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Caroline Janvier, députée LREM : "la volonté de supprimer les lignes desservant les petites villes n'est pas acceptable"

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La défense de la ruralité cimente l'opposition.

Caroline Janvier, députée LREM : "la volonté de supprimer les lignes desservant les petites villes n'est pas acceptable"
Caroline Janvier, députée LREM : "la volonté de supprimer les lignes desservant les petites villes n'est pas acceptable" Crédits : Eric Feferberg - AFP

L’agenda politique du gouvernement semble être conçu comme un calendrier de l’avent : à chaque jour son actualité, qui chasse le goût de la précédente, qui laisse sur sa faim pour celle du jour d’après. Rien qu'en une semaine : vous avez vu défiler le rapport Taché sur l’intégration, le rapport Spinetta sur la SNCF, réforme de l’hôpital, réforme du baccalauréat, etc. 

Face à cela, le reste de la classe politique subit. Acculées à devoir réagir quotidiennement, à jouer "en contre", les oppositions peinent à imposer leurs sujets.    Pour les entendre, loin du tambour de l’exécutif, il faut tendre l’oreille. La petite musique qui monte est celle d’un abandon de la ruralité. Celui-ci s'incarne dans plusieurs mesures : menace sur les petites lignes de chemins de fer ; classes qui ferment dans les écoles des départements ruraux.

Ainsi hier, à l’Assemblée nationale, pas moins de six questions ont été adressées au gouvernement sur ce thème. Et ce de la part de différents groupes politiques. D'abord les centristes de l'UDI avec le député Guy Bricout, inquiet de la possible fermeture des petites lignes de chemin de fer : "On veut déshabiller Pierre pour habiller Paul et faire payer à la ruralité le manque de stratégie de l’État".

Même reproche au sein de la France insoumise cette fois, avec le député Eric Coquerel qui dénonce "ces petites lignes que vous avez déjà fermé en nombre au nom de la rentabilité. Aujourd'hui, des centaines de milliers de Français n'ont plus de gare et attendent toujours les cars Macron... qui ne s'y arrêtent pas, parce qu'ils n'ont aucun intérêt financier à le faire". 

Certes, l’abandon de la ruralité par le méchant pouvoir parisien fait partie des classiques de l’opposition.  On peut passer la nuit sur les archives parlementaires sans trouver trace d’une époque bénie où les départements ruraux se plaignaient d’un excès de subvention, d’un flot d’argent indu, d’une surdose d’attention du pouvoir central. Cela dit, cette fois, la crainte gagne jusqu’à la majorité macroniste, pourtant réputée plutôt docile. A l’image de Caroline Janvier, député En Marche, qui a pris la parole hier dans l’hémicycle : "La volonté de supprimer les lignes (...) desservant les petites villes n'est pas acceptable. (...) Le principe d'égalité d'accès à la mobilité doit être conservé"

L'inquiétude n'est pas infondée : le rapport Spinetta sur la SNCF, page 48, évoque les petites lignes de chemin de fer comme « peu utilisées, et héritées d’un temps révolu ». Cette question symbolise d'ailleurs une ambiguïté du macronisme : le chef de l’État vante la "mobilité géographique" comme remède aux blocages économiques… mais s’oriente vers une réduction des moyens de cette mobilité dans les territoires ruraux, pour des raisons d’économie. 

De son côté, le gouvernement conteste fermement tout désintérêt pour les zones rurales ; il met en avant par exemple son action pour la fin des zones blanches et le plan très haut débit. Le ministre de l’Éducation souligne que le taux d'encadrement des élèves augmente dans les départements ruraux. 

La réponse se fait aussi sous forme de symboles, avec des déplacements d’Emmanuel Macron dans les régions durant deux jours, avec une nuit sur place. Même démarche avec la réception à l’Élysée, demain, d'un millier de jeunes agriculteurs.

Il n’empêche : le reproche accroche, reste, survit, comme le sparadrap du capitaine Haddock. Pourquoi ? Parce que chaque député a sa ligne de train à défendre. Sur ce sujet concret peut se jouer la réélection. Mais aussi peut-être parce qu’Emmanuel Macron est décrit comme l'élu des grandes métropoles et non des les territoires reculés. Ce qui d’ailleurs assez faux : l’actuel chef de l’État a fait de très bons scores dans les zones peu denses de l’Ouest et du massif central, comme le relève l’ouvrage « Le Vote disruptif », sous la direction de Pascal Perrineau. Mais quand le pli est pris, il devient difficile de lutter. Après Nicolas Sarkozy vu comme le président des riches, François Hollande vu comme le président indécis, Emmanuel Macron sera-t-il vu comme le président des grandes villes ? 

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