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Emmanuel Macron a rendu hommage au général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, le 9 novembre 2020, cinquante ans après sa mort.

De Gaulle, une référence très “général”

4 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi les responsables politiques constellent-ils leurs discours d'allusions à Charles de Gaulle ?

Emmanuel Macron a rendu hommage au général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, le 9 novembre 2020, cinquante ans après sa mort.
Emmanuel Macron a rendu hommage au général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Eglises, le 9 novembre 2020, cinquante ans après sa mort. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Difficile de ne pas l’avoir remarqué : nous sommes en pleine "année de Gaulle". En 2020, c'est l'anniversaire tout rond de sa naissance, de sa mort et de l’appel du 18 juin 40. 

Ça n'a pas échappé non plus aux responsables politiques de tous bords, qui aiment parsemer leurs interventions de références au "grand Charles".

Y compris de manière assez surprenante, comme Ségolène Royal, hier sur BFM TV, interrogée sur la fermeture des librairies décidée par Emmanuel Macron : 

"Pourquoi c'est ridicule ? Parce que derrière c'est Amazon, et ça personne ne le dit ! Est-ce que le général de Gaulle aurait livré la France à Amazon ?”

Qu’aurait pensé le général de Gaulle d’Amazon en 2020 ? Mystère… Dans la même série : aurait-il eu un profil Facebook, un compte Tik Tok, un pseudo Snapchat ? Et de Gaulle aurait-il pratiqué la trottinette électrique ? 

Autant de questions vertigineuses qu’ouvre la réflexion de Ségolène Royal. Et ce qu’il y a de pratique dans cette argumentation, c’est qu’elle est bien sûr assez difficile à contredire… 

Même si on pourrait objecter à Ségolène Royal que la pensée gaullienne fut loin d’être hostile à l’innovation, au progrès technologique. En 1934, dans son ouvrage "Vers l'armée de métier", il implore l’état-major français de s’équiper en blindés et en chars, d’arrêter de faire confiance uniquement à l’infanterie et à la ligne Maginot. Charles de Gaulle est alors, passez-moi l’anachronisme, à la pointe de la “disruption”. 

En réalité, cet exemple montre bien qu’on peut tout faire dire au gaullisme ; c’est d’ailleurs pour cela qu’il est cité, utilisé, depuis le Rassemblement national jusqu’à la France insoumise, en passant bien sûr par l’Exécutif

Car il y a eu tellement de périodes et de visages du gaullisme, sur une existence aussi vaste et aussi pleine, qu’on peut aller piocher à peu près ce que l’on veut : 

Dans les discours politiques, la référence à de Gaulle signifie aussi bien la souveraineté nationale que la participation des salariés dans l’entreprise. Elle est parfois synonyme d’autorité de l’Etat ou bien de la méfiance envers les marchés, de l’exaltation de la nation française ou du rapport direct au peuple, la révolte contre la fatalisme, ou encore la probité des serviteurs de l’Etat.

C’est sur ce dernier point que François Fillon avait convoqué l’exemple du général, un jour d’août 2016, dans une formule restée célèbre : 

"Ceux qui ne respectent pas les lois de la République ne devraient pas pouvoir se présenter devant les électeurs ! (...) Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen ?"

La question était pensée comme un tacle à Nicolas Sarkozy et à ses affaires… Quelques mois plus tard, elle s’est retournée contre son auteur, lui-même mis en examen avec Pénélope Fillon. Comme si nul ne pouvait invoquer à la légère la figure tutélaire…

Retour à l’envoyeur, s’était d’ailleurs réjoui à l’époque Manuel Valls dans une courte pique : 

"Vous imaginez le général de Gaulle employant 'tante Yvonne' à l’Elysée ?”

En son temps, Raymond Barre a lui aussi utilisé la carte "Charles de Gaulle" contre un adversaire. Il reprochait à François Mitterrand, alors président en exercice, de trop se mêler des élections législatives [extrait sonore] : 

"Avait-on vu le général de Gaulle soutenir monsieur Debré ou monsieur Pompidou, quand ils étaient candidats aux législatives ? Que n’aurait-on pas dit si cela s’était passé !”

Et depuis, l’invocation du général de Gaulle s’est donc répandue dans tous les partis, comme s’il avait quitté le champ strictement politique pour entrer dans le champ patrimonial. 

Est-ce l’un des derniers mythes rassembleurs, à l'heure où les identités s’exacerbent et où les références communes se fragmentent ? 

Au moment où Ferry est renvoyé à son colonialisme, Clemenceau à son intransigeance face aux grévistes... De Gaulle est peut-être la dernière figure dont on peut se réclamer sans risquer beaucoup la contradiction. 

Cela dit, il en reste une, de contradiction. 

Parmi celles et ceux qui se réclament du général à toute heure, bien peu ont suivi son exemple... et quitté la vie politique après avoir été désavoués par les électeurs. 

Frédéric Says

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