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La dirigeante du Rassemblement national lancera ce dimanche sa campagne pour les élections européennes.

Pendant ce temps, Marine Le Pen se tait...

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Le Rassemblement national se fait discret, en espérant que la situation actuelle servira ses desseins.

La dirigeante du Rassemblement national lancera ce dimanche sa campagne pour les élections européennes.
La dirigeante du Rassemblement national lancera ce dimanche sa campagne pour les élections européennes. Crédits : Jacques Demarthon - AFP

Dans ce grand fracas, elle se tait. Dans ce grand désordre, elle se cache. Où est passée Marine Le Pen depuis plusieurs semaines ? Alors que le quinquennat traverse sa plus grave crise, avez-vous vu la finaliste de la présidentielle au journal au 20 heures ? L'avez-vous vu participer à une manifestation des gilets jaunes ? L'avez-vous vu organiser des meetings ? 

Rien de tout cela : Marine Le Pen a décidé de jouer la contre-programmation, de laisser les uns et les autres s'égosiller. 

Bien sûr, la patronne du Rassemblement national écrit quelques tweets, répond à quelques questions, mais elle assure le service minimum, convaincue que la situation la servira seulement si elle-même ne donne pas l'impression de s'en servir.  

Pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon en appelle à l'insurrection ; Emmanuel Macron crie au péril sur la République ; des gilets jaunes subventionnent par internet des cogneurs de CRS ; la droite organise une contre-cagnotte pour les forces de l'ordre. C'est la bagarre générale au village d'Astérix, que le Rassemblement national regarde de loin. Lui qui se voulait pourtant le champion de la "France périphérique" et des "citoyens invisibles". 

Les adversaires de Marine Le Pen auraient sans doute tort de se réjouir de ce silence... 

Hier, le baromètre IFOP-Fiducial a décelé une poussée du parti lepéniste, désormais considéré comme le parti incarnant le mieux l'opposition, devant la France insoumise. A la mi-décembre, le RN avait aussi dépassé la République en marche pour les européennes, toujours selon l'IFOP. 

Certes, les sondages varient, et bien fol qui s'y fie. 

Il n'empêche que Marine Le Pen et les siens abordent 2019 en dynamique. Ils viennent de recruter un ancien ministre de Nicolas Sarkozy. Thierry Mariani rejoint officiellement le RN. Certes, cet ex-élu du Vaucluse n'a jamais été un centriste pro-européen. Mais ce transfert en dit long sur le sens du vent. La boussole, en revanche, tourne dans tous les sens, en ce moment de confusionnisme politique. Tout le monde s'accuse mutuellement de faire le lit du fascisme. Étonnamment, seul le Rassemblement national, tout à sa discrétion, sort indemne de cette accusation. Marine Le Pen se contente de tweeter sur le droit des manifestants. Curieux renversement, ces derniers jours, où En Marche se veut le parti de l'ordre, et le Rassemblement national celui de la défense des libertés individuelles. 

Alors tout cela prédit-il un succès de la liste RN aux prochaines européennes ?

Le terreau est là. Mais n'allons pas trop vite. D'abord, le parti de Marine Le Pen reste victime de ses ambiguïtés sur le champ européen. Jusqu'où veut-il détrictoter l'Union ? Jusqu'où veut-il découdre les traités successifs : ceux de l'euro, de la libre circulation, du droit européen ? 

Quand l'échéance approche et qu'il faut sortir du flou, les ennuis commencent, comme on l'a vu lors du débat entre les deux tours de la présidentielle. 

Ensuite, la frange la plus anti-macroniste des gilets jaunes ira-t-elle voter pour les européennes ? Rien n'est moins sûr. C'est l'élection qui suscite le moins de mobilisation. 

Autre question : y aura-t-il une liste de candidats gilets jaunes aux européennes ? Dans cette hypothèse, le Rassemblement national pourrait y perdre, comme d'autres partis d'opposition, quelques bulletins de vote. Alors Marine Le Pen accélère. Elle lancera ce dimanche la campagne en présentant la tête de liste du RN, Jordan Bardella, 23 ans. Visiblement bien décidée à ce que la stratégie du silence de cet hiver fasse du bruit dans les urnes au printemps.

Frédéric Says

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