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Voulu par Emmanuel Macron, le projet de loi renforçant les principes républicains est présenté ce mercredi en Conseil des ministres.

Régalien : comment Emmanuel Macron a changé

5 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi le chef de l'Etat a durci son discours au fil des années.

Voulu par Emmanuel Macron, le projet de loi renforçant les principes républicains est présenté ce mercredi en Conseil des ministres.
Voulu par Emmanuel Macron, le projet de loi renforçant les principes républicains est présenté ce mercredi en Conseil des ministres. Crédits : Thomas Samson - AFP

C’est une évolution que se plaisent à commenter les journaux étrangers. Macron, le candidat "libéral et réconciliateur" de 2017 s’est mué en président "dur et inflexible". 

Bien sûr, cette opposition est quelque peu manichéenne. Sans doute était-il en réalité moins « cool » que les médias anglo-saxons ne l'ont proclamé il y a trois ans ; sans doute est-il moins autoritaire que les mêmes s’en affolent aujourd’hui. 

Néanmoins, on ne peut nier chez Emmanuel Macron l’évolution des mots, des orientations et des conceptions dans ce domaine qu’on dit "régalien". La présentation du projet de loi confortant les principes républicains, aujourd'hui en conseil des ministres, donne une occasion d'observer cette évolution.

Comment a-t-il évolué et pourquoi ? 

En 2016-2017, Emmanuel Macron rejetait la focalisation sur les thèmes identitaires. Il se disait opposé à la déchéance de nationalité. Et mettait en garde contre la surréaction politique après des actes terroristes, comme ici sur RTL, en avril 2017, après l’assassinat d’un policier sur les Champs-Elysées : 

“Moi je ne vais pas inventer un programme de lutte contre le terrorisme dans la nuit. Ça c'est de l'irresponsabilité. Ce que veulent ce qui nous assaillent, c'est la panique. (...) Demain, on rétablit le contrôle aux frontières, qu'est-ce qui se passe ? On va mettre un planton à chaque mètre carré de la frontière que nous avons avec tous les pays membres de l’Union européenne ? C’est ridicule”. 

Mais une fois au pouvoir, changement de ton. Il y a un mois, le chef de l’Etat a annoncé le renforcement des effectifs de contrôles aux frontières : 

“Nous renforçons ce contrôle, en doublant les forces aux frontières, en passant [les effectifs] de 2400 à 4800.”

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Finalement, les "plantons" aux frontières ne sont pas si inutiles...

Alors comment comprendre cette évolution ? 

Première explication : l’exercice du pouvoir. La responsabilité vous tombe sur les épaules, difficile de paraître subir sans agir. Il est plus facile de paraître conciliant et dégagé lorsqu'on n'est pas chargé de la sécurité des Français. 

Différence de responsabilité, différence d’information aussi. Bernard Cazeneuve, l’ancien ministre de l’Intérieur socialiste, le raconte bien dans un de ses livres. Quand vous devenez ministre - ou président -, vous recevez sur votre bureau des milliers de notes confidentielles, issues des services de police et de renseignements. Une litanie d’attentats déjoués, de suspects surveillés, de victimes évitées. 

La situation vous apparaît alors dans toute sa noirceur, à jet continu. Bernard Cazeneuve raconte que son mentor Laurent Fabius lui avait conseillé de prendre de la distance, face à ces remontées glaçantes de réalité. 

La réalité, justement. Elle est souvent absente des analyses politiques. Comme si les déclarations d’hier et d’aujourd’hui répondaient à une réalité inchangée, constante, immuable. Comme s’il n’y avait pas d’aggravation des phénomènes d’emprise politico-religieuse. 

Or, l’assassinat de Samuel Paty a démontré la facilité avec laquelle se constitue désormais le terreau qui aboutit à un assassinat islamiste : un engrenage rapide, violent, relativement local, selon les éléments de l’enquête ; en tout cas bien loin des structures djihadistes internationales organisées. Et donc plus profond, plus difficile à prévenir. 

Voilà qui peut expliquer aussi, en partie, l’inflexion opérée par le chef de l’Etat. 

D’ailleurs, tout le monde a un peu évolué sur ces sujets. Il y a cinq ans, la gauche avait parfois du mal à employer le mot “islamiste”. Désormais, Jean-Luc Mélenchon lui-même l’utilise. 

Pour apprécier cette évolution d’Emmanuel Macron, il faut aussi dire un mot du contexte politique, et même des jeux politiques…

Oui, quand on revient sur ces déclarations "apaisantes" du Macron version 2016-2017, il ne faut pas oublier le contexte pré-électoral.

Souvenez-vous, il est alors en concurrence avec Manuel Valls. Le Premier ministre, réputé très ferme, voire autoritaire, a lui aussi des ambitions présidentielles.

Le jeune Emmanuel Macron joue donc le contrepied. Il se différencie, se distingue, pour mieux attirer les électeurs de centre-gauche. 

Mais aujourd’hui, son socle électoral s’est déplacé. Il a conquis le centre-droit et une partie de la droite. C’est même son pari pour 2022 : siphonner l’électorat des Républicains. 

En d’autres termes, Emmanuel Macron se veut le centre de gravité politique d’une société qui se droitise. 

Espère-t-il rassembler les voix d’une "majorité" qu’on disait naguère "silencieuse", prompte à demander une politique plus musclée ? 

Veut-il éviter le procès en naïveté, qui a tant coûté à Lionel Jospin en son temps ?

La présidentielle est pour demain. Deux de ses principaux rivaux sont déjà déclarés dans la course : Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. 

Face à eux, il tente de se présenter en candidat le plus crédible sur le thème régalien. 

Emmanuel Macron, qui feint de ne pas regarder les sondages, a forcément observé le mouvement des courbes de popularité. La sienne est en hausse, depuis qu’il s’est emparé du sujet. 

Frédéric Says

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