LE DIRECT
Louis Alliot est le maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales) depuis le 28 juin 2020. Il s'agit de la seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par le Rassemblement national.

En ouvrant des musées, le RN expose ses propres contradictions

4 min
À retrouver dans l'émission

A Perpignan, le maire (soutenu par le Rassemblement national) Louis Alliot a rouvert quatre musées. Bafouant ainsi l'interdit gouvernemental... mais aussi la logique de son propre parti.

Louis Alliot est le maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales) depuis le 28 juin 2020. Il s'agit de la seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par le Rassemblement national.
Louis Alliot est le maire de Perpignan (Pyrénées-Orientales) depuis le 28 juin 2020. Il s'agit de la seule ville de plus de 100 000 habitants dirigée par le Rassemblement national. Crédits : Raymond Roig - AFP

Si vous habitez à Perpignan, vous avez peut-être pu aller au musée. Hier, Louis Alliot, en a décidé ainsi.  

Le maire de la ville, élu avec le soutien du Rassemblement national, a ouvert quatre musées au public. Il s'agit selon lui d'apprendre à « vivre avec le virus, qui est là pour longtemps ».  

Plusieurs visiteurs ont d'ailleurs déambulé hier dans le musée d'art Hyacinthe-Rigaud. C'est une première en France, en contradiction avec les règles édictées par le gouvernement.  

Bien sûr, les services de la ville de Perpignan précisent que des mesures de précaution ont été prises : jauge à 10 mètres carrés par personnes, port du masque obligatoire et balisage au sol.  

Certes, mais cela s'appelle bel et bien braver l'interdit.

Au niveau politique - ou politicien -, la manœuvre ne se caractérise pas par sa subtilité. Quel est le message que veut faire passer le Rassemblement national ?  

Premièrement – qu'il se veut un allié du monde de la culture. Un secteur où le parti compte très peu d'appuis. Un domaine où il cherche à se renforcer, quand jusqu'ici les programmes du RN mettaient la priorité sur les questions régaliennes. Il s'agit donc d'une opération de communication contre-intuitive pour marquer les esprits.

Deuxièmement : le RN ici veut se camper en défenseur des petits contre les gros – et c'est une posture plus classique. Louis Alliot affirme défendre les employés des musées contre les décisions venues d'en haut.

Par cette initiative, le RN tente de jouer les professionnels de terrain contre le ministère, mais aussi les régions contre Paris. Et plus globalement, le "bon sens" contre la "technocratie". Voilà pour la rhétorique.

Eaux usées 

Mais en réalité, en ouvrant ces musées, le Rassemblement national expose ses propres contradictions.

Car depuis plusieurs semaines, à Paris cette fois, Marine Le Pen ne cesse de vitupérer contre un « gouvernement aux abois ». Pas assez ferme, pas assez clair dans ses choix. La présidente du RN qualifie même la stratégie gouvernementale de « politique du chien crevé au fil de l'eau ».

Elle en appelle à une plus grande centralisation des décisions. Par exemple sur l'analyse des eaux usées, pour détecter le virus, c'était il y a quelques jours sur BFM TV : 

Marine Le Pen - "Cela fait des mois que je réclame une analyse généralisée des eaux usées...

Jean-Jacques Bourdin - Il y a des analyses des eaux usées !

Marine Le Pen - Pas généralisées, M. Bourdin, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas une politique impulsée par l'Etat. Il y en a dans certains endroits, certaines villes, certaines communautés d'agglomération. Mais il n'y a pas de plan général."

Si l'on reprend ce que dit la candidate du RN : stop aux initiatives locales, le pouvoir central doit reprendre la main.  

Mais c'est donc exactement l'inverse de ce que fait Louis Alliot. Le maire de Perpignan, qui précisément s'affranchit des consignes nationales !  

Curieux paradoxe : le parti lepéniste déplore le chaos et la confusion, tout en y ajoutant lui-même sa dose supplémentaire.

Certes, Marine Le Pen précise aussi qu'elle est favorable à des reconfinements locaux. Mais avec tout cela, on ne sait plus très bien, dans la logique du RN, qui est censé tenir le manche de la décision.  

Le parti est-il jacobin ou décentralisateur ? Patriote ou régionaliste ? Et localement, ceux qui doivent trancher, sont-ce les préfets ou les maires ? 

Bref, cette ouverture du musée de Perpignan nous donne à voir un tableau qui n'est pas d'une grande clarté.  

Si Marine Le Pen essaie, par petites touches, de dessiner ce que serait l'alternative qu'elle veut représenter, la précision du trait n'est pas vraiment au rendez-vous.

D'ailleurs, puisqu'on parle d'alternative, il nous faut imaginer de renverser la situation. 

Si le Rassemblement national était à l’Élysée, comment traiterait-il le maire d'une ville qui défie ouvertement son autorité ?

Et là, inutile de vous faire un dessin.  

Frédéric Says

Chroniques

8H19
24 min

L'Invité(e) des Matins

Cinéma : l’espoir, hors-champ. Avec Thierry Frémaux
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......