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L'Elysée a diffusé un "résumé non exhaustif" du début d'année d'Emmanuel Macron.

Macron, Mélenchon et l'épopée

3 min
À retrouver dans l'émission

Sur internet, chaque camp tente de dresser "son" récit du quinquennat.

L'Elysée a diffusé un "résumé non exhaustif" du début d'année d'Emmanuel Macron.
L'Elysée a diffusé un "résumé non exhaustif" du début d'année d'Emmanuel Macron. Crédits : Capture d'écran - chaîne Youtube d'Emmanuel Macron

Nous vous en parlions il y a quelques semaines dans le billet politique, François Hollande va sortir un livre sur son expérience présidentielle. Ce sera le 11 avril et ça s’intitulera « les leçons du pouvoir ». Quand on se tourne vers les cinq ans de Hollandisme, ce qui frappe, c’est ce reproche répété de toute part, au point d’en être devenu quasiment un poncif journalistique : "il a manqué un récit du quinquennat", nous dit-on… Comme si les décisions politiques quotidiennes avaient manqué d’un fil conducteur apparent à tous. Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon n’ont pas ce problème. Depuis leur position respective, ils produisent en continu le récit du quinquennat en cours. Version Macron, nous sommes proches de l’épopée romanesque. En témoigne cette vidéo, diffusée sur le compte Youtube du président de la République. Une sorte carnet de bord du mois de janvier, "non exhaustif", précise le titre :

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Dans un montage saccadé, on voit le chef de l’État en Chine, puis en visite dans une exploitation agricole. On le filme en coulisses, juste avant son message vidéo avec Angela Merkel (c'est bien sûr lui qui donne le top départ à la chancelière). Toujours sur ces images rapides, on voit le président serrer dans ses bras un migrant à Calais puis serrer la main d’un policier. Le « Et en même temps » en deux minutes. La vidéo ressemble à une bande-annonce de film d’action. 

Comment intituler ce récit ? Hier soir, à huis clos, Emmanuel Macron a eu cette phrase :  « Je suis le fruit d’une forme de brutalité de l’histoire, je suis le fruit d’une effraction parce que la France était malheureuse et inquiète ». Propos tenus devant les journalistes de l’Association de la presse présidentielle. Au moins le message est clair. 

"Emmanuel Macron a mangé son pain blanc"

Il est tout aussi signifiant de se plonger dans le contre-récit du quinquennat par Jean-Luc Mélenchon. 

Si le récit d’Emmanuel Macron est une bande-annonce, alors celui de Jean-Luc Mélenchon est un livre. Il prend la plume sur son blog, chaque semaine, pour chroniquer ce mandat de son point de vue d’opposant. "A la tête de l'opposition populaire", comme il l'écrit avec un peu de présomption, le dirigeant de la France insoumise y explicite ses prises de position sur la Corse ou sur le nucléaire. Mais il y a une trame plus profonde à ce récit. On pourrait la résumer ainsi : "jusqu’à présent, ça s'est bien passé pour Emmanuel Macron, mais la chute est imminente". Le problème, c’est que ce diagnostic est posé presque chaque semaine depuis des mois. Le billet de blog de la semaine dernière s’appelait « La semaine où Emmanuel Macron prend une taule ». Celui du 23 janvier s’intitulait « la semaine où Macron trébuche ». Le 13 janvier : « La semaine où finit le pain blanc du pouvoir ». Remontons au 9 octobre, le dirigeant de la France insoumise écrit : "Le contexte a changé en profondeur. Dorénavant le pouvoir est dans la tranchée ». La lecture rétrospective donne l'impression que les faits tardent à se mettre en conformité avec ses désirs. 

Plus globalement, ce récit et ce contre-récit du quinquennat sur internet ont des points communs. Les deux propagent un récit romanesque, une épopée. On parlait jadis de propagande électorale, on utilise désormais le terme "story-telling". Tout cela suscite une autre question. A l’heure où le débat sur les fake news est posé de manière simpliste, comme s’il y avait d’un côté les "fausses nouvelles absolues" et de l’autre les "vraies nouvelles 100% authentiques et factuelles", ces objets de communication politique montrent que tout n’est pas si simple. Ils ne sont ni l'un ni l'autre. Ils figurent dans la zone grise. Celle de ces fameux "récits".

Frédéric Says

Chroniques

8H19
25 min

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