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Devant sa majorité, Emmanuel Macron appelé à "regarder en face" le sujet de l'immigration.

Quand soudain, revoici le débat sur l'immigration

4 min
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Elu sur la promesse d'apaiser et de réconcilier, Emmanuel Macron s'empare d'un sujet explosif (y compris pour sa majorité).

Devant sa majorité, Emmanuel Macron appelé à "regarder en face" le sujet de l'immigration.
Devant sa majorité, Emmanuel Macron appelé à "regarder en face" le sujet de l'immigration. Crédits : Ludovic Marin - AFP

Emmanuel Macron a gagné la présidentielle en promettant l'apaisement. Le voici qui manie désormais les thèmes les plus clivants. Explosif, le débat sur l'immigration souhaité par le président. Et d'abord pour sa propre majorité. 

« Il faut regarder le sujet de l'immigration en face », a dit le président lundi soir devant les députés En Marche, sans beaucoup développer ses propositions. 

Immédiatement, certains parlementaires ont applaudi l'idée de ne pas laisser cette préoccupation à l'extrême-droite. D'autres, au contraire, ont dégainé une tribune mettant en garde contre l'abandon de certains principes, comme l'aide médicale d’État, qui offre des soins aux personnes en situation irrégulière. 

Et puis... les autres - catégorie sans doute la plus nombreuse - ont pris soin de se taire en attendant la suite des événements. Si les députés En Marche sont un peu perdus, c'est parce qu'ils ont rejoint Emmanuel Macron sur son réformisme économique, sur sa promesse de changer le système politique. Pas sur sa vision de l'immigration. 

D'ailleurs, sur toutes les lois à dimension économique (suppression partielle de l'ISF, baisse de la fiscalité des entreprises...), les députés En Marche ont voté comme un seul homme... Pas de voix discordante, pas de divisions collectives ou de pétitions dissonantes. 

Contrairement donc à l'immigration, donc, l'un des thèmes laissés en jachère par Emmanuel Macron pendant sa campagne. 

A sujet clivant, doctrine prudente. C'est d'ailleurs un scénario assez classique. En 2012, le candidat François Hollande avait pris soin de ne pas répondre à cette question posée par David Pujadas sur France 2. [extrait sonore]

Perception

Il faut dire que l'équation politique était - et reste - particulièrement complexe : les demandes d'asile sont en hausse constante. 23 % entre 2017 et 2018. Les conditions logistiques se dégradent partout. Qu'il s'agisse de l'hébergement d'urgence ou même de l'accueil en préfecture. Les sondages comme les votes disent la crainte et le repli : 64% des Français ont le sentiment "de ne plus être chez eux comme avant", selon l'étude annuelle IPSOS-Steria pour Le Monde.

Plus irréconciliables encore : les différences de perception. 

Une partie de la population est persuadée de vivre dans un État passoire et laxiste, l'autre est convaincue de vivre dans un État proto-fasciste et hermétique. 

Tout aussi inquiétante pour la santé du débat public, cette impression que le mot « immigration » lui-même suffit à nous enflammer collectivement. Comme si c'était un mot sale, un mot tabou, un mot péjoratif et prohibé. 

Or, en tant que tel, un débat sur "l'immigration" ne veut pas dire grand-chose, c'est comme un débat sur "l'environnement", tout dépend des propositions que l'on soumet à l'intelligence collective. Ce n'est pas tant le contenant qui importe que le contenu. 

A ces questionnements sur l'immigration, les partis pourront apporter des réponses de "gauche décomplexée", comme l'on dit, d'autres pourront apporter des réponses de "droite décomplexée"... 

Et Emmanuel Macron, chacun l'a compris, va tenter de se positionner en réponse centrale... et complexe. La stratégie du chef de l’État est d'apparaître, au sein de l'Assemblée nationale, comme un intermédiaire entre la gauche qui dénonce "l'inhumanité" de la politique migratoire, et la droite et l'extrême-droite qui fustigent son "laxisme éhonté". 

Reste que les premières pistes esquissées jusqu'ici par le président de la République portent plutôt la marque de la droite. Par exemple, l'idée de quotas d'immigration, lancée par le chef de l’État juste avant le grand débat national, fait penser à ces mots de Nicolas Sarkozy en 2005 : 

"Je veux que l'on reconnaisse au gouvernement et au parlement le droit de fixer catégorie par catégorie le nombre de personnes admises à s'installer sur notre territoire". 

Autre fragilité du raisonnement d'Emmanuel Macron : son gouvernement a déjà fait voter une loi sur l'asile et l'immigration l'an dernier. 

Remettre le couvert, est-ce dire que ce texte n'a servi à rien ? Est-ce concéder qu'il était insuffisant ou inefficace ? 

Voilà l'une des nombreuses questions auxquelles devra répondre la majorité. Premier débat sur la question migratoire le 30 septembre à l'Assemblée, pour ce qui semble être le coup d'envoi d'une longue, d'une très longue campagne présidentielle.

Frédéric Says

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