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Ces derniers jours, le débat porte sur l’allègement des normes sanitaires dans les écoles. Il y a encore un mois, la polémique portait sur leur réouverture. Comment est-on passé si vite de l'un à l'autre ?

La crise et le balancier

3 min
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Trop prudent ou trop rapide ? Le gouvernement fait face à des reproches contradictoires quant à sa gestion du déconfinement.

Ces derniers jours, le débat porte sur l’allègement des normes sanitaires dans les écoles. Il y a encore un mois, la polémique portait sur leur réouverture. Comment est-on passé si vite de l'un à l'autre ?
Ces derniers jours, le débat porte sur l’allègement des normes sanitaires dans les écoles. Il y a encore un mois, la polémique portait sur leur réouverture. Comment est-on passé si vite de l'un à l'autre ? Crédits : Anne-Christine Poujoulat - AFP

L'Histoire n'est pas linéaire. Il arrive même qu'elle s'emballe et de ce point de vue, l'année 2020 jouit déjà d'un encéphalogramme agité.  

Est-ce cette succession rapide d'événements, ces derniers mois, qui nous empêche de nous poser quelques instants ? De jeter un regard rétrospectif sur ce que nous avons vécu ?  

C'est en particulier frappant pour ce qui concerne la gestion du coronavirus. Quel est le débat ces jours-ci ? Il se résume avec ces questions :

"Pourquoi pas plus d'élèves en classes ? pourquoi est-ce qu'on n'allège pas les normes sanitaires dans les écoles ?"  

C'était par exemple la problématique soulevée hier à la mi-journée chez nos amis de France Inter autour de Bruno Duvic.  

Pourtant, souvenez-vous : il y a encore quelques semaines, quelle était la tonalité du débat public ?  

"Comment peut-on oser rouvrir les établissements scolaires ? Quelle inconscience d'imaginer une rentrée, même partielle, avant l'été ?"  

Et certains responsables politiques alarmistes nous annonçaient des « contaminations de masses » chez les professeurs.

« Décision irresponsable » tonnait Nicolas Dupont-Aignan, « alors qu'une deuxième vague est inéluctable », ajoutait la France insoumise, qui demandait un report de la rentrée à septembre.  

L'alarmisme a ceci de confortable : si la catastrophe arrive, on vous donne le crédit de la clairvoyance.  

Si elle n'arrive pas, tout le monde est soulagé et oublie vos assertions hasardeuses.  

Du côté des parents, on est passé de la peur que sa progéniture soit contaminé... à la peur qu'elle rate la fin de son année. 

A vrai dire, le champ scolaire n'a pas été le seul théâtre de ces plaidoiries contradictoires.  

Economie

Sur le plan économique, ce fut la même chose.

Pendant des semaines, dans l'imaginaire collectif, la poursuite de l'activité était une douce folie. Mieux valait tout mettre à l'arrêt que de risquer la contagion.  

Désormais, il se trouve des élus pour exiger une reprise plus rapide, et la fin des délais spécifiques pour la restauration, l'hôtellerie et la culture.  

Bref, ce gouvernement est visiblement trop rapide.. et trop lent.  

Or, si sa gestion de la crise fut largement imparfaite, comme le fait remarquer le New York Times, elle est en réalité plutôt meilleure que dans la plupart des pays comparables, hormis l'Allemagne.  

Tout se passe donc comme si nous assistions à un mouvement de balancier de l'opinion publique.  

Et ce mouvement de balancier s'illustre d'ailleurs parfaitement avec la question des masques...

La pénurie fut envisagée comme un scandale national ; désormais, ces mêmes masques "si précieux" sont négligemment jetés par terre - si tant est qu'ils soient portés dans les lieux publics.  

Certes, les cafouillages gouvernementaux n'ont pas aidé à domestiquer ce sentiment que le pouvoir en fait forcément trop ou trop peu. 

La méfiance envers les autorités, qui n'est pas nouvelle, a d'ailleurs trouvé ici une nouvelle rigole pour s'écouler. Avec l'idée que le gouvernement a forcément un agenda caché, des intentions non-dites, quand il présente des mesures de santé publique.  

S'y ajoute le syndrome des « 66 millions d'entraîneurs » au football. Vu des tribunes, le match semble toujours plus facile. C'est tout bête : il fallait tirer en lucarne et non à côté. Il fallait confiner avant et non après. C'est pourtant simple. Un syndrome dont la presse n'est d'ailleurs pas exempte.  

C'est ce que les britanniques appellent le «hindsight ». Il n'existe pas de traduction à ce mot, mais c'est la capacité à comprendre un événement après qu'il est arrivé.  

Mais ce mouvement de balancier s'explique surtout, naturellement, par le côté inédit de cette pandémie à l'échelle d'une vie.  

L'événement impromptu suscite bien sûr la peur ; celle-ci amène à surinterpréter les informations qui nous parviennent.  

Dans le sens de la panique quand elles sont négatives ; dans le sens du relâchement quand elles sont positives. Et sans doute avec excès dans les deux cas.  

Frédéric Says

Chroniques

8H19
39 min

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