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Emmanuel Macron se voulait "maître des horloges". Mais la machine étatique met du temps à appliquer les annonces présidentielles.

Le retour du couac

4 min
À retrouver dans l'émission

Les tergiversations récentes de l'exécutif mettent en lumière l'écart toujours plus grand entre l'immédiateté des annonces et le temps long de l’État.

Emmanuel Macron se voulait "maître des horloges". Mais la machine étatique met du temps à appliquer les annonces présidentielles.
Emmanuel Macron se voulait "maître des horloges". Mais la machine étatique met du temps à appliquer les annonces présidentielles. Crédits : Joël Saget - AFP

"Couac", "confusion", improvisation". Ces mots avaient constellé le mandat de François Hollande. Ils viennent maintenant caractériser l'action du gouvernement actuel. Ces dernières 24 heures en ont offert une illustration. Hier après-midi, Édouard Philippe décide de supprimer les mesures d'aide à la conversion écologique - annoncées au début de la crise des gilets jaunes (extension du chèque énergie et relèvement du barème kilométrique). Mais quelques heures plus tard, Matignon choisit finalement de maintenir ces aides. Tant pis pour les 130 millions d'économie attendus. Un proche du Premier ministre explique qu'il a "entendu les parlementaires" de la majorité, en colère contre ces coupes. Ce proche reconnaît aussi que les décisions se prennent parfois à « l'heure près ». Manière de dire que l'exécutif est pris dans la vitesse et verse parfois dans la précipitation. 

"Très compliqué"

Au-delà de cet exemple, c'est toute la majorité qui est en surchauffe. Pour appliquer au plus vite les annonces sociales d'Emmanuel Macron, promises pour le 1er janvier, le parlement tourne à plein régime. En témoigne la remarque factuelle, cette nuit, du président de l'Assemblée nationale, Richard Ferrand... 

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Néanmoins, ces couacs ne sont pas uniquement des anecdotes, de la matière idéale pour les émissions humoristiques. Ils racontent aussi une forme de décalage. Une inadéquation entre la vie publique - de plus en plus instantanée - et la réalité de la machine étatique - qui prend du temps, qui met les formes, qui rédige, soupèse, vérifie et promulgue. 

Une annonce ministérielle sur BFM TV prend 10 secondes, un décret d'application prend 10 mois. 

Un autre exemple ? La CSG. Emmanuel Macron a annoncé l'annulation de la hausse pour les retraités qui touchent moins de 2000 euros par mois. Mais ce geste ne sera effectif qu'en juillet prochain... "Pour des raisons techniques, c'est très compliqué de faire plus vite", a expliqué le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux. 

Même chose pour la grande concertation nationale annoncée par le président. Elle devait débuter cette semaine, ce sera finalement pour la mi-janvier. "Nous avions sous-estimé l'aspect logistique", explique un ministre ce matin dans le Figaro (abonnés)

Or - et c'est pour cela que la contradiction apparaît au grand jour - cette pesanteur est contraire à l'essence du macronisme. 

Pendant la campagne, ce fut un frêle esquif, agile, zigzagant avec réactivité et rapidité, loin des grosses machineries des partis historiques. L'efficacité d'une jeune pousse appliquée à la politique. Dès lors, le choc est encore plus rude. 

Il nous revient en mémoire ce dialogue, illustratif du décalage. Cela se passe en octobre dernier. Emmanuel Macron est à la station F, un incubateur de start-ups à Paris. Il promet des mesures, et il les promet vite. Mais quand, exactement ? Sur scène, il consulte son ministre chargé du numérique, Mounir Mahjoubi. 

"Les textes [de loi] sont passés et seront promulgués... à quelle échéance Mounir ? C'est quelle date à peu près ?                                    
- C'est très bientôt, monsieur le Président.                                    
- Mais, genre, c'est 1er décembre, 1er janvier ou 1er mars ?                                    
- C'est très exactement entre ces dates... [rires]                                
- Moi je pense qu'il faut se dire, Mounir, que pour être cohérents et crédibles, tout ça doit être réglé au 1er janvier. Comme ça, c'est bon !"

Froideur de l'Etat, incandescence des manifestations

"Tout et tout de suite" : Emmanuel Macron essaie d'appliquer l'air du temps à l'action publique. Il tente de satisfaire notre soif collective d'immédiateté, nourri par les réseaux sociaux, par l'accélération des échanges. 

D'ailleurs, l'exécutif a fait scandale il y a quelques semaines en faisant appel à un cabinet privé pour rédiger "l'exposé des motifs" de la loi sur la mobilité. Une première. Le ministère s'était justifié par le besoin d'efficacité. Le président tente aussi de mettre sous pression la haute fonction publique.

Aller vite, toujours plus vite... mais être lent, toujours plus lent que les aspirations de la société : le drame de la politique contemporaine, qui s'accentue chaque jour. D'où le contraste entre l'incandescence des manifestations et la froideur de l’État. Au milieu, en fusion, le pouvoir exécutif. 

Le prédécesseur d'Emmanuel Macron fut qualifié de "capitaine de pédalo". L'actuel président, lui, se voit plutôt en pilote de hors-bord. Mais dans ces occasions, il constate entre ses mains le lourd gouvernail d'un paquebot. Peut-être faut-il comprendre ainsi cette confidence présidentielle faite il y a quelques jours devant quelques élus locaux : "Vous n'imaginez pas comme je ne suis pas aidé".

Frédéric Says

Chroniques
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