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Le 20 avril 2018, des rumeurs relayées par des médias et sur les réseaux sociaux faisaient état d'un étudiant dans le coma, suite à l'évacuation de l'université Tolbiac par la police.

Dans les médias, il y a "prudence" et "prudence"...

3 min
À retrouver dans l'émission

De la distance médiatique.

Le 20 avril 2018, des rumeurs relayées par des médias et sur les réseaux sociaux faisaient état d'un étudiant dans le coma, suite à l'évacuation de l'université Tolbiac par la police.
Le 20 avril 2018, des rumeurs relayées par des médias et sur les réseaux sociaux faisaient état d'un étudiant dans le coma, suite à l'évacuation de l'université Tolbiac par la police. Crédits : Dan Pier / CrowdSpark - AFP

Scène surréaliste pour qui a regardé la chaîne d’info Cnews, hier. A aucun moment il ne fut question, dans un reportage, de la garde à vue de Vincent Bolloré. Pas même une petite brève. Rappelons que le propriétaire de la chaîne Cnews est le groupe Vivendi, dirigé par un certain Vincent Bolloré. La chaîne a tout de même fini par insérer l’information dans ses bandeaux défilants, en bas de l’écran. De manière très neutre. Voilà donc une certaine prudence journalistique, pour faire dans la litote. Il n’est jamais bon de fâcher un patron peu réputé pour son amour de l’indépendance des rédactions.  

Vous revenez sur une autre affaire où il est là aussi question de prudence…

Oui, ou plutôt de manque de prudence. Cette affaire, c’est la rumeur selon laquelle un étudiant de Tolbiac serait dans le coma, après l’évacuation de l’université par les CRS, vendredi dernier. Rumeur relayée sur les réseaux sociaux et par plusieurs médias. Hier soir, une enquête du quotidien Libération est venue démontrer que cette allégation n’avait aucun fondement. Aucun blessé grave lié à l’évacuation n’a été identifié dans les hôpitaux parisiens, relève Libération. Le journal note aussi qu'aucun riverain n'a assisté à une telle scène. Les pompiers n’ont pas non plus pris en charge d’étudiant dans le coma.  Libération a même retrouvé l’une des témoins qui disait avoir vu le corps inconscient dans une flaque de sang. Il s’avère que cette étudiante reconnaît finalement n’avoir pas vu ce corps. 

Tout cela n’a rien d’anecdotique, sur le plan politique. Un étudiant dans le coma, et c’était le spectre de Malik Oussekine qui revenait. Un drame humain. Un scandale national. Un gouvernement paralysé, peut-être obligé de reculer. Bref, la face du conflit en eut été changée. 

Parmi les médias qui ont relayé cette rumeur, l’on trouve Marianne et le site Reporterre. Tous deux ont retropédalé à mesure que les démentis officiels s’accumulaient. Et puis on trouve aussi le Média, la webtélé proche de la France insoumise. Vendredi soir dans son JT, voici l'un des témoignages diffusés : 

"On a vu un gars devant les grilles avec la tête complètement explosée... une flaque de sang énorme. Et là, la réaction des CRS a été de nous pousser. On a vu un camion de pompiers venir chercher la personne qui est actuellement dans le coma, avec une hémorragie interne, dans un coma profond".

Et sur le site du Média, un article au titre sans nuance : « un étudiant de Tolbiac dans le coma ». La photo d’illustration de cet article montrait un CRS en train de frapper des jeunes gens assis par terre. Problème : cette photo a été prise en Espagne et date d’octobre 2017, elle concerne le référendum catalan. Une vérification rapide montre qu'elle a été diffusée par le quotidien El Pais. L’article du Média a ensuite été retiré sans explications. 

Trois jours plus tard, le week-end passé, toujours aucune trace de cet "étudiant dans le coma". La préfecture de police puis l'AP-HP ont multiplié les démentis. Pour autant, nulle machine arrière au JT du Média. Voici ce qu'en dit le journaliste : 

"Une chose est sûre, on est en droit de douter de la version officielle qui nous est communiquée concernant l'évacuation de Tolbiac. D'ailleurs, pour un journaliste, c'est même l'essence de notre métier, et c'est même plutôt sain de douter". 

En résumé : le doute journalistique est brandi, non pas pour empêcher la diffusion d'une rumeur mais pour la justifier. Le même doute journalistique était pourtant avancé par Le Média pour expliquer sa décision de ne pas diffuser les images des combats à la Ghouta, en Syrie. Au motif que ces images n’étaient pas vérifiées. Il semble que le doute soit à géométrie variable, tout comme la prudence la plus élémentaire. 

Ces deux exemples, sur Cnews et le Média, ont une conséquence politique. Car ces dérives alimentent la crise de confiance. Elles nourrissent l’idée qu'aucune parole n’est plus fiable. Elles accélèrent la séparation, la partition des publics, branchés sur des émetteurs qui leur renvoient leur propre vision du monde. Et cela permet aux politiques, qui diffusent désormais leurs propres images, de passer pour des canaux d’informations... pas plus biaisés que les autres.

Frédéric Says

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