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Des excuses la main sur le coeur ou à la va-vite ?

En politique, mille et une façons de présenter ses excuses

3 min
À retrouver dans l'émission

La contrition est parfois douloureuse, souvent alambiquée.

Des excuses la main sur le coeur ou à la va-vite ?
Des excuses la main sur le coeur ou à la va-vite ? Crédits : Pascal Pavani - AFP

On parle beaucoup d'excuses, dans l'actualité ces derniers jours. Une plongée dans les archives politiques nous permet de voir à quel point c'est un exercice difficile, à la sincérité fluctuante et aux effets incertains. 

Il y a d'abord la catégorie « cela ne me ressemble pas ». Champion de cette catégorie ? Lionel Jospin. Pendant la campagne de 2002, il avait estimé que son adversaire Jacques Chirac était fatigué, vieilli. S'en est suivi un décrochage de l'électorat âgé, et une mise au point en catastrophe du candidat socialiste :

"Puisque c'est devenu un fait politique et que ça été compris comme  cela, je veux dire très simplement que je suis désolé, si ça été été  entendu de cette façon. Ce n'est pas moi, cela ne me ressemble pas." (France 3)

... Comme s'il y avait un dédoublement de personnalité. Voici d'autres excuses en pleine campagne, c'est plus récent : 

"En travaillant avec ma femme et mes enfants, j’ai privilégié cette collaboration de confiance qui aujourd’hui suscite la défiance. C’était une erreur, je le regrette profondément, et je présente mes excuses aux Français."

Ce moment est intéressant : il est celui où le mot excuse passe du singulier au pluriel. Jusqu'alors, François Fillon avait une excuse, dans cette affaire d'emplois fictifs présumés. Il affirmait que sa femme le représentait dans sa circonscription. Il passe au pluriel : des excuses à tous les Français. 

"Si j'ai été mal compris..."

Et puis il y a aussi l'excuse nuancée, la contrition suivie d'un "mais". Emmanuel Macron, alors candidat, s'y était adonné en janvier 2017. Il affrontait une polémique après avoir déclaré dans le magasine Le Point qu'il y avait eu des "éléments de civilisation" pendant la colonisation française en Algérie.

"Si j'ai choqué certains, je m'en excuse, mais ce n'est pas exactement ce que j'ai dit". (sur France Culture)

Quelques semaines plus tard, lors d'un voyage en Algérie, il évoque des « crimes contre l'humanité » pendant la colonisation. Il doit cette fois s'excuser auprès des Pieds-noirs et des rapatriés... Avec ces formules quasi christiques : 

"Pardon de vous avoir fait mal, parce que ce n'est pas ce que je voulais. Mais en même temps, comprenez que j'assume pleinement le discours de vérité que j'ai porté dans sa complexité. J'en ai blessés, je le sais pour de mauvaises raisons. Je les regarde dans les yeux et je leur dis que je les aime". 

Finalement, dans ces archives, très peu d'excuses simples et directes. Est-ce parce que ces responsables politiques imaginent qu'en s'excusant, ils s'affaiblissent ? Les excuses les plus pures viennent de ceux qui ne peuvent pas tomber plus bas. Voici Jérôme Cahuzac : 

"J'ai demandé pardon, c'est à ceux à qui j'ai demandé pardon de décider s'ils me l'accordent. Et, là encore, je n'ai pas de jugement à porter sur ce que sera leur décision". 

La thématique de la contrition qui donne parfois l'occasion de mots cruels. En 1981, François Mitterrand apprend que Valéry Giscard d'Estaing, président sortant, vient d'officialiser sa candidature à la présidentielle. Il a cette réaction : « Au lieu de présenter sa candidature aux Français, il aurait mieux fait de leur présenter ses excuses ».

En vérité, le repentir est passé de mode. L'élément de langage favori de l'époque, c'est « j'assume ». 

Frédéric Says

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