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Reçus à l'Elysée ce soir, les maires vont-ils vider leur sac ?

Emmanuel Macron et la revanche des humiliés

3 min
À retrouver dans l'émission

Y a-t-il une coalition entre tous ceux qui se sont sentis méprisés depuis le début du quinquennat ?

Reçus à l'Elysée ce soir, les maires vont-ils vider leur sac ?
Reçus à l'Elysée ce soir, les maires vont-ils vider leur sac ? Crédits : Ludovic Marin - AFP

La tête haute, le verbe tranchant. Hier, la prise de parole des maires de France, rassemblés en Congrès à Paris, a tourné à la corrida contre le pouvoir exécutif.   Chaque édile est venu planter sa banderille dans le macronisme. Un macronisme accusé d'être déconnecté du terrain, de vouloir faire la peau aux collectivités locales ou de centraliser à l'excès la décision. François Baroin, président LR de l'association des maires de France : 

"Les communes ne sont pas une succursale de l'État. L'idée du congrès, c'est de restaurer deux principes simples : qui décide paye et qui paye décide."

Il faut dire qu'Emmanuel Macron n'a jamais pris de pincettes. Le parcours des élus locaux, il le décrivait juste avant sa campagne comme un "cursus de l'ancien temps". Depuis, le macronisme triomphant et florissant s'est légèrement fané, et les diatribes des maires ont un goût de retour à l'envoyeur. 

Dans les difficultés que connaît le pouvoir, quelle est la part de revanche ? La part de vengeance, de tous ceux qui se sont sentis délaissés par le nouveau monde, ignorés voire méprisés par la start-up nation ? « Personne ne comprend rien à ce qu'on raconte » avait cinglé Gérard Collomb, avant de démissionner et de rentrer à Lyon. De fait, l'Exécutif n'a jamais fait excès de vaseline sémantique, évoquant tour à tour, "le pognon de dingue" dépensé pour les pauvres, "ceux qui ne sont rien", ou encore ceux qui fument des clopes et roulent au diesel. 

Rupture sentimentale

Cette colère va au-delà de ce qu'on décrit un peu rapidement comme la France périphérique. Elle parcourt tous les corps humiliés depuis le début du mandat. Pensez aux infirmiers et aux infirmières, qui étaient dans la rue hier : ils n'ont pas digéré le soupir, accompagné d'un regard exaspéré vers le ciel, de leur ministre Agnès Buzyn. Une mimique d'agacement face aux revendications, il y a quelques mois, des personnels hospitaliers. 

Le gouvernement s'échine pourtant à répondre, à juste titre, que le pouvoir d'achat moyen est en hausse... Mais il ne comprend pas que la rupture n'est pas uniquement pécuniaire. Elle est - si j'ose dire - sentimentale. 

Quelle place est réservée à ceux qui n'épousent pas la start-up nation innovante, la disruption workaholic et enthousiaste ? Quel rôle pour ceux auxquels le gouvernement a fait comprendre qu'ils étaient plutôt des freins que des moteurs, dans cette grande transformation dont rêve le président Macron ? 

Dans cet agacement, les syndicats ne sont pas en reste. Contournés, ignorés, sur fond d'ordonnances et de loi travail, ils ont beau jeu aujourd'hui de laisser l'exécutif dans sa mouise, et de ne rien faire pour canaliser la colère. 

Et puis soyons honnêtes : les journalistes ne sont pas peut-être pas non plus épargnés par ce ressentiment. Dans cette grande coalition des humiliés, il y a sans doute une revanche du quatrième pouvoir sur le premier. Une revanche sur cette verticalité, cette distance présidentielle, qui a patiemment cadenassé la presse, l'a privée de sources et de confidences, et l'a délestée de la salle de presse de l’Élysée, ouverte sous Pompidou, bientôt fermée sous Emmanuel Macron. Peut-être inconsciemment les journalistes comprennent-ils, endossent-ils la révolte des gilets jaunes et des autres corps sociaux. Peut-être sans se l'avouer, participent-ils à cette révolte des corps intermédiaires, qui semblaient devoir être jetés dans les poubelles de l'Histoire en marche.

Frédéric Says

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