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Affiches électorales à Thionville le 7 mai 2017

Comparer l'alliance en cours en Italie avec une alliance en France de type FN / Insoumis n'est pas raisonnable

4 min
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Comparaison n'est pas raison. Depuis plusieurs jours, on a droit à cela: le Mouvement 5 étoiles serait l'équivalent de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon et la Lega, la copie du Front National de Marine Le Pen. Plus vrai dans le second cas que pour le premier. Mais là n'est pas l'enjeu.

Affiches électorales à Thionville le 7 mai 2017
Affiches électorales à Thionville le 7 mai 2017 Crédits : PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN/MAXPPP - Maxppp

L'image avait peut-être de quoi en amuser certains. Pas sûr qu'amuser soit le bon mot. Imaginer s'allier deux partis que tout oppose, deux personnalités politiques qui se combattent au quotidien. Ce n'est pas la première fois en France que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont ainsi rapprochés.

A vrai dire, cela date non pas de la dernière campagne présidentielle mais de celle de 2012, quand ces deux-là étaient déjà candidats. Le journal Le Monde s'était risqué à cette Une qui a fait date parce qu'elle a fait grand bruit et entraîné moult débats. Le quotidien avait titré le 8 février 2012 : "Mélenchon - Le Pen, le match des populismes".

La Une du Monde le 8 février 2012
La Une du Monde le 8 février 2012

A l'époque, il était d'autant plus facile de les rapprocher qu'on ne parlait pas de France insoumise mais de Front de gauche, la sémantique était beaucoup plus voisine. Ils étaient décrits comme deux leaders tribuns. La France tout simplement découvrait que des formations politiques en dehors des partis traditionnels, de la gauche et de la droite, pouvaient atteindre des scores jusque-là inédits.

2017 a consacré cette tendance : on l'a appelé le "dégagisme". Et on y a même ajouté le "ni de droite, ni de gauche" d'Emmanuel Macron sans qu'il n'y ait forcément d'autres points communs que véritablement le rejet de l'existant et du jeu de l'alternance. 

Les italiens, eux aussi, ont sorti les sortants. Ils ont renversé la table.  Notre système électoral fait qu'en France, une telle alliance n'est de toute façon pas possible. Et même sans cet élément décisif, la comparaison est pour le moins hasardeuse a fait savoir vertement Jean-Luc Mélenchon invité dimanche dernier du Grand Jury RTL - LCI - Le Figaro. 

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Jean-Luc Mélenchon au Grand Jury RTL - LCI - Le Figaro le 20 mai 2018

Chacune de ces formations en France a d'abord sa conception de l'idée européenne, un plus ou moins grand attachement à l'Europe quand en Italie, la Lega et le Mouvement 5 étoiles, ont en commun un profond euroscepticisme.  En résumé, il n'y a pas semblable en France d'un point de vue idéologique. Le mouvement 5 étoiles explique le professeur Sylvain Kahn, dans un article publié ces dernières heures sur le site The conversation, est "inclassable, ni de droite ni de gauche, dont le programme emprunte à toutes les traditions idéologiques, y compris la démocratie directe, l'écologie et la xénophobie." La Lega est plus identifiée idéologiquement, elle est pour le coup, comme le Front National, d'extrême droite : populiste, nationaliste et raciste. D'où l'autosatisfaction en France de Marine Le Pen dans un de ses tweets.

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En réalité ce à quoi nous assistons de l'autre côté des alpes est l'illustration d'une tendance de plus en plus lourde à l'échelle du continent européen. "Une évolution, écrit Sylvain Kahn, que nous avons proposé de nommer "orbanisation de l'Europe", du nom de Viktor Orban", premier ministre de Hongrie depuis 8 ans. Et Jean-Luc Mélenchon dimanche dernier sur RTL a résumé ça d'un mot : "des fachos".  

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Jean-Luc Mélenchon au Grand Jury RTL - LCI - Le Figaro le 20 mai 2018 sur "l'orbanisation de l'Europe"

"L'orbanisation, peut-on lire toujours dans cet article de The Conversation, est une nouvelle synthèse idéologique."

La doctrine de la droite de gouvernement se fond dans la doctrine de la droite radicale et extrême. En Hongrie, si les conservateurs et les démocrates-chrétiens ont réussi à se maintenir au pouvoir en gagnant trois élections législatives d'affilée; en Italie, cela se réalise en marginalisant la droite traditionnelle, celle de Forza Italia de Silvio Berlusconi.

S'il y a donc à tenter une comparaison entre l'Italie et la France, ce n'est pas en tombant, comme l'écrit hier sur son blog Jean-Luc Mélenchon, dans "le piège des mots autocollants" : extrême, populisme ou dégagisme. Mais en s'inquiétant du glissement idéologique de la droite traditionnelle, au risque de son effacement. La question peut être posée en France. Le fait même qu'Emmanuel Macron tend, jusqu'à présent, à davantage appliquer une politique empruntée à la droite classique pousse celle-ci vers la droite extrême.

Avec une distinction forte tout de même, on a en France un président qui a dressé rapidement un constat dont il a fait un combat : lutter contre "l'illibéralisme", cette nouvelle doctrine qui s'emparent de plusieurs pays d'Europe comme maintenant l'Italie, où l'état de droit n'est plus une boussole, où le respect des minorités est mise en cause. Ce sera sans aucun doute une ligne de fractures et un enjeu lors des prochaines élections européennes, l'an prochain.

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