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A l'Assemblée nationale, la scission ferait perdre la majorité absolue au groupe La République en marche.

La majorité d'Emmanuel Macron en voie de fracturation ?

5 min
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Des députés LREM veulent s'émanciper en fondant un nouveau groupe parlementaire, qui n'appartiendrait plus à la majorité. Un "billet politique" garanti (presque) sans Covid-19...

A l'Assemblée nationale, la scission ferait perdre la majorité absolue au groupe La République en marche.
A l'Assemblée nationale, la scission ferait perdre la majorité absolue au groupe La République en marche. Crédits : Gonzalo Fuentes - AFP

C'était l'une des forces du quinquennat d'Emmanuel Macron : disposer d'une majorité solide à l'Assemblée nationale.  

Dès lors, inutile de composer, de marchander, de transiger avec l'opposition. Le groupe La République en marche se suffisait à lui seul. Il détenait une large majorité absolue.  

Sauf que le « bulldozer » en marche connaît quelques ratés. D'abord parce que plusieurs députés ont quitté le navire. D'autres ont été exclus. Et cette domination numérique s'est mise à fondre.  

Il reste désormais une marge de seulement 7 députés avant que le parti macroniste perde cette majorité absolue (c'est-à-dire que ses troupes représentent moins de la moitié du nombre totale des députés).  

Or, voici donc que plusieurs dizaines de parlementaires macronistes s'apprêteraient à rompre les rangs. A faire scission. A créer leur propre groupe.  

Nombre d'entre eux travaillent à des propositions pour l'après-crise sanitaire, qui sont rendues publiques aujourd'hui. 

Cette manœuvre permettra à ces "conjurés" de se compter, de mesurer leur poids.

Même s'il y a toujours un écart entre la menace et la rupture effective. Un peu d’esbroufe ? Il arrive en effet à ces frondeurs en herbe de gonfler les muscles qu'ils n'ont pas forcément.  

Néanmoins, la création de ce nouveau groupe parlementaire, qui ne serait "ni dans la majorité, ni dans l'opposition", semble imminente

Qui sont-ils, les députés de ce nouveau groupe ?

On y trouve plusieurs profils :  

- Ceux qui sont déjà en rupture de ban avec La République en Marche : ils sont partis à l'occasion du 49.3 sur les retraites, du budget, ou bien de la loi sur l'immigration. Ils avaient, depuis, disparu dans les méandres des "députés non-inscrits" (Sébastien Nadot, Jennifer de Temmerman).  

- Ceux qui ont une sensibilité écolo déçue par le gouvernement : par exemple Mathieu Orphelin, un ami de Nicolas Hulot ou Paula Forteza, proche de Cédric Villani. Ou encore Delphine Batho, l'ancienne ministre socialiste (qui, elle, ne vient pas du camp macroniste).  

Mais il y a aussi ceux qu'on appelle « la bande de Poitiers ». Ce sont de jeunes députés, anciens du parti socialiste (Guillaume Chiche, Aurélien Taché..). Ils estiment que le gouvernement penche trop à droite, et qu'accessoirement, ils ne sont pas eux-mêmes assez mis en valeur.  

Est-ce suffisant pour décrire ce groupe en gestation, comme un "assemblage d'égos boursouflés et frustrés", selon les mots utilisés hors micro par les pontes de la majorité et du gouvernement ?  

Sans doute pas. Même si le besoin de lumière est indéniable chez plusieurs d'entre eux, ce constat est trop général, trop facile pour être exact.  

D'ailleurs, si vous interrogez Cédric Villani, il conteste cette analyse. Il souligne qu'il s'est vu confier de multiples missions par le gouvernement (entre autres sur l'intelligence artificielle).

Si le candidat dissident à la mairie de Paris ne s'expose pas en première ligne dans ces "meccanos d'appareil politique", il s'applique à balayer les procès en manque de reconnaissance personnelle.   

Cette volonté sécessionniste s'explique en fait par une double frustration. 

Sur le fond, on l'a dit : Emmanuel Macron fut élu sur un discours « pas à gauche, pas à droite » ; il applique un programme « pas à gauche, pas à gauche », selon certains de ces frondeurs, qui bataillent en vain pour un tournant social.  

Frustration fonctionnelle, ensuite. Difficile d'exister, en tant que parlementaire, face à une machine gouvernementale bien huilée.  

N'oublions jamais que tous les députés En Marche doivent leur place à l'aventure personnelle d'Emmanuel Macron. Compliqué, donc, de s'émanciper.  

C'est d'ailleurs toujours un problème pour les majorités pléthoriques. Comment exister ?  

Comment se positionner, en évitant deux écueils : les frondeurs et les godillots.  

Pas simple. En son temps, Jean-François Copé avait appelé cela la « coproduction législative » - coproduction entre le parlement et le gouvernement. Mais dans les faits, c'est le second qui dirige les opérations.  

C'est d'ailleurs un paradoxe : ce sont souvent les majorités les plus larges qui sont aussi les plus instables.  

En 1993, au moment du Mitterrandisme finissant, la droite détenait près de 80% des sièges à l'Assemblée nationale. Chambre bleue comme une orange d'Eluard. 

Et pourtant, cette majorité fut extrêmement divisée : entre les gaullistes, les centristes, les souverainistes, les pro-européens, le RPR, l'UDF, et les sous-chapelles.  

Finalement, une majorité pléthorique permet... le luxe de la division.  

Et c'est peut-être ce que va expérimenter Emmanuel Macron.  

Un dernier mot : si La République en marche perd sa majorité absolue à l'Assemblée nationale, est-ce un séisme politique ?

Oui et non ; mais en fait plutôt non. Car il reste, en réserve, le renfort des alliés du Modem. Renfort suffisant pour obtenir la majorité absolue lors des votes.  

Les députés proches de François Bayrou sont en effet assez nombreux pour compenser une hémorragie de quelques marcheurs... Ils sont une quarantaine.   

Vous voyez, on a parlé de "quarantaine", mais pas de covid-19...  

Frédéric Says

[edit 9h56 : le député Sacha Houlié précise qu'il n'est "pas de ceux qui entendent quitter le groupe majoritaire"].

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