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La stratégie de Xavier Bertrand : "faire" dans les Hauts-de-France, "faire-savoir" à Paris.

Les régionaux de l'étape... vers 2022

3 min
À retrouver dans l'émission

Xavier Bertrand a annoncé hier la gratuité des trains régionaux en cas de pic de pollution. Le président des Hauts-de-France veut faire de sa politique régionale une vitrine pour ses ambitions nationales... Et il n'est pas le seul.

La stratégie de Xavier Bertrand : "faire" dans les Hauts-de-France, "faire-savoir" à Paris.
La stratégie de Xavier Bertrand : "faire" dans les Hauts-de-France, "faire-savoir" à Paris. Crédits : François Lo Presti - AFP

C'est un élément de langage qui s'est développé ces dernières années : « ce que j'ai fait dans ma région, je veux le faire pour la France ». Xavier Bertrand (Hauts-de-France), Valérie Pécresse (Île-de-France), Laurent Wauquiez (Auvergne-Rhône-Alpes) ne cessent de mettre en avant leurs réalisations locales.  

Ainsi donc, la région serait le laboratoire politique dans lequel on teste ses formules. Elle serait la maquette-témoin avant d'envisager l'action à grande échelle. 

Cette rhétorique doit beaucoup à Ségolène Royal. Persuadée que les Français jugent la classe politique déconnectée, éloignée, parisienne, elle a joué de son élection en Poitou-Charentes pour se distinguer d'un appareil socialiste sclérosé. 

Jusqu'à vanter sur les plateaux parisiens le Chabichou, le fromage de chèvre poitevin. Histoire de se labelliser elle-même en "élue des terroirs" AOC, appellation d'origine contrôlée.

C'est dans l'air du temps : on veut désormais que les circuits courts s'appliquent également à la politique, que la traçabilité soit aussi garantie chez les candidats.

Je vous voyais sourire à l'évocation du Chabichou, mais on ne plaisante pas avec ces choses-là. En ce moment, en Espagne, le chef du gouvernement affronte une polémique substantielle pour avoir confondu deux types de jambon (jamón ibérico et jamón serrano). Ô sacrilège ! 

Car dans l'imaginaire collectif, le lien avec la région est synonyme d'authenticité - cette qualité dont les politiques cherchent tant à se parer. 

Pour preuve : le filon est aussi utilisé par les marques. Pensez par exemple au slogan d'une grande chaîne de supermarchés : « Nos régions ont du talent ». 

Pour autant, ce n'est pas un phénomène nouveau...

C'est vrai. Dans les années 50, Antoine Pinay a joui d'une forte popularité grâce à son profil d'homme du commun, venu de la Loire avec l'allure modeste et le bon sens en bandoulière. 

Mais dans le climat de défiance généralisée que nous vivons, il y a l'idée que l'élu régional serait un meilleur expert du quotidien, des demandes et de la colère. Une colère dont l'écho serait stoppé par les murs épais des ministères. 

Une formule très à la mode résume d'ailleurs cet argument : "dans ma région, Je suis à portée d'engueulades". C'est-à-dire au contact des électeurs. 

A portée d'engueulade ? C'est tout de même très relatif, car les méga-régions (fusionnées depuis la réforme voulue par François Hollande), mesurent en moyenne 50 000 kilomètres carrés.

Vous avez donc autant de chances de tomber sur votre président de région que d'entendre parler Patrick Modiano chez Cyril Hanouna.

Ces collectivités immenses sont en fait devenues des sortes de grands-duchés. Où l'on assoit son influence en contestant la politique de Paris. Une posture qu'a récemment dénoncée Emmanuel Macron. C'était à Clermont-Ferrand en fin de semaine dernière.

"Souvent quand on parle de décentralisation, on n'a pas les idées claires, selon moi. C'est-à-dire que tout le monde est candidat pour prendre des compétences. Mais rares sont les candidats pour prendre les responsabilités qui vont avec. On a décentralisé des tas de compétences, mais quand ces compétences vont mal au niveau local, on dit quoi ? 'C'est la faute de l'Etat !'"

C'est ici un point intéressant. Malgré la décentralisation - certes encore très partielle -, l'opinion publique se tourne pourtant toujours vers le gouvernement, vers l’État, vers Paris. 

Ce n'est pas le cas partout. Un intéressant article (abonnés) du correspondant du Monde en Allemagne, Thomas Wieder, nous explique qu'outre-Rhin, les citoyens se retournent plus volontiers vers les dirigeants des Landers (qui ont, c'est vrai, beaucoup plus de prérogatives que les exécutifs régionaux en France). 

D'après le journaliste, c'est ce qui explique l'incroyable longévité politique d'Angela Merkel, reconduite à la tête du gouvernement fédéral depuis 2005. 

Les barons locaux servent de paratonnerre au pouvoir central. Voilà peut-être le rêve caché d'Emmanuel Macron.

Frédéric Says

Chroniques
8H19
41 min
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