LE DIRECT
Les circonscriptions seront moins nombreuses et plus vastes.

Passion redécoupage

3 min
À retrouver dans l'émission

L'Assemblée nationale a commencé hier à examiner le projet de réforme des institutions, voulu par Emmanuel Macron. Derrière les mesures les plus spectaculaires, comme la baisse du nombre de parlementaires, une grande modification de la carte électorale se prépare.

Les circonscriptions seront moins nombreuses et plus vastes.
Les circonscriptions seront moins nombreuses et plus vastes. Crédits : Mint images - AFP

Cela va être un massacre, un carnage, une boucherie. Les victimes n'ont pas de voix pour se plaindre ; elles vont pourtant être méthodiquement éliminées d'ici les trois prochaines années. Dézinguées par ce cruel procédé qu'on appelle un redécoupage. Alors ne vous inquiétez pas, il y a plus grave : on parle ici des circonscriptions législatives. 

Les 577 circonscriptions dans lesquelles nous élisons nos députés sont donc amenées à disparaître. Pourquoi ? C'est l'un des effets collatéraux de la réforme des institutions voulue par le gouvernement. Vous le savez, le nombre de députés va être réduit, il passera de 577 à un peu plus de 400. Il y aura moins de parlementaires, il va donc falloir redessiner entièrement la carte électorale. 

Opération chirurgicale à haut risque pour le gouvernement. Toucher au visage législatif de la France, c'est être accusé de le défigurer. Ou plutôt, de le remodeler aux traits de la République en marche. En un mot, de favoriser les intérêts de son camp en créant des circonscriptions imperdables, sociologie électorale à l'appui. 

D'ailleurs, cette pratique porte un nom aux États-Unis : on parle de Gerrymandering. Du nom du gouverneur Gerry, qui a redécoupé un comté du Massachussetts, en 1811, pour le rendre plus favorable à son parti.

En France, cela aurait pu s'appeler le CharlesPasqua'ing. En 1986, le ministre de l'Intérieur fut caricaturé en boucher, couteau saignant à la main. Il était accusé d'avoir redécoupé la carte à l'avantage du RPR.

Suicide institutionnel

Difficulté supplémentaire cette fois-ci : les parlementaires vont devoir approuver une loi qui élimine un tiers d'entre eux. Un député MODEM parle de "suicide institutionnel", dans un récent article du Monde signé Alexandre Lemarié. Il est vrai que demander à un député d'approuver la suppression de sa circonscription, c'est un peu comme demander à une dinde de voter pour Noël ; il pourrait y avoir quelques réticences. 

Par ailleurs, moins de circonscriptions, cela signifie des circonscriptions plus vastes. 

Alors comment éviter la "désertification parlementaire", avec des permanences de députés à des dizaines de kilomètres ? Comment éviter de créer ce qu'on pourrait appeler des « zones blanches » démocratiques, où les électeurs n'auraient pas accès au réseau d'élus ? 

Certes, le gouvernement promet de conserver au moins un député par département, même si la démographie ne le justifie pas. La Creuse et la Lozère sont assurées d'avoir chacune un élu à l'Assemblée nationale. 

Mais avec cette réforme, la représentativité des députés va mécaniquement diminuer. 

Deux chiffres : jusqu'ici, chaque député représentait en moyenne 125 000 électeurs. Ce sera désormais un pour plus de 200 000. 

La France sera alors l'un des pays doté du plus faible maillage parlementaire. C'est un député pour 30 000 électeurs en Irlande, un pour 90 000 en Italie, un pour 100 000 au Royaume-Uni.

Le député impalpable

Loin des yeux, loin du cœur électoral. Le métier de député va changer. Il ne pourra plus jouer les supplétifs des assistants sociaux. Ce qui était le cas jusqu'ici, pour le meilleur - offrir une oreille compatissante aux publics en difficulté. Pour le pire, aussi : le poison du clientélisme s'insinue facilement.

« On ne vous voit jamais » : ce reproche, souvent adressé aux élus, collera à la peau des nouveaux députés, par la force des choses. Sauf à être pourvu du don d'ubiquité, ils auront du mal à fréquenter tous les marchés de leur circonscription - tout en étant présent à Paris pour voter les lois. 

Place au député impalpable. 

C'est le conséquence de ce vaste redécoupage qui nous attend, sur lequel le gouvernement reste pour l'instant discret. Le risque est aussi celui d'une perte de repère pour le citoyen : les régions ont été retaillées, les circonscriptions vont maintenant être redécoupées. Si j'étais les départements, je m'inquiéterais. 

Frédéric Says

Chroniques

8H19
23 min

L'Invité des Matins (2ème partie)

La droite a-t-elle perdu le sens commun ?
L'équipe
Production

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......