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Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle, le 10 mai 2018.

La guerre de 3% n'aura pas lieu

3 min
À retrouver dans l'émission

Les dépenses occasionnées par la crise des gilets jaunes obligeront Paris à laisser filer le déficit au-delà de la limite des 3%. Avec quelles conséquences ?

Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle, le 10 mai 2018.
Emmanuel Macron à Aix-la-Chapelle, le 10 mai 2018. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Les mesures sociales décidées par Emmanuel Macron représentent une dizaine de milliards d'euros. Conséquence : l'an prochain, la France sera au-dessus des 3% de déficit, au-delà de cette limite fixée par les traités européens. 

Ce n'est pas simplement une affaire de calculette et de tableaux excel. Ces 3% - et leur respect par la France - sont aussi un symbole politique. Se mettre en conformité avec la règle, enfin, c'était l'une des fiertés d'Emmanuel Macron. Il y était parvenu contrairement à ses prédécesseurs. Pour lui, qui a fait campagne avec un drapeau européen, c'était la preuve noir sur blanc, ou plutôt la preuve sonnante et trébuchante, d'un changement d'époque en France. Une nouvelle ère, où Paris respectait enfin ses engagements européens. Et en retour, où Paris était respectée par l'Europe. Il l'avait clamé haut et fort au nez de la chancelière Angela Merkel, c'était en mai dernier à Aix-La-Chapelle : 

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Ce jour-là, Emmanuel Macron recevait le Prix Charlemagne, pour récompenser son engagement européen. Devra-t-il rendre sa médaille ? Les macronistes promettent déjà que ce dépassement sera strictement temporaire, ce sont les mots du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand. A situation exceptionnelle, moyens exceptionnels, semble dire le gouvernement français. Mais cette rhétorique n'est pas nouvelle. A Bruxelles, on voit la France comme le pays qui trouve toujours une bonne raison de ne pas appliquer les règles budgétaires. Dès son arrivée à l’Élysée, Nicolas Sarkozy avait ainsi demandé une tolérance pour mettre en œuvre ce qu'il appelait un "choc de confiance économique". Si c'est bon pour la confiance, les déficits attendront.  François Hollande, lui, avait plaidé la clémence auprès de Bruxelles, après les attentats qui avaient touché la France en 2015 :

"Je considère que le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité". 

Difficile de prétendre le contraire. Mais si l'on prend du recul, depuis une décennie la France n'aura respecté ses engagements budgétaires que... deux années. En 2017 et 2018, sous Emmanuel Macron.

Un sauve-qui-peut

Le dépassement des 3% serait-elle une maladie chronique qu'aucun dirigeant français ne parvient à soigner ? Ne faisons pas dans le gallo-centrisme. D'autres pays contestent de plus en plus violemment l'orthodoxie de Bruxelles, on pense bien sûr à l'Italie, qui cherche à imposer son projet de budget. 

Dès lors, Emmanuel Macron serait-il en train de faire du Salvini sans Salvini ? Non, bien sûr. En l'occurrence, le dépassement prévu par la France est une affaire de contexte et pas de principe. Un sauve-qui-peut plus qu'un calcul politique. 

D'ailleurs, la Commission européenne se montre plutôt compréhensive. Il est vrai que le budget 2019 de la France est plombé par une forte dépense, mais qui est exceptionnelle. La transformation du CICE (crédit d'impôt pour les entreprises) en baisse pérenne des cotisations. C'est très technique, mais cette bascule oblige à payer deux fois, l'an prochain, pour ce dispositif. Cela représente près d'un point sur les fameux 3%. Par ailleurs, la commission sait qu'il n'a guère intérêt à se montrer trop dogmatique, trop inflexible, à quelques mois des élections européennes où la montée en puissance des forces eurosceptiques est redoutée. Bref, Emmanuel Macron se voulait bon élève, il est obligé de jouer les cancres. Mais vu les circonstances, la guerre de 3% n'aura pas lieu.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
46 min

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