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Emmanuel Macron, le 12 novembre 2019.

Le macronisme peut-il être un immobilisme ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Face à la multiplication des fronts sociaux, le gouvernement choisit la prudence.

Emmanuel Macron, le 12 novembre 2019.
Emmanuel Macron, le 12 novembre 2019. Crédits : Ludovic Marin - AFP

A observer les déboires d'Emmanuel Macron, peut-être y a-t-il quelques figures du gouvernement de François Hollande qui rient sous cape.    

Bien sûr, ils ne le diront jamais, la situation est trop grave. Mais eux qui ont servi un président surnommé par certains magazines « Pépère » accusé d'être trop mou, trop indécis, trop porté sur la synthèse ; peut-être ressentent-ils une certain volupté intérieure à constater que le successeur élyséen, si jeune, si brillant, si décidé - ce président qui devait entraîner le pays derrière son panache - découvre finalement les avantages de la prudence. 

Est-ce la revanche de « Pépère » sur « Brutus » ? 

A la baguette, Emmanuel Macron, qui a commencé son quinquennat presto, se convertit au charme de l'adagio. Souvenez-vous des premiers mois du macronisme : le code du travail fut réformé à tout vitesse, via des ordonnances, par un exécutif engagé comme un bolide sur les Champs-Élysées. Ces Champs-Elysées qu'à l'époque Jean-Luc Mélenchon avait promis noirs de protestataires et qui restèrent alors désespérément vides. 

Désormais, pour la réforme des retraites, il est au contraire urgent d'attendre. Pas de texte avant plusieurs mois, nous dit l'exécutif. En matière de bolide, le quinquennat a démarré avec Fangio, il se poursuit avec Oui oui. 

D'ailleurs, le gouvernement n'ose plus vraiment dire non, apeuré par le grève du 5 décembre prochain. Le haut-commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye, a confirmé hier que certaines professions conserveraient leurs conditions particulières de départ : c'est le cas des militaires et des policiers. Voilà toujours un front de moins dans la grande colère sociale. 

Il en reste cela dit de nombreux, des fronts, pas tous prévisibles d'ailleurs. Les rassemblements étudiants hier contre la précarité en constituent un autre. 

Quant aux Gilets jaunes, seront-ils tentés de reprendre les ronds-points à l'occasion du premier anniversaire de leur mouvement, dans une semaine ? Les personnels hospitaliers se satisferont-ils des annonces récentes du gouvernement ? 

Ajoutons, dans cette équation, des syndicats affaiblis, qui n'ont plus totalement le contrôle des mouvements sociaux – plusieurs grèves ou droit de retrait à la SNCF se sont faits sans eux. 

Concertation

Devant les députés, le Premier ministre a reconnu l'incandescence de la situation. Voilà pourquoi le gouvernement a choisi de repousser à plus tard les dossiers les plus clivants. 

Pas uniquement la question de la fiscalité écologique, une patate chaude renvoyée à 150 citoyens tirés au sort. Ce matin, le conseil des ministres devait par exemple examiner la réforme des heures de nuit dans les commerces alimentaires. Ce qui aurait abouti à des salaires moindres entre 21 heures et minuit. L'exécutif a finalement décidé de se laisser six mois et a ordonné une "concertation". 

Une manière de revisiter la formule de Clemenceau : "Pour enterrer un problème, créez une commission". 

D'ailleurs, aujourd'hui dans les kiosques, le magazine L'Express met à sa une un Emmanuel Macron pris dans la glace, immobilisé, paralysé.

Bien sûr, l'image est excessive. Le gouvernement continue d'agir, par exemple dans le domaine migratoire, il a aussi refondu l'offre de formation professionnelle et bouclé le vote du budget avec une baisse de l'impôt sur le revenu. 

Mais il avance désormais, c'est vrai, à pas comptés. 

Le macronisme, à l'origine peu identifiable dans la généalogie des familles politiques françaises, se voulait surtout une force, une efficacité, un élan. 

La temporisation n'est-elle pas contradictoire avec le nom du mouvement, "En Marche" ? La République en Marche peut-elle s'accommoder du "sur place" ?

Frédéric Says

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