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Christian Jacob et Laurent Wauquiez ont jugé "'surréaliste" et "humiliante" la garde-à-vue de Nicolas Sarkozy. Gérard Larcher (au centre) n'a pas fait de commentaires.

La ZAD de droite

4 min
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Garde à vue de Nicolas Sarkozy : les élus LR mettent en cause l'institution judiciaire.

Christian Jacob et Laurent Wauquiez ont jugé "'surréaliste" et "humiliante" la garde-à-vue de Nicolas Sarkozy. Gérard Larcher (au centre) n'a pas fait de commentaires.
Christian Jacob et Laurent Wauquiez ont jugé "'surréaliste" et "humiliante" la garde-à-vue de Nicolas Sarkozy. Gérard Larcher (au centre) n'a pas fait de commentaires. Crédits : Geoffroy Van Der Hasselt - AFP

Elle n’est pas à Notre-Dame-des-Landes, ni à Bure. La nouvelle ZAD se situe au 238 rue de Vaugirard, dans le 15ème arrondissement de Paris. Sur place, rien de très subversif à première vue : un immeuble vitré, comme il en existe des milliers. Et ce logo sur la façade : LR. Bienvenue au siège du parti Les Républicains. Depuis hier, c’est là que bat le cœur de la contestation des institutions. C'est là, depuis la garde à vue de Nicolas Sarkozy, que se rencontrent les militants les plus enfiévrés contre l’État et ses obligés. L’un des leaders zadistes, Christian Jacob (président du groupe LR à l'Assemblée), dénonce ainsi un acharnement de la justice : 

"Je considère [cette garde à vue] comme de l'acharnement. Onze ans après, à quoi tout cela rime ? Je veux assurer Nicolas Sarkozy de toute l'amitié et de tout le soutien du groupe des députés LR dans ce moment qui n'est pas facile et qui a un côté assez surréaliste".

Écoutez cet autre fer de lance de la rébellion, Gérard Longuet, sénateur LR :   

"C'est un abus de méthode. Qu'un ancien président soit entendu, pourquoi pas. Mais il pouvait l'être par simple convocation". 

A entendre ces deux contestataires, la garde à vue serait donc illégitime, et elle arriverait trop longtemps après les faits présumés. Un autre sénateur des Républicains va même plus loin. Ladislas Poniatowski a posté ce tweet enflammé hier soir : 

On se frotte les yeux devant toutes ces déclarations, mais il s’agit bien d’éminents élus de Les Républicains. Ce parti qui se veut l’héritier du gaullisme, de la Constitution de 1958, de Michel Debré. Et qui se trouve maintenant à alimenter une jacquerie contre l’institution judiciaire. 

Mais là n’est pas le pire. Il faut lire le communiqué de la ZAD de la rue Vaugirard (pardon, de LR). Le texte accuse carrément la justice d’être de parti pris. Voici la phrase exacte : « Les Républicains ont une nouvelle fois le sentiment que tous les élus ou anciens élus ne subissent pas le même traitement, selon qu’ils appartiennent à telle ou telle famille politique. » En résumé, la Justice est aux ordres du pouvoir. On pourrait croire au slogan d'un groupuscule anarchiste ; non, il s'agit bien du premier parti d'opposition. 

Quand on relit ces mots à tête reposée, on ne peut qu’être frappé par la violence qui en exsude. Ce communiqué mêle une bonne dose de victimisation, un brin de paranoïa et un soupçon de complotisme : assurément dans l’air du temps. Il est une version réchauffée du "cabinet noir" dénoncé par François Fillon au plus mal pendant sa campagne. Ces quelques lignes empruntent aussi à l'argumentation de Jacques Chirac dans les années 2000 sur l'histoire "abracadabrantesque" : "on disserte sur des faits invraisemblables qui ont eu lieu il y a plus de 14 ans. Et tout cela, comme par hasard, trois jours avant un référendum [pour l'adoption du quinquennat]. Ces allégations sont indignes et mensongères", lançait-il.

"Humiliant et inutile"

Certes, après la garde à vue de Nicolas Sarkozy, toute la droite n'a pas suivi cette pente glissante. Xavier Bertrand n’a pas dit un mot sur l’affaire ; pas plus que Valérie Pécresse ou Gérard Larcher. Laurent Wauquiez, lui, a choisi la voie médiane, avec pour toute réaction ce tweet pesé au trébuchet : "Sur le fond du dossier, je fais confiance à la justice. Mais sur la forme, comment comprendre que Nicolas Sarkozy, ancien président de la République, soit en garde à vue depuis maintenant plus de 10h. Humiliant et inutile". 

Mai 68, tiens-toi bien. Voici Laurent Wauquiez et ses amis devenus  lanceur de pavés (verbaux) contre les policiers de l’Oclciff : l’office anti-corruption, qui interroge Nicolas Sarkozy à Nanterre. 40 ans après "CRS = SS", ces nouveaux agents déstabilisateurs en parka rouge crieront-ils "Oclciff = nocif", (oui, on reste tout de même poli à droite), "enquêteurs = délateurs", "magistrats = malfrats" ? 

Surtout, après toutes ces déclarations contre les institutions républicaines, les membres de cette "ZAD de droite" pourront-ils demain dénoncer sans honte "l’affaiblissement de l’autorité de l’État" ?

Frédéric Says

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