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Emmanuel Macron sur les Champs Elysées le 14 mai 2017

Emmanuel Macron s'en va-t-en guerre

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A 600 jours de la fin de son quinquennat, le chef de l'Etat a procédé à la nomination d'un "gouvernement de combat" selon les termes employés par le nouveau porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Il s'inscrit ainsi dans les pas de ses prédécesseurs à l'Elysée.

Emmanuel Macron sur les Champs Elysées le 14 mai 2017
Emmanuel Macron sur les Champs Elysées le 14 mai 2017 Crédits : Michel Euler - AFP

Depuis lundi soir et la prise de parole d’Alexis Kohler depuis le perron de l’Elysée, on avait un peu de mal à percevoir le sens politique de la mise en place du nouveau gouvernement. La distribution des rôles ne semblait pas vraiment correspondre au cahier des charges fixé au préalable par Emmanuel Macron. Il avait annoncé vouloir "se réinventer". Le monde d’après ne pouvait pas ressembler à celui d’avant. 

Pourtant, le dévoilement de la nouvelle équipe chargée de mettre en musique les deux dernières années du quinquennat ne semblait pas traduire cette ambition. On y a découvert peu de nouveaux ministres et surtout on ne percevait pas, à travers ces nominations, quelles priorités le chef de l’Etat entendait donner son action. 

Et puis aux environs de 17 heures, hier après-midi, à la sortie du Conseil des Ministres, le nouveau porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a vendu la mêche : 

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Gabriel Attal : "ce gouvernement est un gouvernement de combat"

Ce gouvernement est donc un "gouvernement de combat" pour "les 600 jours" qui restent avant la fin du quinquennat. Ce chiffre a également été mis en avant lors du compte rendu de Gabriel Attal, hier après-midi. 

La formule "gouvernement de combat" n’est pas nouvelle. Elle avait déjà caractérisé le gouvernement qu’avait mis en place François Hollande, le 2 avril 2014, au lendemain de la défaite aux élections municipales. 

Il avait, comme Emmanuel Macron aujourd’hui, décidé d’évacuer le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, pour le remplacer par Manuel Valls. Et il avait lui-même attribué ce qualificatif guerrier à la nouvelle équipe : 

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François Hollande : "J'ai confié à Manuel Valls la mission de conduire le gouvernement de la France. Ce sera... un gouvernement de combat"

A l’époque, François Hollande avait fixé trois objectifs à son nouveau gouvernement : renforcer l’économie, œuvrer pour plus de justice sociale et redonner du pouvoir d’achat aux Français. 

Mais concrètement, qu’avait fait François Hollande ? Peu de changements. Il avait exfiltré les grands brûlés de son premier gouvernement, Vincent Peillon, Pierre Moscovici. Et puis il avait maintenu en poste les plus solides et les plus fidèles de ses lieutenants, Laurent Fabius, Michel Sapin, Stéphane Le Foll, Jean-Yves Le Drian (déjà)… 

Le parallèle est assez frappant. Hormis la crise liée à l’épidémie de Covid-19, On a une défaite électorale qui conduit à un changement de Premier ministre. Les ministres devenus encombrants sont exfiltrés.  Et puis Emmanuel Macron procède à la mise en place d’un gouvernement dit "de combat" chargé en réalité de préparer la candidature du chef de l’Etat à sa réélection. 

L'expression "gouvernement de combat" revient régulièrement dans l’histoire politique du pays

En novembre 2010, Nicolas Sarkozy décide d’un remaniement qu’il avait annoncé quelques mois auparavant. François Fillon démissionne avant d’être reconduit à Matignon. Et une fois la nouvelle équipe mise en place, il la défend à l’Assemblée Nationale en ces termes : "je le confirme, c’est un gouvernement de combat". On était alors à 18 mois de la présidentielle de 2012. 

En 2004, même chose. La droite encaisse une sévère défaite aux élections régionales. 24 régions sur 26 sont remportées par la gauche. Jacques Chirac décide de remanier le gouvernement. Et Jean-Pierre Raffarin prend, là encore, la tête d’un gouvernement qualifié "de combat". 

Le remaniement et la constitution d’équipes composées de personnalités chevronnées et fidèles sur lesquelles s’appuyer est un classique pour les présidents en difficulté.  C’est ce qu’avait expliqué Roselyne Bachelot, en février 2016, dans l’émission C à Vous sur France 5. C'était avant son retour en politique : 

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Roselyne Bachelot : "le remaniement, c'est la dernière arme des gens qui voient le pouvoir leur échapper"

La vidéo dans laquelle elle prononce ces mots a beaucoup tourné depuis lundi soir et la nomination de Roselyne Bachelot au poste de ministre de la culture. On ne sait pas si elle s’y sent empaillée. En tous cas, elle fait partie de ce "gouvernement de combat" au service d’Emmanuel Macron en vue de sa réélection en 2022. 

Elle sera chargée, comme d’autres, d’abord de faire face à la crise économique et d’accompagner le monde de la culture dans une période qui s’annonce difficile. Et puis à mesure qu’approchera l’échéance, il lui faudra aussi défendre l’action et le bilan du président. Elle est une politique chevronnée, habituée aux joutes médiatiques et capable de s’exprimer sur de nombreux sujets, pas seulement la culture. 

On trouve également ces qualités chez Eric Dupond Moretti nommé à la justice. Il s’annonce être un bretteur médiatique redoutable, en particulier contre le Rassemblement National. 

Et c’est aussi valable pour les ministres nommés ou confirmés dans les principaux ministères, Bruno Le Maire, Jean-Michel Blanquer, Gérald Darmanin, Julien Denormandie, Olivier Véran. Ils sont à l’aise devant les médias, capables de tenir une matinale de radio ou de télévision. 

On acte donc là, en partie, la fin du gouvernement des "experts" promis par Emmanuel Macron en 2017. Il en reste quelques-uns mais ce ne seront pas nécessairement ceux qui seront mis en avant. 

On voit là que malgré la meilleure volonté du monde de "faire de la politique autrement",  malgré les promesses de réinvention, dans la pratique, certaines règles semblent immuables et la vie politique s'apparente bien souvent à un éternel recommencement.

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