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Un point presse à Nancy avant le départ d'un TGV médicalisé, le 29 mars 2020.

La crise du Covid-19 change-t-elle notre rapport aux médias ?

3 min
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Dans le flot d'informations contradictoires, anxiogènes et non-vérifiées qui circulent, il y avait urgence à retrouver des points de référence.

Un point presse à Nancy avant le départ d'un TGV médicalisé, le 29 mars 2020.
Un point presse à Nancy avant le départ d'un TGV médicalisé, le 29 mars 2020. Crédits : Jean-Christophe Vanhaegen - AFP

On la disait en déclin, la voici qui attire à nouveau les foules : la télévision. Cette vieille et petite lucarne n'a pas rendu les armes. Devant elle, 37 millions de téléspectateurs pour la dernière allocution d'Emmanuel Macron.

Les journaux télévisés, eux aussi, retrouvent une vigueur nouvelle : depuis le début du confinement, en moyenne 25 millions de téléspectateurs se massent chaque jour devant les journaux télévisés des principales chaînes historiques ; contre 15 millions à la même période de l'an passé (chiffres que m'a communiqué le journaliste Florian Guadalupe du site spécialisé Puremédias). Soit une augmentation de plus de 50% !  

Alors, est-ce simplement parce que la télévision est le média idéal du confinement, au milieu du salon, qu'on allume faute de mieux ? Une sorte de choix par défaut, dont il n'y aurait aucun enseignement à tirer ?  

Pas forcément. Du côté de la presse écrite d'information, on observe aussi un rebond. Le journal Libération enregistre une forte hausse de ses abonnés numériques (près de 20 000 en un mois selon une source interne), et devrait dépasser avant l'été l'objectif qu'il s'était fixé pour l'année entière.  

Le journal Le Monde progresse aussi puissamment. Il ne communique pas ses chiffres, mais un haut cadre du quotidien évoque des "niveaux jamais atteints".

Du côté des radios, l'écoute en ligne (seul indicateur disponible en temps réel) a elle aussi fortement augmenté.

De sorte que l'on peut se demander si la crise du covid-19 provoque un retour en grâce des médias, alors que la confiance à leur endroit s'érode lentement depuis deux décennies.  

Comme si, dans le flot d'informations contradictoires, anxiogènes et non-vérifiées qui circulent, il y avait urgence à retrouver des points de référence.  

En économie, on dit que "la fausse monnaie chasse la bonne". C'est peut-être l'inverse, par les temps qui courent, dans la grande bourse de l'information.  

Certes, il faut se garder d'une analyse trop définitive.  

Est-ce que cela signifie que les médias « établis » ne commettent jamais d'erreur, et que les réseaux sociaux ne convoient jamais d'informations justes ? Évidemment non, et loin de là... 

D'ailleurs, aux mois de janvier-février, les plateaux télévisés ont largement donné la parole à des experts plus ou moins renseignés qui nous assuraient que le coronavirus n'était rien qu'une "grosse grippe".

Cela est vrai. Mais toutes choses égales par ailleurs, quand on veut être informé sur le confinement en Chine, il est plus sûr de regarder l'envoyé spécial de France 2 à Wuhan, Arnaud Miguet... Que de s'en référer à l'ami du cousin qui connaît un proche de la voisine dont l'oncle est allé à Pékin deux fois dans les années 90 (dont une fois pour une escale).  

L'autre force du travail journalistique, c'est d'apporter de la nuance. 

Plus que jamais. 

Historiquement, le rôle de la presse était d'abord d'apporter de la certitude, dans un monde où la circulation de l'information était rare et faible.  

Aujourd'hui, c'est d'apporter de l'incertitude, de la nuance, dans un monde où l'information est omniprésente, mais souvent péremptoire.  

Face au déversement des opinions et des assertions sur les réseaux sociaux, les médias ont la qualité de pouvoir dire : « nous ne savons pas ». Ou bien « c'est plus compliqué que cela ». Nul doute que ces deux phrases, à côté d'informations recoupées, notre camarade Nicolas Martin les prononcera encore à de multiples reprises.  

Ajoutons à cela une particularité liée à la crise sanitaire. Ici, la mauvaise information peut être mortelle.  

En temps normal, les fake news nuisent à votre compréhension du monde, à votre lucidité de citoyen - elles émoussent votre esprit critique en semblant l’affûter. Bref, elles nuisent à beaucoup de choses, mais pas à vous directement.  

Cette fois, c'est différent. Si vous prenez à la lettre un message sur facebook qui prétend avoir trouvé un remède-miracle contre le covid, à base de produits chimiques achetés à la supérette du coin, alors vous risquez non pas simplement de mal vous informer, tout simplement de vous tuer.  

En somme, de vous faire intoxiquer, dans les deux sens du terme.  

Frédéric Says

Chroniques

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