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Le Service national universel impose aux adolescents un uniforme et le salut quotidien au drapeau.

A quoi sert le Service national universel ?

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C'était une promesse de campagne d'Emmanuel Macron : le SNU, regroupant 2000 jeunes dans sa phase expérimentale, vient de démarrer. Il concernera à terme l'ensemble des jeunes âgés de 16 ans. Gadget ou révolution ?

Le Service national universel impose aux adolescents un uniforme et le salut quotidien au drapeau.
Le Service national universel impose aux adolescents un uniforme et le salut quotidien au drapeau. Crédits : François Guillot - AFP

"Tous sous le drapeau !" 

C'est une promesse de campagne d'Emmanuel Macron, qui était passée relativement inaperçue en 2017 : un service national universel et obligatoire pour les jeunes Français. 

Depuis plusieurs mois, ses modalités ont été dévoilées. Des adolescents de 16 ans, d'origine et de parcours divers, rassemblés dans un hébergement collectif, avec une tenue commune. Des journées d'activités démarrées chaque matin avec l'hymne national, près du drapeau tricolore. 

Le projet était donc connu de longue date. 

Pourtant, ce sont les premières images de ce service national, hier, qui ont déclenché le malaise, notamment à gauche. Des images de jeunes gens alignés les uns derrière les autres, en uniforme, saluant le drapeau au son quotidien de la marseillaise : il n'en a pas fallu plus pour que soit dénoncé un risque d'"endoctrinement", de "militarisme" ou de "nationalisme". 

Dans les faits, le programme de ce SNU est bien plus large et bien plus nuancé que cette vision d'une cohorte en rang serré sous le drapeau. 

Entrons dans le détail du programme : les adolescents devront aussi donner de leur temps dans une association, dans un corps ou une collectivité. Au cours de ce service national universel, d'une durée d'un mois maximum, ils recevront un bilan de santé. Ils débattront chaque soir de grands sujets de société. Ils suivront des modules sur les gestes de premiers secours, la défense, le développement durable, la laïcité, les institutions et les valeurs de la République. 

Cela pose tout de même quelques questions : ce programme ne revient-il pas, en creux, à reconnaître l'échec de l'école républicaine dans cette transmission des valeurs ? 

L'institution scolaire n'est-elle pas déjà censée offrir, en plus des outils de langue et de calcul, une base commune de citoyenneté ? 

Cela dit, il est intéressant de comprendre dans quel cadre plus large s'inscrit cette initiative politique. Ce qu'elle dit de l'époque. 

Sur un plan symbolique, elle répond à une angoisse qui taraude la société française. Le livre récent de Jérôme Fourquet (qui évoque la France comme un "archipel") montre bien comment le pays se fragmente, peu à peu. Un archipel, sans qu'on distingue s'il reste un île centrale, un port d'attache ouvert à tous. 

Si l'on y réfléchit, l'expérience commune se raréfie au profit des expériences individuelles. 

Cela jusque dans les moments anodins de la vie quotidienne : la salle de cinéma est concurrencée par Netflix, à la maison. Le restaurant est livré à domicile. Même la perception de l'actualité est individualisée. Sur les réseaux sociaux, les nouvelles sont triées, sélectionnées, modelées par des algorithmes selon nos profils, nos opinions, nos préférences. Personne ne voit exactement la même actualité, c'est ce qu'on a appelé la "bulle de filtre". 

Plus globalement, l'engagement collectif traditionnel bat de l'aile, qu'il soit politique, syndical ou religieux

D'ailleurs, le mouvement des gilets jaunes a répondu à ce vertige de l'individu. Sur les ronds-points, le besoin d'une expérience partagée fut un moteur aussi puissant que le prix du carburant. 

Tout cela pourrait finalement se résumer en une question : qu'avons-nous de commun ? Que pouvons-nous faire ensemble ?

Et quel ciment entre les différentes briques qui constituent la société française ? C'est une angoisse consubstantielle à nos sociétés libéralo-modernes. En théocratie, pas de doute, le ciment c'est la religion. En dictature, pas de débat, c'est le parti unique... Mais dans notre monde démocratico-individualiste, qu'en est-il ? 

Emmanuel Macron fait l'analyse, comme certains de ses prédécesseurs, que les Français sont en demande d'un cadre, d'un socle. 

Chez le président actuel, ce socle commun passe d'abord l'exaltation des héros nationaux. Le colonel Beltrame, qui s'est sacrifié face à un terroriste. Les sauveteurs en mer, décédés au large de la Vendée. Et dans un registre plus festif, les footballeurs de l'équipe de France, récemment décorés de la Légion d'honneur. 

Mais ce cadre passe également, donc, par ce SNU. Sur son site, le gouvernement le dit d'ailleurs sans détours : le programme « propose aux jeunes Français, filles et garçons, un moment de cohésion visant à recréer le socle d'un creuset républicain ». 

Si l'on prend du recul, cette aspiration à un "cadre fort" n'est pas nouvelle. 

Elle a fait germer ces dernières décennies en politique un certain nombre de propositions que nous pourrions décrire comme « martialo-autoritaires ». 

Souvenez-vous du candidat Sarkozy, réclamant que les élèves "se lèvent à l'entrée des professeurs". Dans les meetings, ce furent les passages les plus applaudis. Les chiffres confirment d'ailleurs chaque année la ruée vers l'école privée, réputée plus ferme, plus encadrante. 

Quant à Ségolène Royal (PS), elle proposait en 2006 de "créer des lieux d'encadrement à dimension militaire, où les jeunes sont pris en main".

Communication

Alors le SNU est-il voué à rejoindre le cimetière des idées popularo-démagogues, et autres coups d'éclat médiatiques sans lendemain ? 

Ou bien façonnera-t-il des générations successives, à la manière des hussards noirs de la IIIème République, offrant un patrimoine de savoirs et d'aptitudes à ceux qui n'en ont pas ? 

Pour que la seconde hypothèse l'emporte sur la première, le gouvernement devra investir des moyens, du personnel et du temps. 

Il devra aussi écarter l'objectif politicien de flatter un certain électorat grâce à l'image pour lui rassurante - mais factice - d'une jeunesse au garde-à-vous sous la bannière nationale. 

Comme le drapeau qu'elle prétend servir, cette initiative ne peut être hissée à moitié.

Frédéric Says

Chroniques
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