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Emmanuel Macron à Pompey en Meurthe-Et-Moselle le 5 novembre 2018

La mue d'Emmanuel Macron

4 min
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Le président de la République ne change pas de cap mais il change de méthode. A l'occasion de sa première interview accordée le jour de la fête nationale, le 14 juillet, il a reconnu des erreurs et des maladresses et affirmé être désormais plus enclin à l'écoute et au dialogue.

Emmanuel Macron à Pompey en Meurthe-Et-Moselle le 5 novembre 2018
Emmanuel Macron à Pompey en Meurthe-Et-Moselle le 5 novembre 2018 Crédits : Etienne Laurent - AFP

Le président de la République a donné, hier, sa toute première interview du 14 juillet. Elle était très attendue. Il avait lui-même indiqué, le 14 juin, qu'elle serait l'occasion d'ouvrir une nouvelle étape pour le pays et de fixer un cap pour la décennie à venir.  

Pour essayer de savoir si le contrat est rempli, examinons ce qui a changé et ce qui n'a pas changé dans le discours du président, que ce soit sur la forme ou sur le fond.  

Commençons par ce qui n'a pas changé. 

Tout d'abord, Emmanuel Macron continue à enseigner la langue française à ses concitoyens :  

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Emmanuel Macron : " vous avez raison de me rappeler que j'ai passé l'hémistiche"

Il parle de l'hémistiche de son quinquennat. L'hémistiche, en poésie, c'est l'exact milieu d'un vers quand on y marque une césure. Il veut donc simplement dire par là, mais à la manière élégante et soutenue d'un lettré, qu'il se trouve désormais plus près de la fin que du début de son mandat.   Une autre expression, la locution d'origine italienne "in petto" qui signifie "en son for intérieur", a aussi beaucoup été commentée.  

Ce qui n'a pas changé non plus, c'est qu'il ne reviendra pas sur la suppression de l'ISF, l'impôt de solidarité sur la fortune :  

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6 sec
Emmanuel Macron : "on ne va pas revenir sur la partie où on taxe l'entrepreneur qui réinvestit dans l'économie"

Même chose pour la réforme des retraites. Elle a été votée en première lecture par l'Assemblée Nationale avant la crise sanitaire. Elle est, selon lui, nécessaire. Et il a l'intention de relancer le processus :  

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7 sec
Emmanuel Macron : "il est évident que, dans les années qui viennent, il faudra procéder à une réforme des retraites"

Et puis si on avait imaginé qu'il avait l'intention de changer de cap, d'orienter sa politique vers un nouvel objectif en direction duquel il entend emmener le pays. Pas du tout. Ce n'est pas le cas. On s'est trompé :  

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23 sec
Emmanuel Macron : "ce que vous m'avez vu infléchir, ce n'est pas de changer de cap, c'est de changer de chemin pour y arriver"

Il n'y a donc pas de changement de cap. Emmanuel Macron reste le président élu en 2017 qui avait fait ce diagnostic d'une France corsetée, lestée par des entraves qui l'empêchent d'avancer, minée par les corporatismes, une France engoncée dans ses habits du passé à laquelle il convient de trouver une nouvelle garde-robe.  

Dans le fond, il n'a donc pas vraiment changé. Il est toujours un président réformateur qui a pour ambition de transformer le pays pour l'aider à affronter un monde qu'il continue à décrire en plein bouleversement et de plus en plus inquiétant.  

Emmanuel Macron ne veut plus être détesté  

Voyons maintenant ce qui a changé. 

Il y a d'abord le fait qu'il dépense sans compter. Les clous budgétaires européens ont volé en éclats. Les économistes ont montré que l'argent ne coute pas cher à emprunter. Il déverse donc des dizaines de milliards d'euros pour sauver l'économie et préparer un plan de relance qui doit, dit-il, permettre à la fois de verdir et de réindustrialiser la France.  

On peut également constater que l'échéance a été modifiée. Ce n'est plus 2022 et la fin du quinquennat :  

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3 sec
Emmanuel Macron : "je suis convaincu qu'on peut bâtir un pays différent d'ici à 10 ans"

Et puis, on l'a entendu tout à l'heure, ce qu'il veut changer avant tout, c'est le "chemin pour y arriver", autrement dit la méthode. Il aspire à être plus à l'écoute, dans le dialogue, dans le consensus. Et pour montrer qu'il s'agit là d'une mue sincère et véritable, il reconnait avoir commis des erreurs, des maladresses, durant la première partie de son mandat :  

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24 sec
Emmanuel Macron : "j'ai sans doute laissé paraître quelque chose que les gens se sont mis à détester"

L'exercice de contrition, qu'il avait déjà esquissé précédemment, était hier pleinement assumé. Il a reconnu ne pas avoir réussi à faire que le pays retrouve la confiance nécessaire pour se projeter dans l'avenir et a promis qu''il allait y travailler.  

Le Macron qu'on a vu et entendu hier n'était plus le président jupitérien, perché sur son aventin. A la faveur de la crise sanitaire, il se serait humanisé.  

Un exemple : quand Gilles Bouleau lui a demandé comment il se soignerait s'il contractait la Covid-19. Il a répondu que "non", il ne prendrait "pas de chloroquine", même s'il pouvait être tenté, parfois, par les expérimentations hasardeuses :  

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9 sec
Emmanuel Macron : "il se trouve que, sur des pathologies que j'ai parfois, il m'arrive de m'automédiquer"

Emmanuel Macron évoque là sa relation avec son épouse Brigitte, les reproches qu'elle peut lui faire parfois, son comportement qu'elle n'aprouve pas toujours. Bref, ce qu'il essaie de nous dire là, c'est qu'il est un homme comme les autres.  

Il n'a évidemment pas revendiqué, à l'image de François Hollande, avoir pour ambition de devenir un président "normal". Mais il semble s'être en partie normalisé. Il est beaucoup plus dans l'empathie que par le passé.  

Il n'a plus l'intention de brutaliser des français, qu'il a pu un temps qualifier de "fainéants" à qui il ne voulait rien céder. Il s'est mué en un président protecteur qui cherche désormais à se faire aimer.  Ou plutôt, peut-être, à ne plus se faire détester.

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