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Tête de liste macroniste pour les élections européennes, Nathalie Loiseau reconnaît une "connerie".

Un responsable politique est-il comptable de ses engagements de jeunesse ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Médiapart révèle que Nathalie Loiseau a été candidate sur une "liste étudiante d'extrême-droite", pendant sa scolarité à Sciences-Po, en 1984. La tête de liste En Marche pour les européennes conteste cette lecture des faits. Elle n'est pas la première à devoir se justifier sur ses jeunes années.

Tête de liste macroniste pour les élections européennes, Nathalie Loiseau reconnaît une "connerie".
Tête de liste macroniste pour les élections européennes, Nathalie Loiseau reconnaît une "connerie". Crédits : Joël Saget - AFP

Après avoir d'abord indiqué qu'elle ne se souvenait pas de l'épisode, Nathalie Loiseau explique que cette liste mêlait plusieurs courants de la droite. Elle affirme avoir accepté d'être candidate "à la demande d'un ami". C'était une « connerie », a aussi reconnu l'ex-ministre d'Emmanuel Macron, après les révélations de Médiapart.

Dans son camp, cette révélation a provoqué un peu de gêne. « C'est une erreur de jeunesse », plaide le député LREM Roland Lescure. « Une erreur d'aiguillage », ajoute Gilles Le Gendre, le très métaphorique patron du groupe La République en Marche à l'Assemblée. 

Bien sûr, ceux qui la soutiennent pourront toujours faire valoir, avec un brin de mauvaise foi, que ce parcours n'est pas classique : passer de la droite nationaliste au centrisme pro-européen. En vieillissant, c'est normalement le chemin inverse, vers la droite, qui s'accomplit. 

Sauf que... ce voisinage avec une émanation du GUD n'est pas anodin. L'information, à un mois d'une élection, est forcément reprise par les listes concurrentes. A l'image de Ian Brossat, candidat du parti communiste :

De l'extrême-gauche au Rassemblement national, tous les partis se sont saisis de l'affaire. Est-ce un épisode inédit ? Non. 

En politique, les révélations sur le passé militant, électoral, idéologique, font régulièrement tomber de leur piédestal des candidats. Voire ébrèchent leur socle électoral. 

Prenez Lionel Jospin, porteur d'un sage centre-gauche social-démocrate. Avant la campagne de 2002, il a été mis en difficulté sur son passé de militant trotskyste. « Ce n'était pas moi, c'était mon frère », expliqua-t-il d'abord, dans un pastiche involontaire d'une fable bien connue. Est-ce la nervosité – ou qui sait la culpabilité ? Lionel Jospin produira ensuite un lapsus, en plein meeting, confondant "travaillistes" et "trotskystes". 

Son adversaire d'alors, Jacques Chirac, était lui brocardé pour avoir, dans sa jeunesse, vendu l'Humanité-Dimanche dans la rue. C'était en 1950 et le quotidien communiste faisait signer l'appel de Stockholm contre l'arme atomique.  

En matière de chemin sinueux, comment ne pas évoquer la francisque de François Mitterrand, dont la photo avec le maréchal Pétain ne sera diffusée que dans les années 1990 ?

A des niveaux plus subalternes, Patrick Devedjian, Gérard Longuet et Alain Madelin ont frayé avec le mouvement d'extrême-droite Occident avant de rejoindre la droite républicaine. 

Triple piège

Oubli, déni ou cachotterie : ces quelques lignes biffées sur le CV finissent toujours par ré-apparaître. Elles constituent des armes de campagne inespérées pour le camp d'en face. Les adversaires y décèlent une preuve de duplicité, d'inconstance et de mensonge. 

Duplicité : il resterait forcément quelque chose de ces jeunes années, un soubassement idéologique qui resurgirait. 

Inconstance : comment faire liste commune avec des nationalistes, hier, et prétendre les combattre aujourd'hui ? 

Et enfin mensonge : pourquoi avoir caché ce pan d'une biographie à ceux dont on brigue les suffrages ? 

Des trois reproches, les deux premiers peuvent être déminés : après tout, chacun peut changer, d'avis, de camp, de vision du monde. C'est comme cela que les majorités politiques évoluent : parce que des électeurs s'amendent. Chaque citoyen peut se tromper, se fourvoyer, s'excuser pour ses jeunes années. 

Le dernier reproche est sans doute le plus difficile à contrer. En affirmant d'abord qu'elle ne se souvenait de rien, Nathalie Loiseau laisse le choix entre deux possibilités. Soit elle a voulu dissimuler cet épisode. Et c'est donc un souvenir coupable. Soit elle l'a oublié, et c'est une amnésie non moins coupable.

Frédéric Says

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