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"Je suis optimiste", a lancé Emmanuel Macron, lors de cette sixième grande allocution sur la crise sanitaire.

Emmanuel Macron joue l’antidépresseur pour faire passer la pilule

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Le chef de l'Etat est-il le dernier optimiste de France ?

"Je suis optimiste", a lancé Emmanuel Macron, lors de cette sixième grande allocution sur la crise sanitaire.
"Je suis optimiste", a lancé Emmanuel Macron, lors de cette sixième grande allocution sur la crise sanitaire. Crédits : Pascal Pochard-Casabianca - AFP

"Il y a une lumière au bout du tunnel" : voilà le message subliminal qu’a tenté de transmettre Emmanuel Macron hier soir. 

Le chef de l’Etat n’a pas mégoté sur la dose de messages positifs. 

Résumons : le vaccin arrive dans un mois, les hospitalisations sont en baisse, les réanimations aussi, on vous laisse 3 heures pour aller vous promener et on multiplie par 20 le rayon de la promenade, 20 kilomètres. Vous pourrez aller vous acheter des chaussures de randonnée et un k-way puisque les magasins vont rouvrir ce samedi matin. 

Il y a donc une lumière au bout du tunnel. Luminothérapie, mais aussi câlinothérapie, en particulier pour le monde de la culture et de l'entreprise : 

"Je veux ici dire combien je remercie et combien nous soutenons tous les acteurs de la culture (...) la culture est essentielle à notre vie de citoyennes et de citoyens libres. (...) Commerçants, indépendants, entreprises : ils sont tous essentiels à la vie de notre nation"

C’est la première fois depuis le printemps, au cours de ses six grandes allocutions dédiées au coronavirus, qu’Emmanuel Macron donne un calendrier aussi fourni, avec trois étapes jusqu’au 20 janvier.

L’idée est de conjurer au moins une angoisse, dans cette période qui en génère tant : l’angoisse de ne rien pouvoir anticiper, de ne rien pouvoir prévoir.

“Attention”, a tout de même prévenu Emmanuel Macron, en se projetant en décembre et janvier : ces dates sont sujettes à caution, elles dépendent de la décrue de l’épidémie. 

En somme, chaque annonce réjouissante du président semblait assortie d’une astérisque, comme dans la publicité où les annonces sont soumises à condition. 

C’est le nécessaire et subtil équilibre dans ces messages présidentiels de crise sanitaire. Ne pas désespérer les Français... mais ne pas non plus trop les laisser espérer. 

Sinon il faudrait ensuite se dédire au discours suivant. Les archives télévisées sont cruelles - même si c’est parfois injuste et anachronique. 

Et pour appuyer son optimisme, Emmanuel Macron a eu recours à un concept de manière répétée : l'innovation.

Oui, fini le chef de guerre des premiers temps, voici revenu le président-entrepreneur, avec un mot-clé, "l'innovation" qui a parsemé toute l’intervention. Extraits : 

"Je veux ici saluer le dévouement des soignants qui, en ville comme à l’hôpital, ont tenu, coopéré, innové (...) En la matière, les innovations continuent de se poursuivre (...) Nous avons fait preuve d’une capacité d’innovation, d’un sens de l’inventivité, qui seront décisifs pour construire le futur (...) Nous devrons continuer à innover, à créer, à entreprendre. C’est la force de l’esprit français !"

L’innovation, fil conducteur de ce discours, avec des soignants qui ont progressé pour traiter les patients, des commerçants qui se sont convertis à la vente en ligne, etc. 

Au travers de ces exemples, Emmanuel Macron tente de nous faire passer le message : "ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort" - une phrase reprise et mille fois déformée de Nietzsche dans le Crépuscule des idoles

Emmanuel Macron serait-il le dernier optimiste de France ? 

Au risque, d’ailleurs, de la méthode Coué… 

Le président n’a pas évoqué le climat social tendu, si ce n’est pour remarquer que les esprits, je cite, sont "fatigués". 

Les controverses houleuses sur la loi sécurité globale sont ramenés de simples “débats” qui s’"échauffent.”

En allusion aux images violentes des migrants délogés de la place de la République à Paris, Emmanuel Macron fait le service minimum, tout en allusion : il vante "l’humanisme" et appelle chacun à la "bienveillance". 

Sans doute le chef de l’Etat, usé par les polémiques depuis le début de son mandat, n’est-il pas pressé de redescendre dans l’arène. D’autant que sa cote de popularité remonte depuis plusieurs semaines.

Antidépresseur, au risque de vouloir nous endormir ?

Frédéric Says

Chroniques

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