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Olivier Véran et Jean Castex, le 9 janvier 2021.

Haro sur l’administration ?

4 min
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Le débat sur les ratés de la campagne de vaccination s'est focalisé sur les failles de "l'intendance", qui n'a pas suivi.

Olivier Véran et Jean Castex, le 9 janvier 2021.
Olivier Véran et Jean Castex, le 9 janvier 2021. Crédits : Lionel Bonaventure - AFP

“L’intendance suivra” : on connaît cette phrase prêtée à De Gaulle, phrase qu’il a d’ailleurs toujours récusée.  

Si elle est restée dans les mémoires, c’est qu’elle dit bien le mépris, supposé ou réel, des hommes d’Etat pour la logistique. 

Or, depuis le début de cette crise sanitaire, l’intendance n’a pas suivi. 

Qu’il s’agisse des masques, ou dans une moindre mesure des tests et des vaccins, la rupture s’est faite béante entre les déclarations volontaristes de l’exécutif et les cafouillages sur le terrain. 

Un crash logistique. Il faudra retrouver les “boîtes noires” pour mieux comprendre là où nous avons failli. 

Un crash, l’image est excessive sans doute, tant nos voisins ont eu aussi leurs turpitudes, mais le malaise persiste : 

Comment la France, pays à l’administration puissante et fournie, s’est-elle retrouvée à devoir embaucher des sociétés privées, des cabinets de conseil, pour organiser sa campagne de vaccination ? 

Olivier Véran, hier après-midi devant l’Assemblée nationale, n’a eu d’autre choix que d’assumer ce recours au privé : 

Le malaise va d’ailleurs au-delà de cette seule actualité. Il y a quelques jours, la société qui gère le transport de l’électricité, RTE, a appelé les Français à limiter temporairement leur consommation

Cela par craintes de coupures, en raison des chauffages allumés un peu partout en cette période de froid.

Comment le comprendre ? Y a t-il un défaut de prévision ? Y a-t-il un pilote dans l’avion ? 

Pourtant, souvenez-vous, la logistique, le terrain, le concret, ce devaient être les points forts du 1er ministre. Dans son premier grand discours, en juillet dernier, Jean Castex avait mis en avant ces priorités : 

Je le sais bien, dans un pays qui excelle dans le débat d’idées, dans la conjugaison des grands principes, dont notre Assemblée a souvent été la grande scène, parler d’exécution, de mise en œuvre, d’efficacité opérationnelle, peut sembler trivial. Toutes ces notions sont depuis longtemps reléguées au rang de choses subalternes. C’est une affaire entendue : l’intendance suivra ! Mesdames et Messieurs les députés, depuis longtemps, vous le savez : l’intendance ne suit plus.

Résultat, 6 mois après : il y a eu les débats sur les grands principes ET les insuffisances logistiques. 

D’où vient le problème ? Des donneurs d’ordre ou de ceux qui les mettent en œuvre ? 

Depuis quelques jours, un homme fustige la technocratie éthérée, responsable d’une partie de la faillite. Cet homme ce n’est pas Jean-Luc Mélenchon ou Nicolas Dupont-Aignan, c’est… un ministre, Bruno Le Maire, écoutez : 

"La Vème République est devenue une monarchie technocratique. Avec tout ce qu'elle a de complexe, d'insuffisamment ouvert, à d'autres talents, à d'autres parcours professionnels". (France Inter)

Bien placé pour parler de l’administration, à la tête de celle qui gère les finances, Bruno Le Maire livre donc son diagnostic : des élites trop uniformes, et donc pas assez inventives. 

On touche là au cœur de cette fameuse “boîte noire” de l’Etat que nous évoquions tout à l’heure et dont nous aurons l’occasion de reparler demain matin.

Certes, la machine de la haute fonction publique est homogène, elle a fréquenté les mêmes bancs... des mêmes grandes écoles. 

Mais d’un autre côté, l’action politique se complexifie. Elle requiert des connaissances toujours plus poussées en matière de finances, de droit national et européen. 

Une technicité qui nécessite de longues et coûteuses études, sinon un capital culturel de départ. Voilà qui régénère toujours plus cette endogamie.

Alors comment résoudre cette contradiction ?

Le gouvernement a tenté de créer un jury citoyen sur la vaccination, 35 Français tirés au sort. 

Message explicite : le peuple a droit à la parole face à la technocratie.

Message implicite : ce n’était pas le cas jusqu’ici. 

Frédéric Says

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