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Marion Maréchal a donné hier une conférence à Oxford, à l'invitation d'un club de débat. Le 22 février 2018, elle s'était exprimée devant une conférence des conservateurs américains, dans le Maryland.

Vers une internationale des nationalistes ?

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Les partis populistes et/ou d'extrême-droite cherchent à se fédérer à l'international.

Marion Maréchal a donné hier une conférence à Oxford, à l'invitation d'un club de débat. Le 22 février 2018, elle s'était exprimée devant une conférence des conservateurs américains, dans le Maryland.
Marion Maréchal a donné hier une conférence à Oxford, à l'invitation d'un club de débat. Le 22 février 2018, elle s'était exprimée devant une conférence des conservateurs américains, dans le Maryland. Crédits : Jim Watson - AFP

Ce sont deux images que le hasard de la politique a fait tomber le même jour. Hier, Emmanuel Macron en Allemagne, à Aix-la-Chapelle pour signer le nouveau traité avec Angela Merkel. Marion Maréchal en Grande-Bretagne, à Oxford, invitée par une association locale à donner une conférence dans cette prestigieuse université. 

L'ancienne députée du Vaucluse, qui s'est mise en retrait du Rassemblement national, s'exprime peu en France. Elle a en revanche prévu de tisser sa toile à l'étranger. C'est le Figaro qui nous l'apprend. La nièce de Marine Le Pen se rendra en février en Russie, à l'Université de Saint-Petersbourg. Un déplacement est ensuite à l'étude au Brésil pour rencontrer le nouveau président Jaïr Bolsonaro. 

Cette initiative n'est pas seulement celle d'une jeune femme ambitieuse qui pense à son destin. Elle est l'illustration d'une stratégie plus globale des partis d'extrême-droite et/ou populistes : sortir de leur isolement national. 

Fédérer les anti-mondialistes

D'ailleurs, sur les tracts de Marine Le Pen, qui voit-on à ses côtés ? Matteo Salvini, le ministre italien de l'Intérieur, issu de la Ligue, le parti anti-immigration au pouvoir depuis 8 mois. 

La visite de Steve Bannon en Europe n'avait pas d'autre but. Ce stratège de la campagne présidentielle de Trump veut ouvertement fédérer les différents mouvements européens à la droite de la droite. 

Autrement dit, « patriotes de tous les pays, unissez-vous ». Les anti-mondialistes, comme ils se nomment, veulent constituer une "mondialisation de l'anti-mondialisme", une alliance des nationaux... Bref, une internationale du nationalisme. 

Ces partis ne craignent pas, ou plus, les procès en extrémisme. Par les temps qui courent, ils pensent même que cela leur fait gagner des voix. Non, ils veulent simplement faire oublier l'image de partis amateurs, rabougris et esseulés. 

Voilà pourquoi les apologètes du terroir ont retrouvé leur passeport. Les tenants des frontières se mettent à voyager. Les défenseurs de l'identité française se prennent à parler anglais. 

Ils rêvent, pour le futur, de réunions du G20 dont la photo de famille placerait côte à côte Marine Le Pen, Donald Trump, Matteo Salvini, Jaïr Bolsonaro, Benyamin Netanyahou - les deux derniers entretiennent d'ailleurs d'excellents rapports. Sans oublier les partis anti-immigration qui croissent rapidement en Europe du Nord et en Europe centrale. 

Certes, jusqu'ici, à l'échelle européenne, leur tentative d'union a fait chou blanc, si l'on peut dire. Au sein du parlement européen, les patriotes revendiqués se divisent et se subdivisent en plusieurs groupes. 

"Mondialisme"

Alors pour façonner l'unité, rien de mieux qu'un ennemi commun. L'ennemi désigné est clair : c'est le "mondialisme", défini comme l'ouverture sans limite des frontières, aux marchandises et aux migrants. Et c'est Emmanuel Macron qui incarne pour eux la cible idéale. 

D'où les provocations répétées du gouvernement italien depuis quelques jours. Le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini a soutenu publiquement les gilets jaunes. Il a souhaité le départ d'Emmanuel Macron. Luigi Di Maio, le ministre de l’Économie, a lui accusé la France d'être responsable de l'immigration illégale - on y reviendra dans un instant. Toutes ces attaques ont valu à l'ambassadrice d'Italie d'être convoquée au Quai d'Orsay pour s'expliquer. 

Mais ces provocations italiennes présentent un dilemme intellectuel intéressant pour le parti de Marine Le Pen. Au nom du patriotisme, doit-il faire front quand la France est ainsi attaquée de l'étranger ? Ou au nom de la communauté d'idées politiques, doit-il soutenir la Ligue italienne contre un gouvernement En Marche ? 

Autre question : si demain, le Rassemblement national était au pouvoir, comment interagirait-il avec ses homologues populistes ? Comment se passeraient les relations entre deux pays qui chacun ont promis à leur peuple qu'il passerait toujours le premier ? 

Revenons pour finir sur les déclarations de Luigi di Maio, le ministre italien de l'Economie. Il estime que la France "appauvrit l'Afrique", et qu'elle est responsable des migrations, en particulier parce qu'elle imprime le Franc CFA, la monnaie toujours utilisée par quatorze pays africains. 

Luigi di Maio a même dénoncé le « colonialisme » de la France, hérité de son histoire. Pour mémoire, depuis des années le parti de Marine Le Pen s'insurge contre la "repentance historique perpétuelle". Mais curieusement, sa condamnation des propos italiens se fait toujours attendre...

Frédéric Says

Chroniques

8H19
43 min

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