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Un stand militant au congrès du Front national, le 11 mars 2018 à Lille.

Entre Wauquiez et Le Pen, une primaire qui ne dit pas son nom

3 min
À retrouver dans l'émission

La cible : ces 15 millions d'électeurs qui ont voté soit François Fillon soit Marine Le Pen à la présidentielle.

Un stand militant au congrès du Front national, le 11 mars 2018 à Lille.
Un stand militant au congrès du Front national, le 11 mars 2018 à Lille. Crédits : Yann Castanier - AFP

"Le cordon sanitaire" : c’est ainsi que Jacques Chirac surnommait les députés de droite qui avaient la malchance de siéger à côté de ceux du Front national à l'Assemblée.      L’expression dit tout de la frontière tracée entre les deux partis. Cette frontière reste-t-elle infranchissable ? Ici et là, des passerelles semblent s’échafauder. C’est ainsi que l’ancien député LR Thierry Mariani plaide pour des alliances entre la droite et la FN. Une révolution des mentalités dans ce parti. La base électorale y est d’ailleurs de moins en moins hostile. 30% des sympathisants Les Républicains se disent en faveur de telles alliances, selon l'institut Elabe

Peut-être vous souvenez-vous de cette phrase de Laurent Fabius : "Le Front national pose de bonnes questions mais apporte de mauvaises réponses". Dans la bouche de Nadine Morano, cela donnerait plutôt : le FN apporte de bonnes réponses à des bonnes questions. C’était hier sur BFM TV :

Jean-Jacques Bourdin - "Communautarisme, identité, sécurité... ce sont des sujets majeurs développés par Laurent Wauquiez et développés par Marine Le Pen... Vous n'avez pas de différences !    
Nadine Morano - Et alors ? Quand elle réclame la fermeture des mosquées salafistes, je dis exactement que je suis pour la fermeture des mosquées salafistes. Si elle dit que votre veste est bleue, bon... Vous voulez toujours qu'on n'ait pas le droit d'utiliser les mêmes mots !"

Il ne faut pas prendre à la légère la réflexion de Nadine Morano. Elle ne plaide pas pour un rapprochement politique. Au contraire, l'état-major de LR répète qu'aucune alliance n'est envisageable. 

Nadine Morano, ici, indique clairement l’objectif de la droite Wauquiez : dire les mêmes choses que le Front national. Ne plus lui laisser d’espace. Embrasser ses thèmes pour mieux étouffer la flamme. 

C’est donc en réalité une primaire qui ne dit pas son nom, entre Laurent Wauquiez et Marine Le Pen. Une primaire pour convaincre les électeurs de la droite de la droite, qui sont nombreux. Pour mémoire, 40% des électeurs ont voté soit Marine Le Pen soit François Fillon lors de la dernière présidentielle au premier tour ; soit 15 millions de voix.  

Ces 15 millions de voix vont être ardemment convoitées pendant les quatre ans qui nous séparent de la présidentielle... 

L’argumentaire de Marine Le Pen sera simple : faire passer Wauquiez pour un pâle imitateur (si l’on ose dire). La copie face à l’original. 

La stratégie de Laurent Wauquiez sera de pointer "l’aventure" qu’il y aurait à voter Le Pen ; aventure liée aux incertitudes financières notamment. Il est d’ailleurs éclairant d’écouter les réponses de la droite à la question suivante : qu’est ce qui vous différencie du Front national ? La question fut posée à Geoffroy Didier, cadre LR, qui marqua une pause, avant de répondre : "l’euro". Comme si tout le reste ne posait pas le moindre souci. D’ailleurs, ces derniers jours, la prise de position de Laurent Wauquiez contre le droit du sol à Mayotte illustre cette compatibilité sur les questions "régaliennes".

De leur côté, les militants FN ont approuvé une série d’évolutions, lors de leur congrès à Lille : le parti ne défendra plus la peine de mort. Il ne fera plus de la sortie de l’euro une priorité. On le voit, les points de clivage avec la "droite Wauquiez" s’amenuisent. Ce matin, le Canard enchaîné nous apprend d'ailleurs qu'une fondation intellectuelle, la fondation du Pont neuf, va désormais "diffuser les idées conservatrices" et "fournir des notes aux proches de Marion Maréchal Le Pen mais aussi aux équipes de Laurent Wauquiez"... 

Si la recomposition continue, à moyen terme rien n’empêche d’imaginer une forme d’alliance ; un bloc de la droite de la droite. A une condition : que les mots durs échangés entre les deux camps soient oubliés. Passera-t-on du cordon sanitaire au pardon unitaire ?

Frédéric Says

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