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Pêcheurs Sri Lankais, 2017

Les fragilités du macronisme

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Les fragilités structurelles du macronisme existent autant au niveau local qu'au plus haut sommet de l'Etat.

Pêcheurs Sri Lankais, 2017
Pêcheurs Sri Lankais, 2017 Crédits : Ishara S. Kodikara - AFP

On attend toujours de connaître l'ampleur du remaniement ministériel que vont mettre en œuvre Emmanuel Macron et son premier ministre, Edouard Philippe.  

En attendant le député d'opposition "Les Républicains", Guillaume Larrivé racontait, hier après midi, la drôle d'ambiance qui règne à l'Assemblée Nationale. Notamment au sein des troupes de la majorité la République En Marche :  

L'atmosphère est assez étrange. L'Assemblée Nationale connait des heures d'improvisation...  

En réalité, ce sentiment de flottement chez les députés Marcheurs n'est pas nouveau. Il était déjà là avant l'été. Il a grandi avec l'affaire Benalla.  Puis s'est renforcé au fil des semaines. Et on a connu une manifestation concrète de ce désarroi au moment de l'élection de Richard Ferrand à la présidence de l'Assemblée, le 12 septembre dernier : 

Ont obtenu : Richard Ferrand, 254 voix. Marc Fesneau, 86 voix 

254 voix pour Richard Ferrand, ça signifie qu'il a en manqué une bonne cinquantaine sur les 300 et quelques députés "La République En Marche" présents à ce moment-là. Et ces voix se sont reportées sur le candidat du Modem, Marc Fesneau, dont le groupe ne compte que 46 députés et qui a recueilli (vous l'avez entendu) 86 voix.  

Il ne faut pas voir là un signe de rébellion. Le Modem reste un allié fidèle des marcheurs à l'Assemblée. Et cette manière de se défausser sur Marc Fesneau a été, pour beaucoup, une façon de montrer ses doutes, ses inquiétudes, sans toutefois manifester une contestation. Malgré tout, c'est le signe d'un désarroi certain au sein des troupes d'Emmanuel Macron au Palais Bourbon.

Le désarroi des députés LREM ne s'explique pas par l'impopularité d'Emmanuel Macron dans l'opinion  

Ce désarroi n'est pas, en réalité, le fruit de la situation politique et de la passe difficile que connaissent actuellement l'exécutif et sa majorité. C'est beaucoup plus structurel que conjoncturel.  

La plupart de ces députés, à l'Assemblée, sont des novices en politique. Et ils sont arrivés là par la gràce de l'élection d'Emmanuel Macron à l’Élysée. Ils n'ont pas vraiment eu à se battre pour émerger en politique, contrairement à tous ces autres députés qu'on dit de "l'ancien monde". Et donc, ils ne savent pas comment exister. Ils n'ont pas les codes. Ils n'ont pas la roublardise qui vient avec l'expérience d'un parcours politique. C'est pour ça qu'un nombre important d'entre eux aimeraient bien mais ne réussissent pas à émerger, à trouver leur place.  

Et du coup, ils se désespèrent. Certains viennent de moins en moins à l'Assemblée et restent dans leurs circonscriptions... Circonscriptions où ce qu'ils entendent est loin de les réconforter.  Patrick Vignal est député de l’Hérault et il a bien du mal à faire campagne sur les marchés : 

- Alors pour vous, tout va mal ? 

- Ah oui, oui, oui. Si on regarde l'éducation nationale, ça va pas. Si on regarde les retraites, ça va pas...  

Le problème de ces députés est qu'ils ne savent pas s'y prendre.  Ils ne sont pas connus.  Ils connaissent mal les rouages de l'action politique locale. Et du coup, ils n'agissent pas comme des relais entre les citoyens et les institutions.  

C'est vrai qu'on ne les voit pas beaucoup, explique un sénateur du Sud de la France. L'autre jour, pour l'inauguration d'une nouvelle caserne de sapeurs pompiers, la députée de la circonscription a envoyé son assistant parlementaire. Autant vous dire qu'en terme de crédibilité, elle peut repasser, les responsables de la sécurité du département ne sont pas prêts de la prendre au sérieux

Et c'est comme ça aussi pour les comités En Marche au niveau local. Bien souvent, ceux qui les animent ont des responsabilités dans des entreprises. Mais ils ne connaissent pas, ou très mal, le fonctionnement des institutions et de l'administration. Et donc, ce ne sont pas vers eux qu'on se tourne pour faire avancer tel ou tel dossier.  

La décision de Gérard Collomb, à Lyon, de ne pas lancer sa campagne pour les municipales sous l'étiquette "La République En Marche" est sans doute, pour partie, liée à cette situation.  

Et on retrouve le même phénomène au plus haut sommet de l’État. Emmanuel Macron gouverne avec un très petit nombre de conseillers. Il n'a pas de relais, ou très peu de relais, au sein des grands corps de l’État. Ce qu'on a pu constater avec l'affaire Benalla, les fuites émanant probablement de l'administration policière.  

Du coup, le roi est nu, ou presque.  La technostructure se sent toute puissante, expliquent bon nombre de responsables politiques de l'opposition. "Vous n'imaginez pas à quel point, aujourd'hui, la haute fonction publique a le sentiment d'avoir gagné", se désolait il y a  quelques jours un député "Les Républicains".  

Le problème est qu'Emmanuel Macron a conquis le pouvoir très vite, avec peu de troupes et en très peu de temps. Pour reprendre la métaphore d'un constitutionnaliste, on peut dire que "c'est comme s'il avait grimpé l'Everest sans se préoccuper de construire des camps de bases pour y faire étape. C'est un exploit, certes, mais ça devient très compliqué quand le temps se gâte".

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