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Emmanuel Macron sera interrogé en direct, ce mercredi soir, sur TF1 et France 2.

Le sujet dont ne parlera pas Emmanuel Macron ce soir

5 min
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Enfin, espérons que si, mais il y a peu de chances.

Emmanuel Macron sera interrogé en direct, ce mercredi soir, sur TF1 et France 2.
Emmanuel Macron sera interrogé en direct, ce mercredi soir, sur TF1 et France 2. Crédits : Gints Ivuskans - AFP

De prime abord, ce sujet n'a rien pour lui. Il n'est pas « sexy », comme on dit dans le jargon des rédactions.   Trêve de suspense : il s'agit du dossier Veolia-Suez. Un duel entre deux entreprises françaises, deux géants de la gestion de l'eau et des déchets. 

Ce sujet, donc, n'est pas très attirant. Il cumule les tares et risque fort de ne jamais être évoqué, ce soir, lors de l'interview télévisée d'Emmanuel Macron. Pour plusieurs raisons.  

1 – Parce que ce n'est pas l'objet de cette interview. On l'a bien compris, le chef de l’État veut parler des crises, sanitaire, économique, sociale. En somme, l'entretien n'est pas conçu pour passer en revue l'actualité. 

2 – Parce que ce dossier Veolia-Suez est éminemment technique. Il mêle, dans le désordre, la gestion de l'eau, les collectivités locales, une OPA, le rôle de l’État, les règles sur la concurrence... Bref, avant d'avoir fini de préciser les tenants et les aboutissants du sujet, il y a fort à parier que le studio sera déjà éteint et qu'Emmanuel Macron sera parti depuis longtemps. 

3 – Enfin parce que cette affaire touche peu le quotidien des Français. Autant l'éventuel couvre-feu, la fermeture des bars ou des restaurants, cela parle à tout le monde... autant les démêlés financiers entre mastodontes du CAC 40, ça ne figure pas dans la pile immédiate des priorités. Ce n'est pas un sujet « concernant », comme l'on dit - aussi - parfois au sein des rédactions. 

Et pourtant.. Cette affaire mériterait cent fois qu'on interroge le président de la République.   

Pourquoi ?

D'abord parce que les enjeux en termes d'emplois ne sont pas minces. Veolia, c'est 180 000 salariés dans le monde ; Suez c'est 90 000. Or si le premier croque le second, combien de ces emplois feront doublon, combien seront supprimés ? 

Ensuite, ce dossier pose la question de la volonté politique, de l'intervention de l’État dans l'économie. On parle ici de "l’État-stratège". Et de ce point de vue, le dossier est une catastrophe manifeste. Que Veolia rachète Suez, « cela fait sens », a d'abord dit Jean Castex. Le premier ministre a donc donné sa bénédiction à ce mariage. 

Mais quelques semaines plus tard, son propre ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, le contredit et indique que "les conditions ne sont pas réunies". Il se prononce contre cette opération. 

Quand Bruno Le Maire parle des "conditions", il évoque le maintien de l'emploi, bien sûr. 

Mais pense-t-il aussi à la crainte d'un monopole privé ? Si Veolia absorbe son concurrent, il ne restera en France qu'un seul très gros distributeur d'eau potable (notons qu'un troisième acteur, la Saur, détient environ 10% du marché). Dès lors, les communes ne pourront plus faire jouer la concurrence. 

Résultat : même si Veolia promet aujourd'hui des garanties, les factures risquent de s'envoler pour les collectivités. Et donc in fine pour le consommateur : vous et moi. Voilà pourquoi, finalement, c'est quand même « concernant ». 

Et ce dossier est, en plus, éminemment politique...

Car l’État ne se borne pas à donner son avis. Il est aussi partie prenante. C'est lui qui détient indirectement une partie du trésor : cette partie du capital de Suez, sur laquelle lorgne Veolia. Eh bien, elle appartient actuellement à l'entreprise Engie, dont l’État est le premier actionnaire. 

Autrement dit, le gouvernement a son mot à dire. Il a d'ailleurs dit « non », mais il n'a pas pu - ou pas voulu - s'imposer face aux administrateurs d'Engie, qui sont majoritairement favorables à la vente. Ils l'ont donc validé. 

Ce qui fait dire à Arnaud Montebourg que tout cela est cousu de fil blanc. Selon l'ancien ministre socialiste du Redressement productif, l'exécutif a sciemment aidé Veolia :   

Nous sommes dans un scénario à la russe : le pouvoir a décidé de prendre une proie et de l'offrir sur un plateau à un de ses amis, Antoine Frérot, le patron de Veolia ! (LCI)

Et l'ancien ministre avance, sans en apporter la preuve, qu'Antoine Frérot a fait partie des donateurs pour la campagne d'Emmanuel Macron. Un article de l'Obs en 2017 relevait la proximité entre le chef de l’État et le PDG de Veolia : "Antoine Frérot connaît bien Emmanuel Macron. Il lui envoie des textos, il l’a conseillé sur les ordonnances. En 2015, Macron, alors ministre à Bercy, l’a élevé au grade d’officier de la légion d’honneur". 

Dément démantèlement ?

A droite aussi, l'opération suscite des remous. De longue date, Xavier Bertrand estime que le gouvernement veut démanteler Engie, pièce par pièce. Le président des Hauts-de-France mettait en garde dès février dernier sur franceinfo, quand la directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, avait été évincée, lâchée par le gouvernement :   

Elle était la garante du fait qu'il n'y aurait pas de démantèlement. Je pense que son départ, l'arrière-pensée, la manipulation qu'il y a derrière tout ça, c'est que Engie soit démantelé. (...) Ce que je reproche aujourd'hui au chef de l'Etat, c'est de laisser faire. Parlons du dessous des cartes : s'il y a démantèlement, s'il y a une vente d'une partie des activités d'Engie, vous savez ce qui se passe ? Ça fait monter le cours de l'action et c'est bon pour les actionnaires. Et l'État est le premier actionnaire.

Et nous y sommes. Engie vient donc de récupérer 3,4 milliards d'euros en vendant sa participation dans Suez. Voilà pour le dossier « pas sexy ». Un dossier compliqué mais des questions simples : 

Emmanuel Macron a-t-il donné son accord pour que Veolia croque Suez ? 

Si oui, en quoi considère-t-il que cette opération, dans un secteur stratégique, correspond à l'intérêt général ? 

Et si non, comment expliquer qu'il n'ait rien pu faire pour s'y opposer ? 

Frédéric Says    

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