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Emmanuel Macron à Mulhouse  le 18 février 2020

Face au communautarisme, pour Emmanuel Macron, c'est déjà l'heure du bilan

4 min
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A Mulhouse, on attendait un discours sur le communautarisme, la laïcité, et la manière dont Emmanuel Macron entend lutter contre l'islamisme radical. Le président de la République a dressé un bilan des actions déjà engagées.

Emmanuel Macron à Mulhouse  le 18 février 2020
Emmanuel Macron à Mulhouse le 18 février 2020 Crédits : Jean-François BADIAS - AFP

On attendait d'Emmanuel Macron, en déplacement à Mulhouse, hier, en Alsace, dans un quartier réputé difficile, le quartier de Bourtzwiller, qu'il nous livre sa vision de la manière dont la laïcité doit s'appliquer en France. Et qu'il nous parle de comment il envisage de lutter contre le communautarisme et contre la progression de l'islamisme radical. 

Le chef de l'Etat a pris tout le monde à contre-pied.  En la matière, a-t-il commencé par expliquer, les discours ne servent à rien :  

Ça fait deux ans et demi qu'on me dit :"Monsieur le président de la République, faites-nous un discours sur la laïcité". J'ai parlé une bonne cinquantaine de fois de laïcité. Notre République, notre volonté de vivre tous et toutes ensemble méritent mieux que des discours simplistes.

Il a quand même parlé pendant près d'une heure et quart, hier soir. 

Mais il n'a effectivement pas servi à son auditoire le genre de discours auquel il nous avait habitué jusqu'ici, avec une analyse détaillée de la problématique choisie, teinté au besoin de considérations philosophiques et agrémenté de quelques mots de vocabulaires sophistiqués. Pas du tout. 

Après avoir fait une petite mise au point sémantique :  il n'aime pas le mot "communautarisme" pour définir le problème qu'il évoquait là, il lui préfère le terme de "séparatisme" d'avec la République. (C'était sa manière de dire que ce n'est pas l'islam en soi qui est le problème, mais que c'est l'islam radical et politique qui entend dicter ses règles à la République.) 

Après, donc, cette petite mise au point sémantique, le chef de l'Etat a voulu parler concret :  

Depuis deux ans et demi, nous n'avons pas attendu de mettre ces mots et de dire les choses pour faire.  

Voilà. S'il n'a rien dit depuis deux ans et demi, c'est parce qu'il était dans l'action. 

Depuis deux ans et demi, Emmanuel Macron affirme être dans l'action

Par exemple, le dédoublement des classes en CP-CE1, c'est une manière de lutter contre le séparatisme. 

Il a parlé des cités éducatives chargées de prendre en charge les enfants dans les quartiers prioritaires en dehors du cadre scolaire. 80 cités de ce type ont été créées ou sont en cours de création avec un investissement prévu de 100 millions d'euros pour les trois années à venir. 

Et en matière de restauration de l'autorité de l'Etat, là encore, alors qu'on attendait un discours, le président a expliqué avoir pris des mesures :  

Nous avons lancé 47 quartiers de reconquête républicaine. Bourtzwiller en fait partie. C'est pour ça que j'étais là ce matin, entre autres, parce que depuis maintenant deux ans, nous avons réinvesti sur ce quartier conformément aux attentes.  

Dans ces quartiers, 1 600 policiers et gendarmes ont été déployés, a encore dit le chef de l'Etat. Et puis parmi ces 47 quartiers, 15 d'entre eux font l'objet, a-t-il poursuivi, d'une action spécifique en matière de lutte contre la radicalisation et le repli communautaire :  

Et donc, dans ces 15 quartiers dont Bourtzwiller fait partie, depuis deux ans, sans tambour ni trompette parce qu'il fallait le faire avec tous les acteurs, que je remercie, qui sont ici présents, depuis février 2018, on a mis en place, dans ces 15 zones, une action très déterminée.

Et tenez-vous bien, a encore dit Emmanuel Macron, comme ça fait deux ans que ces mesures ont commencé à être mises en oeuvre, il y a déjà des résultats. Et il se lance alors dans l'énumération de toute une série de chiffres : plus de 150 débits de boissons ont été fermés, des lieux de culte, des établissements culturels et sportifs, des écoles... 

Bref, si vous ne l'avez pas encore compris, ce qu'il était venu dire à Mulhouse, c'est :  

Ceci vous montre une chose, le gouvernement comme moi-même, on parle peu mais on agit.

La suite du discours a consisté à montrer que l'action du pouvoir exécutif va se poursuivre. 

Il va mettre fin aux ELCO, les enseignements de langue et de culture d'origine. 

Ce dispositif existe depuis 1977. Or il ne prévoit aucun droit de regard sur les enseignants et les programmes enseignés. C'est terminé. Ces enseignements vont se poursuivre, mais dans un autre cadre et avec un contrôle des services de l'Etat. 

Même chose pour les financements étrangers. Ça va changer. 

Concernant les imams également. 300 imams détachés prêchent en France, envoyés par la Turquie, le Maroc, l'Algérie. Là encore, il va mettre fin au dispositif. 

Que nous dit ce discours de Mulhouse au delà des mesures annoncées dont il faudra, quand même, vérifier, dans les semaines et les mois à venir, l'ampleur et la portée ? 

Eh bien qu'Emmanuel Macron se prépare déjà à défendre son bilan. 

C'est également tout le sens de l'annonce, hier soir, du décret signé par le Premier ministre abrogeant l'autorisation d'exploiter la centrale nucléaire de Fessenheim. Ça permettra au chef de l'Etat de faire valoir son action en matière d'écologie, de mettre à son crédit que les autres avait annoncé la fermeture de Fessenheim, mais que lui l'aura fait. 

Pour en revenir au discours de Mulhouse, il marque l'entrée en campagne du président de la République en vue de l'élection présidentielle de 2022. 

La question lui a d'ailleurs été opportunément posée, hier soir, à la toute fin de son intervention : "êtes vous candidat pour 2022 ?" Il n'a pas explicitement répondu arguant qu'il ne sait pas ce qu'il fera en 2022 car beaucoup de choses peuvent se passer d'ici là. 

En réalité, tout son discours était déjà une réponse à cette question.

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