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Bernard Cazeneuve multiplie les interviews et proclame son souhait d'"être utile".

Bernard Cazeneuve sauvera-t-il la gauche ?

3 min
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L'ancien Premier ministre, discret depuis l'élection d'Emmanuel Macron, passe à l'offensive.

Bernard Cazeneuve multiplie les interviews et proclame son souhait d'"être utile".
Bernard Cazeneuve multiplie les interviews et proclame son souhait d'"être utile". Crédits : Joël Saget - AFP

Il va sans doute falloir augmenter le son de vos téléviseurs, ces prochaines semaines : Bernard Cazeneuve est de retour. L'homme qui susurre est partout - entretien à l'Obs, interview sur France Inter, livre en préparation. Le dernier Premier ministre de François Hollande ne sera pas resté longtemps dans la discrétion de sa nouvelle vie d'avocat. Le voici sorti de sa réserve.

Pourquoi ce socialiste, ce modéré, toujours tiré à quatre épingles, revient-il dans le grand fatras actuel de la vie politique ? Quelle peut-être la motivation de ce quinquagénaire aux allures de lord anglais pour se plonger dans la bagarre générale ? 

Ce retour illustre la revanche du "monde d'avant". A entendre Bernard Cazeneuve, le "nouveau monde" (et tous ceux qui promettaient de changer d'époque) ont échoué : 

"A force de théoriser la transgression, la rupture, la disruption sur tous les sujet, on finit par créer les conditions pour qu'elles se produisent dans la rue" (sur France Inter)

Arrêtons-nous un instant sur les mots : la "disruption" vise bien sûr Emmanuel Macron. Bernard Cazeneuve n'a pas occulté la trahison d'Emmanuel Macron vis-à-vis de François Hollande. Désormais, il compare l'actuel président à "une plante élevée en serre. Une plante que l’on a transplantée dans la forêt, où souffle la tempête : on découvre qu’il n’a pas de système racinaire", selon des propos rapportés par L'Opinion

A la tête de la place Beauvau pendant les attentats, Bernard Cazeneuve se campe en homme politique pour gros temps. Ça tombe bien, le baromètre annonce le pire : défiance généralisée, montée des périls, violences de tous ordres. 

"Le gouvernement est de droite"

"Je veux être utile" répète inlassablement celui qui n'a jamais porté son ambition en bandoulière,  grandi en politique dans l'ombre de la Normandie fabiusienne, jusqu'à pousser les portes de Matignon. 

Premier objectif : en finir avec l'idée que le macronisme emprunte autant à la gauche qu'à la droite. 

"Je cherche dans cette politique ce qui la place à gauche. Est-ce cette loi anti-casseurs ? Est-ce la politique migratoire ? Est-ce le fait de faire 6 milliards de cadeaux fiscaux aux plus aisés. (...) Ce n'est pas grave d'être de droite, il me semble d'ailleurs qu'il l'assume assez bien".

L'analyse de la situation politique actuelle est la suivante :  Entre Laurent Wauquiez, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon, il reste une place pour la social-démocratie. 

"Quand je vois que le gouvernement est de droite ; qu'il y a un pôle significatif d'extrême-droite qui se constitue ; qu'il y a à l'extrême-gauche une organisation [la France insoumise] qui stérilise tout... Je me dis qu'il ne serait pas mauvais pour la démocratie qu'il y ait une force de gauche qui se constitue". 

La stratégie est simple, au moins sur le papier. Réconcilier la gauche non mélenchoniste, refaire dialoguer les chapelles des socialistes et apparentés. Cazeneuve "s'imagine dans les pas de Mitterrand" ose même le journal L'Opinion, qui rappelle l’âpreté de la tâche sur les décombres de la SFIO, dans la fin des années 1960.

Chirurgical

Certes, Bernard Cazeneuve n'est pas du genre à faire lever les salles, à faire pleurer les militants. Son discours se veut plus chirurgical que lyrique. Mais il garde, à gauche, l'avantage d'être passé entre les gouttes du droit d'inventaire du quinquennat Hollande. Ce dernier en retrait, Manuel Valls à Barcelone, Olivier Faure peu audible, le terrain est peut-être propice pour Cazeneuve, qui a refusé tout récemment une place au Conseil constitutionnel. Preuve que la position de vieux sage dénué d'ambition n'est pas du goût de cet homme dont on oublie toujours le relatif jeune âge : 55 ans. 

Il se voit davantage comme "une conscience", c'est lui qui utilise le mot. L'homme qui parle à l'oreille de la République... Avec l'espoir que ses murmures fassent du bruit.

Frédéric Says

Chroniques

8H19
32 min

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