenchon défend la fuite de Carlos Ghosn, en raison de la "maltraitance" imposée par la justice japonaise à l'ex-patron de Renault-Nissan.

Jean-Luc Mélenchon et Bruno Le Maire à fronts renversés

3 min
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Il y a des jours comme ça...

Jean-Luc Mélenchon défend la fuite de Carlos Ghosn, en raison de la "maltraitance" imposée par la justice japonaise à l'ex-patron de Renault-Nissan.
Jean-Luc Mélenchon défend la fuite de Carlos Ghosn, en raison de la "maltraitance" imposée par la justice japonaise à l'ex-patron de Renault-Nissan. Crédits : Geoffroy Van der Hasselt SELT - AFP

Il y a des matins parfois où l'on a l'impression de ne pas être bien réveillé. Vous prenez peut-être votre café en ce moment, et si vous avez l'habitude de parcourir les journaux, vous pourriez tomber sur cet article du Figaro. Il nous apprend que Bruno Le Maire agace l'entourage d'Emmanuel Macron et d'Edouard Philippe, à cause de ses inflexions à gauche. 

Le ministre de l'Economie est même surnommé "Che Guevara", nous révèle le quotidien. Ce qui n'est pas précisément un compliment en Macronie, on le devine – souvenez-vous, d'ailleurs de la phrase d'Emmanuel Macron pour fustiger la taxe à 75% de François Hollande : c"c'est Cuba sans le soleil". 

Alors pourquoi un tel surnom, Che Guevara ? Eh bien parce que Bruno Le Maire a eu l'audace d'appeler les entreprises à "augmenter les salaires". C'était hier, lors de ses vœux aux forces économiques. [extrait sonore]. 

Voilà, il ne s'agit pas d'augmenter le SMIC ou les fonctionnaires, mais d'une simple incitation : on est loin de la collectivisation forcée des moyens de production. Mais cela suffit à mettre en rogne, au gouvernement, ceux qui craignent que Bruno Le Maire veuille se distinguer en doublant le peloton par la gauche. 

Et si la fameuse "jambe gauche" de l’exécutif, que beaucoup cherchent depuis le début du quinquennat, c'était lui ? 

Bref, on avait déjà l'impression de lire le Gorafi, ce site qui parodie l'actualité... Quand nous sommes tombés sur une interview de Jean-Luc Mélenchon ; et là c'est presque un monde parallèle qui a semblé s'ouvrir sous nos pieds. 

Maltraitance nippone

Le dirigeant de la France insoumise, qui n'a pas de mots assez durs contre les "patrons voyous", est interrogé sur Carlos Ghosn. Grands dieux ! Vite, on se prépare à diminuer le volume de la radio, à vérifier qu'il n'y ait pas d'enfants dans la pièce - mesures de précaution face au déluge sonore qui ne va pas manquer de s'abattre contre le multimillionnaire fugitif, l'ex-patron de Renault-Nissan. 

Et bien non, voilà que Jean-Luc Mélenchon défend Carlos Ghosn. [extrait sonore]

Voilà un soutien inattendu. Carlos Ghosn a bien fait de s'évader car ses conditions de détentions étaient trop dures, nous dit Jean-Luc Mélenchon. 

En somme, Ghosn est une sorte d'insoumis, en l'occurrence d'insoumis au système judiciaire japonais. Cela dit, l'argumentation de Jean-Luc Mélenchon n'est pas irrationnelle. Il est vrai que les principes universels concernent aussi les très riches sinon ils ne sont plus universels... 

On peut tout de même lui objecter que cette évasion a mobilisé une équipe de barbouze et deux jets privés, qu'elle a coûté 20 millions de dollars, selon le Financial Time. Autrement dit, l'ex-patron a payé cher pour ne pas prendre cher... Bref, il y a peut-être une justice de classe, mais il semble aussi y avoir une esquive de classe à la justice. 

Voilà donc Bruno Le Maire et Jean-Luc Mélenchon presque à front renversés. 

On peut y voir l'expression d'une pensée personnelle, d'une conviction  individuelle, qui n'épouse pas les schémas classiques ou les préjugés de partis... Comme une respiration salutaire au milieu des éléments de langage remâchés et régurgités un peu partout. 

On peut aussi y déceler l'envie de se singulariser, au sein de ce flot ininterrompu d'interviews et d'entretiens politiques. 

Le pas de côté pour surprendre, le contre-pied pour attirer l'attention, le décalage pour marquer les esprits. 

C'était le sens du concept de disruption, avant que ce mot ne soit employé pour tout et n'importe quoi. Et si on allait se recoucher ?

Frédéric Says

Chroniques

8H19
39 min

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