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Anne Hidalgo, au lancement de sa campagne de réélection, le 13 janvier 2020.

Le paradoxe d'Anne Hidalgo

4 min
À retrouver dans l'émission

Candidate conspuée, mais favorite : pourquoi ?

Anne Hidalgo, au lancement de sa campagne de réélection, le 13 janvier 2020.
Anne Hidalgo, au lancement de sa campagne de réélection, le 13 janvier 2020. Crédits : Alain Jocard - AFP

C'est la fin d'un suspense à peu près nul. Anne Hidalgo sera candidate à sa réélection. A dire vrai, la seule interrogation concernait la date de l'annonce : avouons que c'est un peu mince. 

Alors ce matin, on ne va pas se concentrer sur les guerres picrocholines et sur les controverses d'arrondissements parisiens, qui passionnent déjà peu de monde à l'intérieur du périphérique, et encore moins au-delà. 

En revanche, ce qui est intéressant chez Anne Hidalgo, c'est qu'elle revêt un double paradoxe : 

- D'abord, elle est une figure socialiste qui résiste au milieu d'un naufrage généralisé du PS. 

- Ensuite, elle est sans doute l'une des personnalités politiques qui ont été les plus moquées, décriées, dénigrées ; et pourtant, elle aborde cette élection avec le statut de favorite. 

Pourquoi ? 

Sur le premier paradoxe, on peut aller assez vite. 

Certes, en une décennie, le socialisme a fondu comme neige au soleil - ou plutôt comme banquise sous CO2 -, à peu près partout... Sauf dans les grandes métropoles. Le PS règne encore à Lyon, Lille, Strasbourg, Nantes, Rennes... et donc à Paris. 

Cela s'explique par la prégnance, dans ces villes, de l'électorat diplômé et/ou aisé, en moyenne plus acquis au centre-gauche. Un phénomène que les esprits un peu rapides dépeignent en "gauche caviar". En creux, cela montre aussi, en partie, l'éviction des classes populaires des villes.

Quolibets

Le second paradoxe est plus intéressant. Il suffit de se promener dans une librairie au rayon "actualité" pour constater qu'Anne Hidalgo fait vendre. A son détriment. 

Les titres des livres qui lui sont consacrés sont peu ambigus : "Notre-Drame de Paris", "la Reine-Maire", "Sainte-Anne" ; sans oublier le très subtil « Les dents de la maire » qui sort ces jours-ci. Inutile de préciser que ces ouvrages ne versent pas dans l'hagiographie. Certains d'entre eux se sont bien vendus, jusqu'à 30 000 exemplaires. 

La maire de Paris fait également figure de cible privilégiée sur les réseaux sociaux, y compris de la part de personnalités connues. C'est ainsi que Jean-Marie Bigard a réagi sur Twitter à cette nouvelle candidature : 

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Peu importe que les notions de dette et de déficit soient allègrement confondues... La vidéo a été partagée plus de 1300 fois, et aimée plus de 5000 fois. 

N'en jetez plus. Voici la maire sortante ensevelie sous les quolibets. Et pourtant donc, Anne Hidalgo est invariablement donnée première, et de loin, dans les sondages. Par ailleurs, aucun membre de sa coalition n'ose partir en dissidence et la défier dans les urnes. 

Voilà donc une candidate qu'on disait affaiblie, et qui se révèle plutôt coriace. 

Comment l'expliquer ?

Trois hypothèses :  

1 – Les réseaux sociaux ne sont pas si importants que cela. A l'heure où de nombreux gourous de la communication estiment que plus rien n'est possible sans l'onction de la vox populi numérique, le cas Hidalgo sonne comme un démenti. 

En particulier pour Twitter, qui ne représente pas le corps électoral, et encore moins la société française. C'est un panel intéressant pour faire circuler des idées auprès des militants, des journalistes, mais en aucun cas un forum représentatif des 44 millions d'électeurs français. 

2 – Les critiques les plus dures contre Anne Hidalgo ne viennent pas toujours de ceux qui voteront in fine à Paris. 

Prenons l'exemple des voies sur berge devenues piétonnes, ce qui a occasionné des bouchons et des désordres. Pour faire simple, la colère est davantage venue de l'automobiliste de banlieue, ulcéré d'être bloqué dans sa voiture en traversant la capitale, que du riverain qui fait son footing près de la Seine. Sauf que le premier n'est pas électeur à Paris, le second si. 

Evidemment, l'on peint ici à gros traits, mais cela peut expliquer ce décalage entre le ressenti global et les enquêtes d'opinion.  

3ème hypothèse : le camp d'Anne Hidalgo semble préparé, solide et uni surtout... par contraste avec les autres écuries. 

C'est la guerre civile à droite, où Rachida Dati est en froid avec son parti Les Républicains. 

C'est l'incohérence chez les écologistes, où une aile veut s'allier au centre, l'autre veut s'ancrer à gauche.

C'est l'anarchie chez les Macronistes, où le bal tragique entre Griveaux et Villani risque de faire deux morts : eux-mêmes. 

Résultat : pour l'heure, Anne Hidalgo semble faire corps avec la devise de la ville de Paris : "elle est battue par les flots mais elle ne coule pas".

Frédéric Says

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