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Après plusieurs années de silence, l'ancien Premier ministre publie "Un temps troublé" aux éditions du Seuil.

Va-t-on vers une Jospin-mania ?

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La pensée de l'ancien chef de gouvernement socialiste, qui sort un livre, est saluée de toutes parts à gauche. Comment l'expliquer ?

Après plusieurs années de silence, l'ancien Premier ministre publie "Un temps troublé" aux éditions du Seuil.
Après plusieurs années de silence, l'ancien Premier ministre publie "Un temps troublé" aux éditions du Seuil. Crédits : Joël Saget - AFP

Lionel Jospin publie un livre d'analyse sur le temps politique que nous vivons ("Un temps troublé", éd. du Seuil). Et c'est peu dire qu'il a reçu un accueil chaleureux au sein de la classe politique. 

Au PS bien sûr : « un message puissant et inspirant » tweete la maire de Paris, Anne Hidalgo. « Le verbe juste, la vision claire, la sagesse désintéressée », salue Olivier Faure, le chef de file des socialiste. 

De Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon estime qu'il « force le respect ». « Une très grande lucidité qui permet de tracer des perspectives », renchérit David Cormand chez les écologistes. 

Bref, comme le titre l'Obs, « ils se lèvent tous Jospin ». 

Tout se passe comme si la France essayait de se rattraper, deux décennies après avoir éconduit le candidat socialiste à l'issue du premier tour. 

Même ses contempteurs d'hier restent cois. On est bien loin de ce cri du cœur d'Arnaud Montebourg en 2002. Le jeune loup socialiste parlait en ces termes de la campagne de Lionel Jospin, jugée trop centriste : 

[extrait sonore] : "Le programme de Jospin c’est le programme de Bayrou en moins bien. D’ailleurs, c’est pour ça que ma femme hésite entre Bayrou et Jospin. Je lui ai dit : ‘non, vote Jospin, tu seras carrément à droite !’. Tandis que Bayrou c’est un peu centriste… C’est honteux, c’est honteux cette campagne". (Extrait du documentaire « Vivement la 6ème République », d'Olivier Etcheverry). 

Désormais, nulle trace de ces reproches. Même dans la presse, la réception du livre paraît quasi-unanime. A l'exception de Médiapart et du Point, qui regrettent une absence de mea culpa chez l'ancien Premier ministre. A part cela, les articles s'accordent à célébrer la pensée, l'analyse, la densité intellectuelle de l'ouvrage jospinien. 

Alors comment expliquer ce concert de louanges ? 

D'abord, une raison de forme. Face au règne de la communication et du buzz, Lionel Jospin semble proposer une contre-programmation rassurante et reposante. Avec lui, pas de petites phrases, pas de formule à l'emporte-pièce. 

Sans doute est-ce le charme que l'on trouve aux vêtements vintage. Quand l'anti-mode revient à la mode. 

On note au passage - miracle des temps - que les défauts qu'on lui prêtait hier sont devenus des qualités. 

L'austérité passe pour de la rigueur morale ; la rigidité pour de la tenue ; la distance pour de la hauteur de vue. 

Il y a aussi une part de nostalgie ? 

C'est une hypothèse assez vraisemblable. Une nostalgie pour un temps où tout semblait plus doux. 

A ce titre, la Jospin-mania est peut-être l'équivalent du film Les Choristes, dont le succès fut analysé comme un élan de tendresse vers la "France d'avant", avec ce que ça suppose d'amnésie et de sélection des souvenirs.

Ou bien, dans une version plus positive, la "tendance Jospin" peut être rapprochée avec l'ébullition autour de la série « Hartley, cœurs à vif », emblématique feuilleton de la fin des années 90, qui ressort ces jours-ci. Les années 90 avec leur croissance à 3%, leur chômage en baisse et leurs 35 heures. Il y a sans doute de cela. Jospin et Drazic, même combat. 

Mais ce retour, qui fait du bruit, souligne en creux le vide à gauche. Personne, depuis Lionel Jospin, n'a été capable de faire travailler ensemble les différents partis, les différents courants, les différentes personnalités. 

Celui qui a su recruter dans son gouvernement Dominique Strauss-Kahn et Dominique Voynet ; Laurent Fabius et Marie-Georges Buffet ; Jean-Pierre Chevènement et Jean-Luc Mélenchon, fait figure de ciment comme on n'en produit plus. 

Cet épisode paraît aujourd'hui presque une uchronie, quand on constate les difficultés de dialogue entre les chapelles (même si cela s'améliore ces derniers temps). 

Reste une question : Lionel Jospin prend-il plaisir à être célébré ainsi, lui qui fut vilipendé ? 

Ressent-il une certaine malice à dénoncer l'action trop libérale d'Emmanuel Macron, quand lui-même fut accusé des mêmes maux, entre 1997 et 2002 ? 

Voit-il tous ces hommages comme une récompense tardive décernée au réalisateur de la gauche plurielle, une rareté historique, que ses amis rapprochent de 1936 et de 1981 ? 

Sans doute un peu de tout cela, mais l'ancien Premier ministre est trop expérimenté pour ne pas connaître la raison ultime de ces hommages la main sur le cœur. 

En politique, on n'est jamais aussi aimable avec vous… que lorsqu'on sait que vous êtes sorti du jeu. 

Frédéric Says

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