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Loin des promesses d'ouverture à la "société civile", les ministères de Bery ont été confiés à deux anciens membres de LR : Bruno Le Maire aux finances et Gérald Damanin aux comptes publics.

Un gouvernement "et de droite, et de droite" ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Les réformes économiques du gouvernement embarrassent le parti Les Républicains.

Loin des promesses d'ouverture à la "société civile", les ministères de Bery ont été confiés à deux anciens membres de LR : Bruno Le Maire aux finances et Gérald Damanin aux comptes publics.
Loin des promesses d'ouverture à la "société civile", les ministères de Bery ont été confiés à deux anciens membres de LR : Bruno Le Maire aux finances et Gérald Damanin aux comptes publics. Crédits : STR - AFP

Vous êtes embarrassant, Bruno Le Maire. Embarrassant pour la droite. Le parti Les Républicains vous voit multiplier les réformes dont il a rêvé - de la suppression partielle de l’impôt sur la fortune à la flat tax. Et ne sait plus comment vous affronter. Ce trouble à droite a été décrit très franchement par Jean-François Copé, il y a deux jours sur Public Sénat :

"Emmanuel Macron c'est quand même le président de droite qu'on n'attendait pas. Personne n'a vu venir Emmanuel Macron, homme qui se disait de gauche... Et qui depuis qu'il a été élu, n'a fait que des mesures que la droite préconise."

Comment lutter contre ce qu’on a toujours préconisé ? Pas simple. Alors les Républicains préfèrent trouver des chemins de traverse pour se distinguer du gouvernement. Ils appuient ainsi lourdement sur l’idée qu’Emmanuel Macron serait le "président des grandes villes", quand eux représenteraient les champs. 

Cela correspond en plus à l’implantation politique du parti LR, qui dirige beaucoup de municipalités après la vague bleue de 2014. La droite est aussi majoritaire au Sénat, la chambre des territoires. Les Républicains ont d’ailleurs lancé sur internet le hashtag #deconnexionMacron ; pour s'ériger en gardiens du réel, loin des palais parisiens.  

Car pour la droite, encore groggy, il y a urgence à se relever… 

D'autant plus à un an des élections européennes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la critique du macronisme la plus virulente chez les Républicains, ces derniers jours, est venue d’un eurodéputé. Brice Hortefeux a dressé le bilan suivant de la première année du quinquennat. Emmanuel Macron est "hésitant sur le plan social, contradictoire sur la fiscalité, schizophrène sur la dépense publique, ambigu sur l’immigration, flou sur le communautarisme et isolé sur le plan européen". N’en jetez plus. 

Embarrassés sur les réformes économiques, Les Républicains ont fait le choix de se tourner vers les thèmes plus régaliens et sécuritaires. Au risque de doubler Marine Le Pen sur sa droite. A l’exemple de la dernière proposition de Laurent Wauquiez : celle de castrer chimiquement les violeurs. Cela dépeint bien une forme de désespoir à pouvoir déstabiliser le gouvernement.

D’autant que l’électorat de droite reste favorable à l’action du gouvernement… 

53% des sympathisants LR sont satisfaits d’Emmanuel Macron, selon un sondage Kantar Sofres. Il faut dire qu’en matière d’économie, le président leur envoyé un message clair :  100% des ministres de Bercy issus du parti Les Républicains. Vous Bruno Le Maire, à l’économie et aux Finances. Gérald Darmanin aux comptes publics. A Bercy, pas de ministres issus de la société civile... Mais des poids lourds politiques, même si récemment deux secrétaires d’Etat sont venus nuancer très légèrement ce tableau monochrome. 

Dès lors, pour matérialiser le macronisme du « Et en même temps », il semble manquer à ce gouvernement un contrepoids, une jambe gauche. Parmi les mesures prises, il y a certes le dédoublement des classes dans les zones d’éducation prioritaire, mais le ministre Jean-Michel Blanquer ne passe pas spécialement pour un dangereux gauchiste.   Il y a bien sûr la promesse du remboursement sur les offres optiques et les prothèses dentaires, mais Agnès Buzyn la ministre de la santé peine à s’imposer. Seule la suppression de la taxe d’habitation est utilisée à tout propos, pour gommer l’impression d’une politique pro-riches sans nuance. 

Dans les enquêtes d’opinion, le glissement est aussi très sensible. Quand on demande aux Français où ils situent politiquement le parti En Marche, ils sont désormais 50 % à le classer à droite. Ce chiffre était seulement de 30% il y a un an. 

Est-ce un problème politique majeur pour le gouvernement ? Pour l’instant non. Cela divise la droite, qui reste - on l’oublie parfois - le premier groupe d’opposition à l’Assemblée nationale. Mais le contrat passé pendant la présidentielle est-il respecté ? Le "et en même temps" promu par Emmanuel Macron peut donner l'impression d'avoir été une simple facilité discursive. Et le "pas de droite, pas de gauche" promu à la création du mouvement En Marche semble se muer en "pas de gauche, pas de gauche". 

Frédéric Says

Chroniques
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