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Seule une petite partie des listes ont débattu sur le plateau de France 2, le 4 mai dernier.

Elections européennes : dites 33 !

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Pas moins de 33 listes se partageront les suffrages des électeurs lors des élections européennes. On disait pourtant les Français lassés, dégoûtés par l'engagement politique. Comment expliquer ce paradoxe ?

Seule une petite partie des listes ont débattu sur le plateau de France 2, le 4 mai dernier.
Seule une petite partie des listes ont débattu sur le plateau de France 2, le 4 mai dernier. Crédits : Bertrand Guay - AFP

33 listes aux européennes : un record. Ça n'était jamais arrivé avec ce mode de scrutin (la comparaison est plus difficile avec les européennes de 2014, où la France était découpée en huit grandes circonscriptions).  33 partis, c'est aussi bien plus que lors de la dernière présidentielle, où il n'y avait que onze candidats. 

L'éventail est large : le 26 prochain, vous pourrez voter bien sûr pour les grands partis (En Marche, RN, LR, France insoumise, etc). Mais aussi pour un kyrielle de listes plus thématiques : le Parti pirate, Urgence écologie, l'Alliance Royaliste, des listes "pro-gilets jaunes", "fédéralistes", ou "anti-grand remplacement", je cite... Et même pour le Parti animaliste. Il y a donc foule. Profusion sur fond de confusion

Alors comment expliquer cette apparente contradiction ? D'abord, factuellement, il est bien moins difficile de se présenter aux européennes qu'à d'autres scrutins. Il suffit ici de 79 noms pour valider sur une liste. Le ministère de l'Intérieur vérifie simplement qu'aucun candidat n'est inéligible. Mais il ne demande aucun parrainage d'élu local, contrairement à la présidentielle où il faut réunir les signatures de 500 maires. 

Remboursement

Pour ces européennes, le seuil de remboursement des frais de campagne donne lui aussi envie de tenter sa chance ! Si vous obtenez 3%, l’État vous rembourse l'intégralité de vos dépenses. A la présidentielle, il faut 5% - et encore on ne vous rétrocède que la moitié de votre budget. 

Les mauvaises langues le diront : si les critères sont relativement peu sélectifs, c'est peut-être parce que le parlement européen ne dispose pas d'immenses pouvoirs (il n'a pas l'initiative des textes législatifs, par exemple). Comme si les européennes étaient un instant de respiration de la démocratie. Un déverrouillage provisoire - et contenu - du jeu politique. 

Pour expliquer la présence de 33 listes, sans doute faut-il aussi évoquer l'évolution des campagnes électorales. Avec les réseaux sociaux, aucune liste n'est condamnée à l'invisibilité. Chacune peut se faire connaître indépendamment des médias de masse et des temps de parole prioritairement distribués aux grandes formations politiques. 

La mission est plus difficile, certes, mais elle n'est pas impossible. 

Chamboulement

Et puis dans cette profusion de listes, on peut aussi voir l'effet du chamboulement général qui touche notre vie politique. On parlait ici d'une époque de la table rase. 

Il n'y a plus d'hégémonie, il n'y a plus de grand parti indétrônable, il n'y a plus de formation inamovible. L'actuel président était inconnu trois ans avant d'être élu. Les députés de sa majorité étaient inconnus trois jours avant d'être élus - certains le sont restés... 

Bref, la vie politique semble désormais caractérisée par un slogan « et si c'était moi ». L'impression qu'avec un corps électoral imprévisible et changeant, les idoles d'hier peuvent être brûlées, les micro-partis d'aujourd'hui peuvent devenir dominants. Comme si le "marché du travail politique" avait été lui aussi fluidifié, assoupli : il est plus facile d'y entrer, il est plus facile d'en sortir. Une démocratie de l'instant, du zapping, qui trouve son écrin dans ces élections européennes.  

Allez, finissons sur un deuxième paradoxe, sur lequel il faudra s'interroger dans un prochain billet politique. 

Voici donc un panel de 33 listes. Elles recouvrent toutes les options idéologiques, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite, du souverainisme absolu au fédéralisme intégral. Et pourtant, ce scrutin européen attirera moins d'un électeur sur deux. C'est peut-être ce qu'on appelle l'embarras du choix.

Frédéric Says

Crédits : Visactu

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