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La France compte actuellement 577 députés et 348 sénateurs, ici réunis en congrès à Versailles, le 9 juillet 2018.

Pourquoi on ne parle plus de réduire le nombre de parlementaires

3 min
À retrouver dans l'émission

L'Italie vient d'en décider par référendum : elle comptera bientôt 30% de députés et sénateurs en moins. Et en France ? Cette idée, un temps populaire, a disparu des radars médiatiques.

La France compte actuellement 577 députés et 348 sénateurs, ici réunis en congrès à Versailles, le 9 juillet 2018.
La France compte actuellement 577 députés et 348 sénateurs, ici réunis en congrès à Versailles, le 9 juillet 2018. Crédits : Charles Platiau - AFP

Un tiers de parlementaires en moins ! Les électeurs italiens viennent d'en décider par référendum : il y aura désormais 600 députés et sénateurs, contre 945 jusqu'ici.  

Et en France ? 

Eh bien, cette proposition n'est plus sur le devant de la scène. Elle a pourtant été extrêmement discutée il y a encore quelques années. Souvenez-vous, la réduction du nombre de parlementaires figurait dans quasiment tous les programmes des candidats en 2017. 

Cette mesure était censée redonner confiance aux citoyens, en réduisant les dépenses consacrées à la vie publique. Elle devait contrer l'idée que les politiques sont là pour se servir plutôt que pour servir. 

Vie et mort d'une idée à la mode. C'est en cela que c'est intéressant. Pourquoi cette proposition est-elle repartie aussi vite qu'elle était arrivée ? 

Il y a plusieurs raisons à cela. 

La première est d'ordre technique. Une telle mesure est actuellement impossible à faire voter. D'abord parce qu'elle suppose l'accord du Sénat. Or, il n'y absolument aucune chance que la Chambre haute, qui est tenue par l'opposition de droite LR, accepte de faire plaisir au gouvernement.

Et même en admettant que la droite donne son accord, ça ne résout rien. Car moins de députés, cela signifie qu'il faut aussi en finir avec les 577 circonscriptions actuelles.

Cela entraîne donc un redécoupage de la carte électorale. 

Un redécoupage, ça prend du temps, beaucoup de temps. Il faut veiller aux équilibres entre les villes et les campagnes, il faut s'assurer qu'il n'y ait pas trop de disparités. C'est un exercice de joaillier, difficile à entreprendre alors que dans un an, commencera déjà la campagne présidentielle. 

Exercice périlleux politiquement, ensuite. Evidemment, toute réforme de la carte électorale entraîne des accusations de tripatouillage.  

Que ce soit vrai ou faux, cela entache l'image du gouvernement et offre des arguments à l'opposition. 

Donc si la baisse du nombre de parlementaires n'est plus d'actualité, c'est uniquement pour des raisons de calendrier ? 

Pas seulement. Le contexte a aussi changé. Souvenez-vous, quand cette proposition émerge, nous sommes après l'affaire Cahuzac. 

Il y a dans l'esprit public l'idée que les politiques se goinfrent, et qu'il faut leur imposer une sévère cure d'amaigrissement. C'est d'ailleurs à ce moment-là qu'est interdit le cumul des mandats. 

Mais depuis, il s'est passé bien des choses. Et notamment le mouvement des gilets jaunes. Certes, il comprenait - pour une part - une révolte contre les élites politiques. Mais il dénonçait surtout un déficit de proximité, un éloignement entre l'action publique et la vie quotidienne. 

Or, si vous diminuez le nombre de parlementaires, vous créez des circonscriptions bien plus grandes. Et donc, une distance encore plus béante entre l'élu et les citoyens, entre le représentant et les représentés. 

Il faut ajouter à cela que le mouvement des gilets jaunes a ciblé le pouvoir personnel d'Emmanuel Macron. Or, diminuer le nombre de députés, ce ne serait pas enlever du pouvoir au président. Ce serait au contraire lui en ajouter. Puisque la relation entre l'exécutif et le législatif, entre l’Élysée intact et le parlement amoindri, serait encore plus déséquilibrée. 

Voilà pourquoi il n'est plus question de créer ces immenses circonscriptions, où votre député habite à 100 kilomètres de chez vous. Plus question de créer des sortes de zones blanches démocratiques, comme il existe des zones blanches téléphoniques.

Et voici comment une idée à la mode devient très vite en politique une idée ringarde. 

Cela dit, ce n'est pas impossible que cette proposition revienne en 2ème saison, dans les promesses des futurs candidats à la présidentielle.

Car italienne ou française, la mode est un éternel recommencement. 

Frédéric Says

Chroniques
8H19
44 min
L'Invité(e) des Matins
Le travail d’après avec Pascal Dibie et Mercedes Erra
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