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Raphaël Glucksmann a fondé, avec Claire Nouvian et Thomas Porcher, le mouvement Place publique, pour dépasser les "haines recuites" à gauche.

Place publique, le nouveau En Marche ?

4 min
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Le mouvement mené par Raphaël Glucksmann, qui fera liste commune avec le Parti socialiste pour les européennes, nous rappelle quelque chose...

Raphaël Glucksmann a fondé, avec Claire Nouvian et Thomas Porcher, le mouvement Place publique, pour dépasser les "haines recuites" à gauche.
Raphaël Glucksmann a fondé, avec Claire Nouvian et Thomas Porcher, le mouvement Place publique, pour dépasser les "haines recuites" à gauche. Crédits : Stéphane de Sakutin - AFP

Disons-le d'entrée : la performance politique est impressionnante. Un mouvement créé ex-nihilo qui se retrouve quelques mois après sa fondation en pole position pour les européennes. Et si Place publique, c'était le nouveau En Marche ? Alors qu'on ne se méprenne pas, j'ai évidemment saisi que la ligne de Raphaël Glucksmann et de ses amis n'est pas spécialement le soutien à l'actuel président de la République... Mais ce surgissement, cette irruption dans la vie politique rappelle à bien des égards la gestation du mouvement macronien en 2016-2017.    

Tous deux se fondent d'abord sur la rhétorique du rejet des vieux appareils politiques. Il s'agissait chez Emmanuel Macron de remplacer l'ancien monde, de "dépasser les clivages artificiels".

Même argument chez Raphaël Glucksmann, appliqué à la gauche, où il fustige les divisions artificielles entre les chapelles. Ce qui permet à cette rhétorique de prendre, c'est bien sûr le discrédit qui touche les partis politiques. Vous voulez prendre trois points dans un sondage ? Dénoncez les appareils politiques ! A part la sauvegarde des bébés pandas, il y a assez peu de causes plus populaires.

Mais l'efficacité de ce discours est aussi liée à ceux qui le portent. Raphaël Glucksmann, comme Emmanuel Macron avant lui, sont perçus comme de nouveaux visages.

Désintéressement 

Ils n'ont pas de passé partisan, ils n'ont pas été chef de section ou conseiller départementaux ; ils n'ont pas présenté de motion à des congrès ou été députés. Certes, ces deux personnalités ont en réalité frayé avec la politique, mais ils sont perçus comme issus de la société civile. 

Dès lors, ils incarnent chez leurs soutiens une sorte de désintéressement, une forme de pureté face aux vilains apparatchiks qui gravitent dans les formations politiques.

Leur deux mouvements, En Marche hier et Place publique aujourd'hui, sont d'ailleurs des créations à croissance rapide et pour partie virtuelle. Là encore la ressemblance est troublante. Pas de cotisation pour ceux qui s'encartent, contrairement aux partis traditionnels. 

L'avantage, c'est bien sûr de recruter large. L'inconvénient, c'est l'aspect gazeux du mouvement, sans corps et sans structure, et par conséquent le déficit de maillage de terrain, en dehors des grandes villes. La République en Marche a d'ailleurs payé cette carence au début de la crise des gilets jaunes. 

Ces deux mouvements, Place publique et En Marche, se sont d'ailleurs bâtis avec un certain flou programmatique...

Commençons par examiner les dénominations : "Place publique", comme "En Marche", ça ne dit pas grand-chose du positionnement politique. Les partis d'avant s'appelaient "socialiste", "communiste", "républicain", "national". 

Le nom "Place publique", comme celui d'"En Marche", c'est plus une démarche qu'une doctrine. Certes, les deux mouvements ont fait appel à des contributions intellectuelles structurées (notre invité, Thomas Porcher, en fut). Ils ont mis en scène une forme d'horizontalité citoyenne – cela s'appelle la "grande consultation" chez Place publique, cela s'appelait la "grande marche" chez les macronistes. 

« Nous ne serons pas à gauche, pas à droite", disait Emmanuel Macron. De son côté, Place publique, certes ancré à gauche, a déjà annoncé que ses futurs élus au Parlement européen seraient libres de siéger chacun dans le groupe de son choix. Il pourra donc y avoir des eurodéputés de la liste Place Publique chez les sociaux-démocrates, mais aussi chez les écologistes, et pourquoi pas ailleurs. 

Ce flou permet de faire cohabiter les différentes tendances en bonne harmonie. Dans un mouvement politique, plus l'on précise, plus l'on divise. 

Maison d'hôtes

Et des tendances différentes, il y en a toujours plus au sein de Place publique. Car la dynamique - indéniable - suscite les ralliements. A l'image d'Aurore Lalucq, ancienne colistière de Benoît Hamon. A l'image aussi de Pierre Larrouturou, de Nouvelle donne, ancien des verts et du PS. Le mouvement est confronté à ce qu'a vécu En Marche au printemps 2017, à quelques mois des élections. Parti de rien, Macron voit sa cote monter, jusqu'à aimanter des figures orphelines autour de lui, souvenez-vous : Robert Hue, Corinne Lepage, Manuel Valls... à tel point qu'il avait dû déclarer ceci :

"Je n'ai pas fondé une maison d'hôtes"

La répartition des places éligibles, ce sera le casse-tête de Place publique et du PS ces prochains jours. 

Mais prenons un peu de recul.  Que nous dit ce parallèle En Marche/Place publique, qui vexera sans doute les premiers intéressés ? Que la vie politique française est train de muter. Que ses règles ne sont plus immuables. Qu'à la grande partie de poker électoral, la table s'ouvre aux audacieux et déshérite les habitués. 

Un idée, un peu de charisme, un budget alimenté par des dons, une foi inébranlable, cela suffit pour occuper le devant de la scène. L'époque est aux start-uppers de la politique. A ceux qui font des coups. Aux commandos agiles plutôt qu'aux lourdes armées rouillées. 

En 2017, Macron avait obtenu le ralliement du Modem, la formation de François Bayrou, héritier de l'UDF et d'une partie de la démocratie-chrétienne.

En 2019, Raphaël Glucksmann subjugue le PS, ce vieux parti qui n'avait jamais passé son tour pour une élection européenne. 

Tout cela au risque - et je cite l'un de nos invités -, de seulement changer "l'emballage d'un produit périmé". 

Frédéric Says

Chroniques
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42 min
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