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Le ministère des finances à Bercy

L'Etat pourvoira

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Pour la rénovation de Notre-Dame de Paris, les financements seront essentiellement assurés par l'Etat

Le ministère des finances à Bercy
Le ministère des finances à Bercy Crédits : Eric Piermont - AFP

Tout le monde se félicite, ce matin, de l'extraordinaire élan de générosité que suscite l'incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris. 

Les dons et les promesses de dons affluent de toutes parts. On en est ce matin à environ huit cents millions d'euros. 

Il y a d'un côté la fondation du patrimoine qui a lancé une souscription et qui recueille pour l'essentiel des dons relativement modestes (vingt euros, cinquante euros, cent euros...) 

Et puis d'un autre côté, les grandes fortunes. François Pinault a commencé par mettre au pot cent millions d'euros. Ce sur quoi la famille Arnault a renchérit avec deux cents millions d'euros. Même chose pour les Bettencourt, deux cents millions. Ensuite les familles Bouygues et Decaux ont un peu calmé le jeu en annonçant chacun des dons de dix millions d'euros, ce qui reste tout de même conséquent. 

Et le président, Emmanuel Macron, s'en est réjoui, hier soir, au cours de sa brève allocution, à vingt heures, à la télévision :  

Les français ont tremblé. Les étrangers ont pleuré. Des riches comme des moins riches ont donné de l'argent. Au fond, chacun a donné ce qu'il a pu. Chacun à sa place. Chacun dans son rôle.

Chacun dans son rôle, peut-être. Mais ce n'est pas très catholique, tout ça, pas très catholique et pas très français. 

Le mécénat, c'est plutôt protestant comme tradition. Le protestantisme admet beaucoup plus facilement l'enrichissement personnel que le catholicisme et il impose aussi des responsabilités individuelles vis à vis de la société. 

Et c'est aussi une tradition beaucoup plus anglo-saxonne. Les Américains notamment pratiquent beaucoup le mécénat.  

Il reste cependant quelque chose de très français dans tous ces financements

Nous avons, en France, la loi Jean-Jacques Aillagon de 2003 sur le mécénat. Elle porte le nom de l'ancien ministre de la Culture, actuellement directeur général de "Pinault Collection", la fondation de François Pinault. 

Cette loi prévoit pour le mécénat d'entreprise une réduction fiscale de l'impôt sur les sociétés correspondant à 60% de ce que verse l'entreprise. 

C'est à dire que si l'entreprise décide de faire valoir cette disposition, François Pinault par exemple avec ses cent millions d'euros pour Notre Dame, ne verse finalement pas cent millions mais quarante millions. Le reste, soixante millions, est versé par l'Etat au titre de la réduction d'impôt accordée. 

Mais ça, c'est plutôt une bonne chose pour l'ancien ministre de la Culture, Jack Lang, qui estime que l'Etat doit prendre ses responsabilités. C'est ce qu'il indiqué hier dans l'émission "C à Vous La Suite" sur France 5, dont il était l'invité :  

L'Etat doit faire son métier. C'est à dire, sur ce point, engager les crédits nécessaires ; À chantier exceptionnel, procédures exceptionnelles, financements exceptionnels.

Pour ce qui concerne les dons des particuliers, c'est la même chose. La loi Aillagon prévoit une réduction de 66% de l'impôt sur le revenu. 

C'est à dire que quand vous faites un don de cent euros, en réalité, vous en payez trente quatre. Le reste est reversé en déduction fiscale (ce qui, au passage, pose un petit problème d'égalité devant l'impôt. Parce que ceux qui ne payent pas d'impôt sur le revenu et qui veulent faire un don, cinquante euros par exemple, payent réellement cinquante euros. Mais ceci est une autre histoire).

Revenons à cette question des exonérations fiscales : que ce soit pour les particuliers ou pour les entreprises, quand on fait un don, on oblige l'Etat à financer, environ aux deux tiers, le projet qu'on a décidé de subventionner. 

Ce qui a suscité ce commentaire de la la part de Jean Paul Ciret, en charge du patrimoine à la ville de Nanterre et invité de l'émission "Du Grain A Moudre" hier soir sur France Culture :  

C'est de l'argent public. On oblige finalement Bercy à mettre de l'argent là où il ne voulait pas. Mais c'est de l'argent public.

C'est donc, pour l'essentiel, et comme il est de tradition en France, l'Etat qui pourvoit. Quand il y a une difficulté, un problème à régler, on se tourne vers l'Etat : "que fait l'Etat ?", "que va faire l'Etat ?", "que peut faire l'Etat ?". 

La rénovation de la cathédrale Notre-Dame de Paris, même si elle génère un mécénat privé important et assez inédit, illustre malgré tout ce phénomène très français qui veut qu'en permanence on s'en remette à l'Etat. 

Un Etat dispendieux, lourd, pléthorique, bureaucrate, qui produit de la norme et de la règle à tout va et qu'on critique dès qu'on le peut mais qui nous est indispensable. 

Parce qu'en France, c'est l'Etat qui fait nation. 

Le pays a historiquement construit son unité à travers l'Etat et il semble bien que, malgré les volontés libérales qui s'expriment pour réformer la société française, on en est encore et toujours là...

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